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Les vraies raisons du coup d’Etat

Le coup d’Etat du 17 septembre 2015 est survenu à un moment où la majorité des Burkinabè l’attendait le moins. En effet, les responsables des partis dont les candidatures ont été invalidées par le Conseil constitutionnel ont tous déclaré se soumettre à la décision du Conseil.

Au cours d’un meeting au stade municipal le 29 août 2015, Eddie Komboïgo, président du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), avait déclaré que son parti procédera au remplacement des candidatures invalidées. Djibrill Bassolé a informé que malgré l’invalidation de sa candidature à l’élection présidentielle, il continuait sa carrière politique. Même son de cloche du côté de l’Union pour un Burkina nouveau (UBN) du colonel Yacouba Ouédraogo. Plus d’un observateur a été surpris par le coup d’Etat, car personne n’a fait attention à certains propos prémonitoires.
Dans un premier temps, le président du CDP, Eddie Komboïgo, a affirmé bien avant le verdict du Conseil constitutionnel que sans inclusion, il n’y aura pas d’élection. Savait-il ce qui se tramait? Ce que l’on retient, son parti a soutenu ce putsch perpétré par le Régiment de sécurité présidentielle (RSP).
Dans un second temps, la rumeur du coup d’Etat avait envahi la ville de Ouagadougou; et des chancelleries étrangères installées au Burkina Faso avaient même dépêché des observateurs militaires. L’intention du coup de force était donc réelle, mais le rendre opérationnel n’était pas une affaire simple d’autant plus que de précédentes tentatives ont été déjouées par les limiers de l’ancien ministre de la sécurité, Auguste Denise Barry.
Cependant, l’hypothèse la plus plausible qui se dégageait était le risque de prise en otage des résultats des élections du 11 octobre 2015 par les militaires au cas où un parti, en l’occurrence le CDP, contestait les résultats. Mais cette option s’avérait périlleuse avec un président élu devant des observateurs internationaux.
Le statut quo a été observé jusqu’au lundi 14 septembre 2015. La Commission de réconciliation nationale et des réformes (CRNR) remet son rapport au Premier ministre Yacouba Isaac Zida. Dans son discours, le chef du gouvernement de la Transition a exprimé l’engagement de son gouvernement à mettre en œuvre toutes les recommandations contenues dans le rapport, contrairement aux rapports précédents qui ont été rangés dans des tiroirs. «Nous allons donc nous atteler à l’appliquer le plus tôt possible», a conclu le Premier ministre. Et la commission a recommandé à la page 98 du document de : «Dissoudre, dans le cadre de la refondation de l’armée et de son commandement, le Régiment de sécurité présidentielle (RSP) et de redéployer ses éléments à des missions autres que celles d’assurer la sécurité du président du Faso».
La commission a pour ce faire recommandé l’attribution de la «protection du chef de l’Etat et des institutions de la République à une unité d’élite de la gendarmerie et de la police nationales». Ces recommandations ont été très mal accueillies dans les rangs du RSP.
Ses éléments considèrent alors que Isaac Zida est en train d’enfoncer le clou. Le RSP dissout, que deviendra Gilbert Diendéré qui utilise ce corps comme une arme de dissuasion ? Surtout que de nombreux dossiers en cours d’instruction, notamment le dossier Thomas Sankara, pourraient le conduire devant la justice. Le contenu du rapport a suscité des agitations de certains sous-officiers qui ont multiplié les concertations.
Selon nos informations, mis au courant de ce qui se tramait dès le mardi 15 septembre, certains ambassadeurs installés au Burkina Faso ont informé le Général Gilbert Diendéré qui semblait ignorer ce qui se passait.
Pendant ce temps, les usagers de Kosyam ont constaté la présence du génie militaire sur les lieux en train d’installer une tribune. Très vite, la rumeur s’enfle faisant état de la préparation de la cérémonie de remise des épaulettes de Général au Premier ministre Yacouba Isaac Zida. Ce dernier devant être nommé au cours de la session du dernier Conseil des ministres avant l’ouverture de la campagne électorale.
Cette élévation au grade de Général de Isaac Zida devait se faire en conformité avec la nouvelle loi portant statut du personnel des forces armées. Le Général Gilbert Diendéré pouvait-il tolérer cette situation ? La stratégie du coup d’Etat est peaufinée dans la nuit du mardi au mercredi 16 septembre.
Le RSP étant le seul occupant des lieux à Kosyam, le coup avait plus de chances de réussite d’autant plus que l’ensemble du gouvernement se trouverait réuni. Une mise aux arrêts collective sans effusion de sang était la chose la plus facile.
Les sous-officiers chargés de l’exécution de l’opération réussissent leur coup avec tout de même une préoccupation concernant l’attitude du chef d’état-major général des armées, le Général Zagré qualifié de pro-Zida. La suite on la connait.

