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À travers l’expérimentation, SeeSD créé de nouvelles vocations scientifiques chez les jeunes filles sénégalaises

La structure « Science, Education for Sustainable Development » (SeeSD) réunit un groupe d’éducateurs qui s’efforce d’éveiller le goût des enfants pour les sciences, les technologies et l’innovation, en particulier chez les jeunes filles.  

Au premier étage d’une bibliothèque de Dakar au Sénégal, deux enfants sont occupés à faire des recherches sur internet. A l’intérieur d’une des plus vastes salles, plusieurs membres de l’équipe SeeSD sont présents dont Pape Massar Sow, chargé du volet technique. Ils sont tous réunis pour un même objectif : promouvoir les matières scientifiques auprès des enfants sénégalais.

Le fait est qu’au Sénégal comme dans beaucoup de pays africains, des siècles de colonisation ont fortement entravé le développement scientifique du pays. « Les statistiques sont très tristes de manière générale. Seuls 8% de la population en âge d’aller à l’université y sont inscrits. Sur ces 8%, seuls 17% sont enrôlés dans des cursus scientifiques », explique Khadidiatou Sall, la fondatrice de SeeSD. « Les femmes représentent moins de 30% de ces 17% » ajoute-t-elle. Au Sénégal, les jeunes filles sont malheureusement encore à la traîne derrière les garçons en terme d’éducation. Selon l’Unicef, seuls 56% des filles du pays sont inscrites au lycée contre 74% des garçons. Un manque de financement a également contribué au mauvais équipement des salles de science. « Au Sénégal, il n’est pas rare de rencontrer des jeunes filles qui terminent le lycée sans n’avoir jamais effectué une expérience scientifique »,  confirme Pape Massar Sow.

Khadidiatou, détentrice d’un doctorat en biologie moléculaire et cellulaire à l’Université d’Oregon aux Etats-Unis est passionnée par la science et l’innovation depuis le plus jeune âge. Pourtant, elle n’a pas été en mesure d’approfondir certaines disciplines scientifiques comme elle l’aurait souhaité lorsqu’elle étudiait au lycée sénégalais, ce dernier laissant très peu de place à l’expérimentation scientifique. « Il n’y avait pas d’ateliers pour me guider, m’aider à développer cette fibre et être une innovatrice. » explique Khadidiatou. Son orientation progressive vers le secteur de la biologie en est une conséquence directe. Avec la biologie, il était possible de voir à travers le corps des exemples concrets de ce que le professeur expliquait de manière théorique. « La biologie est observable et palpable. De ce fait, elle a naturellement pris le dessus sur les autres filières » ajoute-t-elle. Khadidiatou regrette simplement que cette dimension concrète soit moins présente dans d’autres matières scientifiques. « Je pense que j’aurais pu devenir ingénieure ou mathématicienne ou autres, ceci étant dit l’enseignement était trop abstrait pour m’inspirer à choisir une de ces filières ».

Cette jeune scientifique était intimement convaincue que quelque chose devait changer et début 2016, alors qu’elle n’a que 26 ans, elle crée la structure SeeSD. Située à Dakar, cette organisation a pour objectif de former les futurs scientifiques sénégalais. Désireuse d’attirer plus de filles dans ces filières généralement très masculines, l’équipe de SeeSD décide même de mettre en place une politique de discrimination positive en faveur des étudiantes. Très vite pourtant et sans raison particulière, le nombre de filles inscrites dépasse naturellement celui des garçons. Aujourd’hui, 65 à 70% en moyenne des bénéficiaires du programme sont des jeunes filles. « Beaucoup de jeunes filles sénégalaises ne poursuivent pas d’études scientifiques car elles ne se considèrent pas à la hauteur. Cela est généralement dû à la pression social qui pousse les filles à avoir moins confiance en leur capacités. »

Pour cette première année, plus de 200 enfants d’école primaire et secondaire se sont inscrits au programme de SeeSD. L’organisation espère qu’une formation dès le plus jeune âge encouragera les élèves à embrasser des carrières scientifiques. Les éducateurs utilisent des techniques d’apprentissage ludiques et pratiques pour éveiller l’imagination et la curiosité des élèves, des méthodes originales pour l’enseignement plutôt conservateur du Sénégal. L’une des élèves âgée de 6 ans, Maréme Gueye, se réjouit de faire partie du programme. Quand on lui demande ce qu’elle aimerait faire plus tard cette dernière répond : « Docteur, scientifique ou ingénieur ». Une telle réponse aurait été impensable avant sa participation au programme. SeeSD travaille actuellement avec 30 jeunes filles, toutes inscrites jusque l’âge du lycée. Khadidiatou espère que cet accompagnement permettra à davantage de jeunes filles d’avoir les mêmes ambitions que la jeune Maréme.

Pour SeeSD, les principales difficultés à surmonter sont celles des ressources financières, notamment le manque d’équipement. Le centre est seulement équipé de microscopes et de tubes à essai et quelques autres équipements de base, l’enthousiasme des professeurs comble le reste. SeeSD est actuellement financé via de nombreuses bourses du Sénégal et de l’étranger.

Khadidiatou est confiante dans le futur des sciences au Sénégal et dans le monde, précisant qu’elle aimerait voir plus de filles engagées dans des cursus scientifiques mais aussi plus de jeunes de pays en développement.

Par Idrissa Sane, Le Soleil

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