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Lutte contre la corruption: le leadership du Président du Faso toujours attendu

Le 9 décembre de chaque année, la communauté internationale commémore la journée internationale de lutte contre la corruption. En marge de cette journée, le Réseau national de lutte anti- corruption (REN-LAC) commémore les Journées nationales de refus de la corruption (JNRC).
Le thème des JNRC de cette année porte sur la corruption dans le secteur de la santé. L’Economiste du Faso a rencontré Sagado Nacanabo, secrétaire exécutif adjoint du REN-LAC pour parler de ces journées et de la contribution du REN-Lac à la lutte anticorruption au Burkina d’une manière générale.

L’Economiste du Faso: Pourquoi le thème des 13es JNRC porte sur la santé?
Sagado Nacanabo (secrétaire exécutif adjoint du REN-LAC): Lorsqu’on sait que la santé est classée à la 13e place dans le rapport sur l’état de la corruption, on peut se demander pourquoi ce thème. Seulement, la santé à la différence de la douane ou des transports est un secteur éminemment social.
Cet important facteur a guidé le choix de ce thème. En plus, ces 3 dernières années, nous avons enregistré beaucoup de dénonciations dans le secteur de la santé sans compter les dénonciations dans la presse.
La corruption dans ce secteur était devenue une préoccupation à telle enseigne que nous avons décidé d’aller au-delà du rapport sur l’état de la corruption qui n’est qu’une enquête de perception.
C’est ainsi qu’avec l’appui du Programme des nations unies pour le développement (PNUD), nous avons décidé de réaliser une étude spécifique sur la corruption dans ce secteur. C’est pour cette raison que nous avons décidé à la faveur des JNRC 2018 de marquer le coup en la commémorant sous le sceau de la corruption dans le secteur de la santé.
Depuis le lancement du rapport de l’étude, des citoyens estiment que ce qui a été révélé est faible parce qu’il y a d’autres manifestations. Nous regrettons que le CMA Paul 6 ait fermé ses portes à nos enquêteurs malgré l’autorisation du ministère de la Santé.

Le présidium au lancement de l’étude sur la corruption dans le secteur de la santé. Claude Wetta, secrétaire exécutif du REN-LAC au milieu. (DR)

Après 13 éditions, quel bilan peut-on faire des JNRC ?
Au début, les JNRC se déroulaient en une seule journée. Nous avons évolué à une semaine et maintenant nous sommes à 10 jours. Chaque édition des JNRC est commémorée autour d’un thème précis et nous remarquons qu’après chaque commémoration, les acteurs du secteur s’en saisissent et avec notre appui, nous engageons des actions de lutte. Nous recevons aussi après chaque JNRC, beaucoup de dénonciations dont certaines par voie de presse. Ce bilan n’est certes pas scientifique pour permettre de mesurer l’impact des JNRC sur la lutte anticorruption, mais elle est la preuve que les JNRC ont réussi à créer un esprit de veille citoyenne et de refus de la corruption.
Avant le REN-LAC organisait les JNRC seul. Mais depuis un certain nombre d’années, il le fait en collaboration avec d’autres structures dont l’Autorité supérieure de contrôle d’Etat et de lutte contre la corruption (ASCE-LC), le PNUD. Pour cette année, si le thème choisi par le REN-LAC tourne autour de la santé, le thème de la commémoration collective porte sur l’appropriation et l’état des lieux de la mise en œuvre de la loi anticorruption.

En dehors des JNRC, quelles sont les autres activités phares du REN-LAC ?
L’une des activités phares du RENLAC est la production et la publication annuelle du rapport sur l’état de la corruption au Burkina Faso. Depuis 2000, jusqu’à nos jours, la publication de ce rapport n’a pas connu d’interruption. Le dernier rapport est publié en 2018 et porte sur l’année 2017.
Si le REN-LAC devrait perdre toutes ces activités, cette activité resterait. Ce rapport donne chaque année le niveau de perception de la corruption par les citoyens sur la corruption d’une part et d’autre part, il montre de façon documentée l’état de lutte contre la corruption menée par les différentes structures gouvernementales, la justice, l’Assemblée nationale, les médias, etc.
Une autre activité est la publication de la bande dessinée Kouka, assortie d’un jeu concours destiné aux plus jeunes. Des cinéastes ont produit un film sur la base de cette bande dessinée. L’assemblée générale annuelle du REN-LAC couplée avec la remise du Prix de la lutte anticorruption (PLAC) qui encourage le journaliste d’investigation et de dénonciation fait partie de ses activités phares.
Le REN-LAC a publié des études thématiques sur la corruption dans le secteur des marchés publics, de l’éducation, des mines, des douanes, sur les valeurs morales, etc. L’étude sur les valeurs morales a révélé que l’une des causes profondes de la progression de la corruption est la perte des valeurs morales.
Le REN-LAC participe avec d’autres structures à des manifestations publiques de la Coalition nationale de lutte contre la vie chère, la corruption, la fraude, l’impunité et pour les libertés (CCVC) où il est trésorier dans la coordination nationale.
On peut aussi citer les activités de sensibilisation dont le théâtre forum, les conférences publiques, les émissions radio-télé. A propos des conférences publiques, avec le Service national pour le développement (SND), chaque année, nous animons une conférence au profit des appelés.
Le REN-LAC opère des saisines administratives lorsqu’un cas de dénonciation est avéré. Ces saisines peuvent déboucher sur des actions de plaidoyer ou la mise en place de Comité anti-corruption (CAC) dans le service concerné. Ces CAC sont des structures entre pairs et le REN-LAC n’est qu’un catalyseur sans pour autant être membre. Nous avons déjà installé des CAC dans les différents démembrements du ministère des finances, à la police nationale, à la Direction générale du transport terrestre, et maritime (DGTTM). Nous opérons aussi des saisines judiciaires avec constitution de partie civile.
Le REN-LAC mène aussi des enquêtes. Une des enquêtes a consisté à acheter un pistolet avec un greffier. Elle a abouti à une procédure judiciaire et au licenciement de ce greffier. Un inspecteur des impôts a été appâté avec 350.000 FCFA. En collaboration avec le procureur du Faso et l’ASCE-LC, ce dernier a été pris en flagrant délit. Nous disposons beaucoup de formations également.

