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Monnaie unique : Pour 2020, une feuille de route révisée

 

Dans la course des 15 pays de la CEDEAO vers la réalisation d’une monnaie unique, le parcours est modifié mais l’échéance reste le même. C’est ce que l’on retient des décisions qui ont été prises lors de la 5e réunion de la Task Force présidentielle, le 21 février 2018, à Accra. L’année 2020 reste, en effet, celle de l’entrée en service de la nouvelle monnaie commune, mais au niveau de son application, c’est l’approche graduelle qui sera privilégiée. Les pays qui seront prêts en 2020 l’adopteront immédiatement. Ceux qui ne le seront pas rejoindront le train en marche, au fur et à mesure qu’ils auront rempli les conditions exigées. Une Feuille de route (FDR) révisée a été adoptée dans ce sens.
La Task Force présidentielle, au sein de laquelle les présidents du Niger et du Ghana ont été responsabilisés, a été créée depuis 2013 pour veiller à l’accélération du processus de création de la monnaie unique dont l’évolution avait été jugée mitigée. Ces chefs d’Etat devaient surtout user de leur diplomatie et de leur influence pour amener les pays à respecter les critères de convergence, qui sont désormais au nombre de 6 au lieu de 11, et qui sont préalablement exigés pour rentrer dans la monnaie unique.
La FDR, adoptée pour la première fois en 2009 et qui avait fixé 2020 comme échéance pour le démarrage de la monnaie CEDEAO, avait aussi prévu des étapes intermédiaires. La Task Force devait également travailler à les faire respecter. La FDR prévoyait de regrouper dès 2015 l’ensemble des pays de la CEDEAO et non-membres de l’UEMOA (Union économique et monétaire ouest-africaine) au sein de la ZMAO (Zone monétaire de l’Afrique de l’Ouest) ; une sorte de sœur jumelle de l’UEMOA. La ZMAO devait alors avoir sa monnaie appelée «ECO». Ensuite, l’ECO et le CFA de la zone UEMOA allaient fusionner pour donner la monnaie unique en 2020.
Mais, aucune de ces étapes n’a pu être respectée, et le projet de la monnaie CEDEAO s’est finalement retrouvé dans une impasse. Il fallait donc un nouveau sursaut ; un nouveau calendrier définissant le mécanisme de relance du projet. C’est ainsi qu’en marge de la 52e session de CEDEAO, tenue à Abuja, le 16 décembre 2017, il a été convenu d’établir une nouvelle FDR ou FDR révisée à partir de février 2018.
En réussissant à relever ce défi lors de sa 5e réunion, le 21 février, la Task Force a également permis de balayer une grande partie du scepticisme qui avait commencé à couvrir ce projet que d’aucuns ne manquent pas de qualifier d’arlésienne.
Outre les présidents ghanéen et nigérien qui ont co-présidé la réunion du 21 février 2018, il y a eu la participation des présidents ivoirien et togolais, ainsi que la présence du gouverneur de la Banque centrale du Nigeria, représentant le président nigérian. Une forte participation qui dénote de l’engagement des uns et autres.
Le contenu détaillé de la FDR révisée n’a toutefois pas été publié à l’issue de la réunion. Le communiqué final a seulement indiqué que la Task Force présidentielle a adopté le rapport de la réunion du comité ministériel (incluant les gouverneurs des Banques centrales), tenue le 19 février 2018, à Accra. Il faut noter que l’objectif de la réunion du comité ministériel était justement de proposer cette FDR révisée. Il ressort également du communiqué que la qualité des conclusions du rapport, ainsi que la pertinence des recommandations formulées par le comité ministériel, ont été appréciées.
Tout en soulignant l’engagement politique la Task Force à réaliser la monnaie unique de la CEDEAO en 2020, le communiqué indique le choix de l’approche graduelle,  ainsi que l’engagement à financer le programme par les Etats membres et leurs banques centrales.
L’on apprend également qu’une autre innovation de taille concernant le projet a permis «le recentrage et la réduction des critères de convergence de 11 à 6».
Des 11 critères de convergence, on dénombrait 4 dits de «premier rang» et 7 autres définis comme étant «secondaires». Les critères de premier rang étaient notamment liés au «déficit budgétaire», au «taux d’inflation», au «financement du déficit budgétaire par la Banque centrale» et aux «réserves brutes».
Parmi les pays qui sont annoncés dans le peloton pour le démarrage de la monnaie unique en 2020, l’on cite le Ghana, le Niger, la Côte d’Ivoire. Le président ivoirien a même affirmé que, dès 2019, son pays aura rempli tous les critères de convergence. La prochaine réunion de la Task Force présidentielle est prévue à Niamey en mai 2018. A l’occasion, l’on devrait savoir davantage sur la FDR révisée et sur les différentes évolutions.

Karim GADIAGA


Association Approche graduelle/FDR

Depuis le lancement de l’idée de la monnaie unique en mai 1983, à Conakry, le projet qui en a résulté a connu plusieurs rendez-vous manqués.
Plusieurs scénarii de sa réalisation ont aussi été étudiés et éliminés au fur et à mesure. Il y a eu notamment l’approche du «big bang», celle «purement graduelle», celle de «la masse critique», celle de «la voie unique», celle de «l’adhésion à l’UEMOA», celle de «l’élargissement de la Naira», celle de «l’élargissement de la ZMAO». Toutes ces approches n’ayant pas prospéré, on est parvenu grâce au travail de l’AMAO (Agence monétaire de l’Afrique de l’Ouest) à la FDR adoptée en 2009.
L’approche graduelle préconisée est un retour à ce scénario qui avait été écarté au profit de la FDR. Finalement, les responsables du projet ont décidé d’associer approche graduelle et FDR.

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