Société-Culture

Hommage à Amadou Bourou: Seydou Boro et Alain Hema ressuscitent «Sarzan»

Hommage-83En marge des Récréâtrales, les «fidèles lieutenants» de Amadou Bourou, l’illustre disparu, metteur en scène de «Sarzan» ont tenu à lui rendre hommage.

En effet, 20 ans après sa mise en scène, le temps n’a pas eu raison des comédiens de cette pièce. En effet, Seydou Boro, beaucoup plus connu sous la casquette de danseur-chorégraphe, et Alain Hema, comédien-metteur en scène, tiennent bien leur rôle dans cette pièce. Les deux acteurs dans cette représentation laissent libre cours à leur savoir-faire à travers expressions gestuelles et déclamation poétique.
D’entrée, le tango de Seydou Boro, le sergent Tiémoko Keita, annonce les couleurs. Il y aura bien quelques pas de danse par là. S’en suit, avec volubilité, un long récit de Alain Hema, le Commandant de cercle. Tel un griot, ce dernier redessine ce qu’avait été Dougouba, cette cité au cœur de l’Afrique occidentale française d’où est parti un jour un jeune soldat, Tiémoko Keita, pour servir sa métropole, la France. Dans ce spectacle, au rythme du tango ou du son des balafons ; la danse est effectivement bien présente, la symbolique de la gestuelle en dit long. Entre autres, de la danse classique occidentale à la cadence des tam-tams africains, le rapport conflictuel entre les deux cultures est posé. L’une très calme et froide dite moderne et l’autre très chaude, manifestée par des sonorités et moult pratiques, traitée de «manière de sauvages».
Une gestuelle qui efface la parole
Dans «Sarzan», on retrouve donc un jeu de corps et une gestuelle qui, par moment, efface la parole pour donner la place à la liberté d’interprétation. Si la symbolique du rythme et de la gestuelle ici se veut le fort de la civilisation noire, dans cette pièce, Sarzan qui les interprète est un inféodé de la culture occidentale. Cependant, on retrouve des explications des croyances traditionnelles africaines à travers une narration de Alain Hema. «… Ceux qui sont morts ne sont jamais partis / Ils sont dans l’ombre qui s’éclaire / Et dans l’ombre qui s’épaissit. Les morts ne sont pas sous la terre / Ils sont dans l’arbre qui frémit / Ils sont dans le bois qui gémit / Ils sont dans l’eau qui coule…», peut-on entendre, entre autres. Même si, 20 ans après, le temps n’a pas réussi à user la prestation scénique des deux comédiens, il faut noter l’impression d’essoufflement qui se faisait ressentir par moment dans la voix de Alain Hema.
Cette pièce qui dépeint les heurts entre civilisation occidentale et croyances africaines, avec un impressionnant jeu d’acteur de Seydou Boro et de Alain Hema, mérite bien le détour.
Jérôme William BATIONO

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