Après ce bilan, avez-vous le sentiment que l’action du REN-LAC porte des fruits ?
En tant que membre fondateur du REN-LAC, je peux dire que la lutte avance. Au début, lorsque vous parlez de la lutte anti-corruption, on vous traitait de jaloux, d’aigris et de malheureux.
Blaise Compaoré avait dit en son temps que tous ceux qui parlent de la lutte contre la corruption cherchent à gérer une caisse d’argent. De plus en plus, on se rend compte que ceux qui ont créé le RENLAC, notamment le Mouvement burkinabè des droits de l’homme et des peuples (MBDHP) et l’Union inter-africaine des droits de l’homme (UIDH) ont été des visionnaires.
Le travail du REN-LAC a permis de mieux faire connaitre le phénomène. Si les citoyens ont l’impression qu’il y a beaucoup de corruptions, c’est que les langues se sont déliées et beaucoup de personnes ont le courage de dénoncer. C’est l’effet de notre travail. La floraison des dénonciations, des foyers de veille citoyenne font partie des acquis de notre lutte. Le REN-LAC peut se réjouir d’avoir alimenté la flamme de la lutte anti-corruption.
Le REN-LAC a amené les pouvoirs publics à accepter la réalité du phénomène et à le combattre.
Si l’ASCE est passée par plusieurs étapes pour devenir ASCE-LC, c’est grâce au travail du RENLAC.
La forme actuelle de l’ASCE-LC ne nous satisfait pas mais c’est déjà un pas en avant. Si le président Roch Marc Christian Kaboré a placé la lutte contre la corruption au cœur de son programme de campagne, c’est parce qu’il n’avait pas le choix. Il l’a fait pour avoir la clientèle électorale sans que la mise en œuvre sur le terrain ne suive. Nous l’avons d’ailleurs interpelé en février 2018. Son leadership est attendu dans cette lutte comme il l’a fait pour le port du Faso dan fani.
Un autre impact visible se trouve à la police nationale où les actes de légalisation se font désormais à l’air libre devant tous. C’est suite à un plaidoyer avec la direction générale de la police afin d’éviter la corruption.
Le REN-LAC a contribué à écrire la loi anti-corruption adopté par la Transition après avoir été introduit 3 fois à l’Assemblée nationale. Malheureusement, on assiste à des remises en cause de la loi aujourd’hui.

Interview réalisée par Elie KABORE


Les perspectives du REN-LAC

Nous avons déjà parlé du centre de formation sur la lutte anti-corruption qui sera opérationnel en 2019. Nous dispensons plusieurs formations comme c’est le cas dans les écoles professionnelles, le SND, l’Académie militaire Georges Namoino, etc. Au lieu de mener des actions éparses, on s’est dit qu’il faut élaborer des modules de formations, identifier les acteurs et dispenser ces modules. Une étude de faisabilité a abouti à la création du centre de formation sur la lutte contre la corruption. Ces modules pourront être intégrés dans la formation des futurs fonctionnaires.
Avec le temps, cette activité sera séparée des autres activités du RENLAC avec l’acquisition d’un bâtiment.
Nous avons un projet d’agrandissement du REN-LAC au-delà des 6 régions administratives où il est implanté.
Le REN-LAC a lancé le 07 décembre 2018, la plateforme numérique d’information anti-corruption Veenem AC. La plateforme s’inscrit dans le cadre de la mise en œuvre, en collaboration avec le CIFOEB, du projet «Accroître  la participation citoyenne à la lutte contre la corruption et à la redevabilité publique à travers une plateforme d’information anti-corruption» dans les secteurs de l’éducation et de la santé. En plus de la dénonciation, la plateforme va faciliter les dénonciations.
Des récompenses seront attribuées aux services exemplaires. Concomitamment à la plateforme, nous allons mettre en place 22 comités de suivi citoyen des prestations de service en 2019 dans 5 régions pilotes dont 2 à Ouagadougou.
Ces comités sont différents des CAC. Le REN-LAC et d’autres acteurs de la société civile participeront à leur animation tout en intégrant le personnel des administrations. Les résultats de cette phase pilote permettront d’étendre à d’autres secteurs et d’autres régions.

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