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Alexis Lourgo (DG de la SBIF) A propos de la cession de 10% du capitalde l’ONATEL par l’Etat burkinabè

 

Alexis Lourgo est le directeur général de la Société burkinabè d’intermédiation financière (SBIF). C’est cette société qui a proposé et arrangé l’opération de vente de 10% du capital de l’ONATEL à la BRVM pour l’Etat du Burkina Faso. Il explique comment s’est déroulée l’opération.
L’Economiste du Faso : Il nous revient que c’est la SIBF qui a piloté l’opération de cession de 10% de la part de l’Etat dans le capital de l’ONATEL. Comment cela s’est-il déroulé ?
Alexis Lourgo, patron de la SBIF: Il faut rappeler que c’est la Société burkinabè d’intermédiation financière (SBIF) qui a arrangé et réalisé l’Offre publique de vente (OPV) des 20% du capital de l’ONATEL en décembre 2008 et janvier 2009. Cette OPV avait permis au budget de l’Etat d’engranger des recettes importantes estimées à plus de 29 milliards de FCFA dont plus de 23 milliards de FCFA provenaient de personnes physiques. Après cette OPV, l’Etat détenait toujours 26% du capital de l’ONATEL, soit 8.840.000 actions d’une valeur nominale unitaire de 1.000 FCFA.
Aujourd’hui, l’ONATEL a fractionné ses titres à la BRVM en divisant chacun par 10. Au regard des besoins de financement pour la mise place de différents projets structurants, la SBIF a proposé depuis la mi-2016 à l’Etat de céder une partie de sa participation au capital de l’ONATEL. Cette cession devrait permettre à l’Etat de bénéficier d’une bonne plus-value. L’ONATEL est une entreprise privée, avec des concurrents. La détention de 26% du capital de l’ONATEL par l’Etat burkinabè ne lui conférait aucunement un pouvoir de contrôle dans la gestion de l’ONATEL. L’Etat nous a alors demandé d’approfondir la question par des simulations financières. Après des analyses de l’évolution du cours sur une période assez moyenne, et en tenant compte de l’évolution de la société, il est apparu que le prix de l’action devait être supérieur à 7.500 FCFA. L’Etat nous a alors donné mandat de procéder à la cession de 10% de sa participation au capital de l’ONATEL; ce qui a été fait.

Le public se demande pourquoi l’offre de cession n’a pas été publiquement faite sur le marché financier pour permettre aux Burkinabè de récupérer la part de l’État ?
L’option initiale était une Offre publique de vente (OPV), mais elle est apparue très coûteuse, longue et sans garantie que le montant serait absorbé par le marché en l’absence de l’actionnaire majoritaire. Il ne faut pas oublier que pour réaliser une OPV, il y a des frais à payer à la BRVM, au dépositaire central qu’est la banque de règlement, au CREPMF, à la SBIF et des frais de publicité et de communication, avec probablement des frais de road show. La procédure de l’acheté-vendu, plus simple, plus rapide, moins coûteuse a été proposée et acceptée, avec Maroc Télécom comme partenaire intéressé. Après d’âpres négociations, l’Etat et Maroc Télécom ont convenu du prix de 8.000 FCFA.

Etait-ce vraiment la meilleure option pour l’Etat ?
Au regard de l’évolution du cours de l’ONATEL, on peut affirmer que c’était la meilleure option pour l’Etat. Il faut noter qu’à ce prix, l’Etat obtient une plus-value de près de 12 milliards de FCFA comparativement au prix de l’action au moment de l’OPV, à savoir 45.000 FCFA qui correspondent aujourd’hui à 4.500 FCFA après fractionnement.
Il faut rappeler que le cours de l’action ONATEL a oscillé entre 6.500 et 7.000 FCFA en décembre 2017. En vendant 10% du capital aujourd’hui, l’Etat obtient un montant de plus de 27 milliards de FCFA ; ce qui, en valeur comparée au nombre d’actions cédées, excède les 29 milliards de FCFA obtenus par la cession de 20% du capital en 2009.
Des voix s’élèvent aussi pour dire que l’opération aurait dû se faire après le paiement des dividendes de 2017. Toute chose qui aurait permis à l’Etat d’engranger un peu plus ?
Pour répondre à votre question, il faut rappeler que les négociations se sont déroulées en novembre-décembre 2017 avec Maroc Télécom. En outre, de manière théorique, le dividende est en général intégré au prix boursier de l’action. D’ailleurs, qui pouvait certifier que l’ONATEL paiera des dividendes pour l’exercice 2017? Et même si cela était, quel sera la valeur de ces dividendes ? Il y a un adage boursier qui dit qu’on ne vend jamais au plus haut, et qu’on n’achète jamais au plus bas.
Enfin, il faut bien rappeler que, l’ONATEL étant une société cotée, les Burkinabè peuvent à tout moment acheter des actions ONATEL à la Bourse ; les citoyens burkinabè n’ont pas besoin d’attendre une opération de cession d’actions ONATEL par l’Etat pour acheter des actions ONATEL. D’ailleurs, ils pourraient acheter ces actions ONATEL à la BRVM à un prix inférieur à 8.000 FCFA, prix de vente à Maroc Télécom. C’aurait été le cas, par exemple, s’ils avaient acheté ces actions ONATEL à une certaine date en décembre 2017. Des Sociétés de gestion et d’intermédiation comme la SBIF sont là pour acheter et vendre des actions ONATEL pour les citoyens burkinabè. C’est là leur activité principale de courtage boursier.

Propos recueillis par A.T

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