Joël BOUDA


Le Code électoral et l’inclusion, des prétextes secondaires

Au sommet extraordinaire des chefs d’Etat de la CEDEAO auquel a pris part le président de la transition, Michel Kafando, le 12 septembre 2015 à Dakar, la question de l’inclusion des candidatures invalidées des militants du CDP pour les élections d’octobre a été soulevée. Michel Kafando s’en est défendu, mais selon nos informations, ses pairs lui ont intimé l’ordre de trouver les mécanismes nécessaires pour prendre en compte ces quelques candidatures invalidées.
Le président de la transition en est sorti mécontent. La 4e et dernière session du Groupe international de suivi et d’accompagnement de la transition au Burkina (GISAT-BF) tenue le 15 septembre 2015 offrait une opportunité pour lui de parler de l’inclusion, quitte à reculer la date des élections. Cependant, Michel Kafando a affirmé devant le GSIAT que tout allait bien. Certains chefs d’Etat de la CEDEAO tenant à l’inclusion, c’est la raison pour laquelle ce point figure parmi les 13 points d’accord que l’instance ouest-africaine a proposés.


Défense de la démocratie: l’exception burkinabè

Le Burkina Faso est devenu une exception dans la sous-région et même en Afrique, en matière de Défense de la démocratie. En moins d’un an, le pays a vécu deux chocs majeurs: l’insurrection populaire et ce coup d’Etat manqué. L’insurrection des 30 et 31 octobre 2014 qui a causé la chute du régime Compaoré n’a duré que deux jours, alors que tous les signaux laissaient présager le chaos au pays des Hommes intègres.
Le deuxième choc, 11 mois après, le putsch du Régiment de sécurité présidentielle (RSP) qui a enfanté le Conseil national pour la démocratie (CND) dirigé le Général Gilbert Diendéré.
Au regard du groupe qui a fomenté le coup et de la crainte qu’inspirait le RSP, l’on ne pouvait s’imaginer que cette fois-ci le pays n’allait pas s’éterniser dans une crise qui risquait de basculer dans une guerre civile, tant les positions étaient tranchées. Et lorsque les forces loyales de tout le pays ont convergé vers la capitale afin d’encercler le camp Naaba Koom le 21 septembre dernier, on n’était pas loin de la déflagration générale.
Les ultimatums succédaient aux appels à déposer les armes. Les projets de solution de la Cedeao faisaient place à la colère des populations de toutes les contrées du Burkina qui s’étaient constituées en résistants. Alors que tous attendaient comment les chefs d’Etats de la Cedeao, réunis en session extraordinaire à Abuja le 21 septembre, allaient analyser les propositions de Macky Sall et de Yayi Boni, venus à Ouagadougou l’avant-veille, les rues du Burkina grondaient de colère.
Les garnissons étaient envahies par les civils qui voulaient des armes pour aller combattre le RSP; et la crise s’enlisait. La situation était devenue intenable.
L’économie paralysée et le mot d’ordre de grève générale illimitée très suivie. Les portefeuilles vides en cette période de fin du mois septembre, les familles commençaient à se demander comment se nourrir.
Le RSP refusait de céder et la population maintenait la pression, pendant que la Cedeao tergiversait. Et voilà que le président de la Transition, Michel Kafando, et son Premier ministre Yacouba Isaac Zida, séquestrés depuis le 16 septembre en plein Conseil des ministres (tout le gouvernement avec), sont libérés sous la pression nationale et internationale. Ainsi, le sommet de la Cedeao du 21 septembre s’abstient de trancher les questions de l’amnistie qu’elle avait proposée pour les putschistes ainsi que l’inclusion des candidats de l’ex-parti majoritaire, le CDP, recalés par le Conseil constitutionnel.
La Cedeao qui avait dépêché 6 chefs d’Etat pour venir réinstaller uniquement le président Kafando ne sera finalement représentée que par 3 présidents (Ghana, Bénin et Niger). Les présidents togolais et sénégalais que les «résistants» récusaient se sont abstenus d’atterrir à Ouagadougou.
Avant cette arrivée, l’autorité morale qu’est le Mogho Naba a transformé nuitamment (le 20 septembre) son palais royal en camp militaire puisque Rsp et loyalistes s’y sont retrouvés pour signer un accord qui sauve la situation. Après la signature, le calme s’installe. Michel Kafando et toutes les institutions sont remis en selle. Lui-même annonce la reprise de ses fonctions.
Ainsi, tout ceci n’a duré que 6 jours. Avec un bilan de plus de 10 morts et plus de 150 blessés. Tout compte fait, la raison aura triomphé et la démocratie engagée depuis le 30 octobre dernier, mis à mal par deux fois, a triomphé du chaos. Le peuple s’est dressé et sa lutte a payé. Le premier Conseil des ministres post-putsch s’est tenu vendredi dernier avec son lot de décisions. L’exception burkinabè est donc en marche.

A.R


L’armée nationale a sorti l’artillerie lourde

La grande muette est sortie de sa réserve pour aider à trouver une solution pendant ce coup d’Etat. Face à la montée de la contestation, des sous-officiers décident de prendre leurs responsabilités. Ils outrepassent le refus des officiers qui ont tenté de les dissuader de sortir les armes pour contraindre le RSP a déposé les leurs; et mobilisent les troupes.
Leur initiative a été saluée par les soldats sur qui la population mettait la pression. Dans un élan de solidarité, les hommes de Bobo-Dioulasso, Fada N’Gourma, Tenkodogo, Dédougou, Kaya, Ouahigouya/Dori décident de descendre sur Ouagadougou afin de faire le ménage. Parmi les meneurs d’hommes figurent des anciens du RSP. Ils ont une bonne connaissance des capacités humaines et matérielles du RSP lorsqu’ils affirment qu’ils ont les moyens d’attaquer le RSP.
Voici la stratégie déployée: le camp de Kaya serait venu avec de l’artillerie lourde. C’est ce matériel qui était basé au camp Lamizana avant d’être déployé à Kaya. L’artillerie venue de Kaya n’est pas rentrée dans la ville. C’est un matériel que l’on ne peut utiliser qu’à distance pour pilonner des positions. Pour cette raison, il est resté à Pabré. Les blindés venus de Fada N’Gourma ont au passage neutralisé les éléments du RSP basés à Boudri, une des poudrières les plus importantes du pays. Boudri est située à une vingtaine de kilomètres de Zorgho sur l’axe menant à Ouaga. A la sortie de Ouaga sur l’axe Ouaga-Bobo-Dioulasso, l’armée de terre a pris le contrôle du camp de Gnimdi occupé jadis par le RSP afin d’ouvrir la voie à leurs frères d’armes venant de Dédougou et de Bobo-Dioulasso. On parle de mort d’hommes du côté RSP à Gnimdi.
Si une partie des hommes venus du RPC de Dédougou est rentrée dans la ville de Ouagadougou, l’autre partie est restée dans la zone de Tanghin Dassouri avec l’arsenal. Avec le cantonnement, ils ont reculé jusqu’à Kokologho. En plus des commandos de Dédougou, les hommes de Bobo-Dioulasso, les forces antiterroristes de Ouahigouya/Dori ont pénétré dans la ville de Ouagadougou avec du matériel.
En rappel, une partie des forces venues de l’intérieur du pays venait de terminer une formation dispensée par les Américains qui les avaient d’ailleurs équipés en matériel. Avec un tel potentiel, le face-à-face avec le RSP s’annonçait explosif. Finalement, la sagesse a prévalu grâce à l’intervention du chef d’état-major général et du Mogho Naaba, avec la signature in extremis d’un accord.
Le chef de corps intérimaire du RSP a, devant les autres chefs de corps et le Mogho Naaba, dans la nuit du 22 septembre 2015 : accepter le cantonnement au camp Naba Koom II et annexe (Conseil de l’entente) ; de céder tous les postes de garde dans la ville de Ouagadougou ; demander à ce que les forces armées qui ceinturent la ville de Ouagadougou font reculer les troupes loyalistes de 50 km au début du cantonnement ; donner un délai de 72h minimum au RSP pour établir le point du matériel en vue du désarmement par la direction du matériel des armées et demander la garantie de la sécurité du personnel du RSP et celle de leurs familles.

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