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Mine et industrialisation : Le Burkina ne dispose pas d’une stratégie nationale

La quatrième édition de la Semaine des activités minières d’Afrique de l’Ouest (SAMAO) se tiendra du 26 au 28 septembre 2019 à Ouagadougou, sous le thème «Exploitations des ressources minérales et opportunités d’industrialisation de l’Afrique». La SAMAO est un cadre de rencontre, d’échange, de partage d’expériences et d’opportunités d’affaires entre les acteurs du secteur. Elle vise aussi à attirer des investisseurs pour soutenir le développement du secteur des mines et des carrières et soutenir le développement durable.
Cette édition de la SAMAO se tient à un moment où le secteur minier ne manque pas d’actualités.
La douzaine de sociétés minières industrielles en exploitation a produit 52,662 tonnes d’or en 2018. Une production en nette hausse par rapport à 2017 où on a enregistré 45,6 tonnes d’or produit.
L’ambition du gouvernement est de franchir la barre symbolique des 60 tonnes en 2019, avec l’entrée en production des mines de Niankorodougou, exploitée par Teranga Gold, de Bouéré Dohoun de Endeavour Mining. La construction des mines de Sanbrado et de Bomboré est à des stades très avancés et entreront en production en 2020.
Outre l’or, le Burkina Faso produit du zinc. En 2018, cette production s’est établie à 165.000 tonnes, en hausse de 0,5% par rapport à 2017.
Les retombées du secteur peuvent être analysées sous deux angles. La contribution directe des mines aux recettes de l’Etat et la contribution de tous les acteurs qui gravitent autour du secteur, comme les fournisseurs de biens et de services miniers. Si des données existent sur la contribution directe du secteur minier, tel n’est pas le cas des autres acteurs.
On retient que le secteur a contribué, en 2018, à 266,026 milliards F CFA dans les recettes budgétaires, contre 226 milliards FCFA en 2017. L’exportation des produits miniers a rapporté 1.540 milliards F CFA. Le secteur a contribué à 11,4% à la formation du Produit intérieur brut (PIB).
La tache noire dans cette actualité minière est la question terroriste qui perturbe fortement les activités minières. De nos jours, plusieurs projets d’exploration sont suspendus. Une situation dont les conséquences se feront ressentir dans les années à venir.
Le secteur industriel a créé près de 10.000 emplois directs et plus de 26.000 emplois indirects en 2018.
Le secteur minier rapporte aux collectivités territoriales. Des Communes et des régions reçoivent 20 % des taxes superficiaires collectées. A titre d’exemple, en 2018, la somme de 2,026 milliards FCFA a été transférée aux collectivités qui abritent les mines au titre de cette taxe collectée en 2017. Elle a été répartie comme suit : 1,823 milliard FCFA pour les Communes minières et 202,632 millions FCFA pour les régions minières.
Outre les taxes superficiaires, certaines Communes reçoivent la patente. Le Code minier prévoit que les sociétés minières en production sont exonérées de cette patente pendant 7 ans, si la durée de vie de la mine dépasse 14 ans.
Cette exonération passe à 5 ans si la durée de vie est inférieure à 10 ans. Déjà, les sociétés minières qui exploitent certains sites d’or ont commencé à transférer aux Communes bénéficiaires, les sommes correspondant à cette taxe.
L’année 2019 marque un tournant décisif dans la mise en œuvre du Fonds minier de développement local (FMDL). Institué dans le Code minier de 2015, ce Fonds est alimenté par 1% du chiffre d’affaires des sociétés en production et 20% des redevances proportionnelles.
Ce Fonds est destiné exclusivement au financement des plans communaux et régionaux de développement. La quasi-totalité des sociétés ont versé des avances au titre de ce Fonds. L’Etat a aussi libéré sa part. La répartition des fonds a eu lieu et les Communes et régions bénéficiaires recevront d’ici peu leur part.
La contribution du secteur au développement économique du Burkina Faso pouvait être plus importante si le Burkina avait réussi à prendre la présence des mines comme un prétexte d’industrialisation. On espère que le thème de la SAMAO 2019 qui est «Exploitations des ressources minérales et opportunités d’industrialisation de l’Afrique» prenne à bras-le-corps le problème pour proposer des solutions.
Cette situation trouve sa source dans l’absence d’une stratégie nationale en la matière. Des entreprises tendent à se spécialiser dans la fourniture des biens et services au secteur minier mais cela reste au stade embryonnaire. En effet, le ministère des Mines et des Carrières a dénombré 27 entreprises de transit qui travaillent actuellement avec les miniers, 9 entreprises ont été répertoriées dans le domaine de la construction et du montage des usines de traitement, 2 se sont fait remarquer dans la réalisation des travaux d’exploitation et d’ingénierie et 3 entreprises ont été enregistrées dans l’approvisionnement en substances explosives. Les mines devaient pouvoir développer la filière viande, lait, cuir et peau.
Les filières des fruits et légumes, des céréales, l’hôtellerie, la restauration, l’hébergement, etc. peuvent trouver leur compte avec le secteur minier si un minimum d’industrialisation est réalisé suivant les standards mondiaux. Ces industries créeront à leur tour des emplois, paieront des impôts et apporteront de la valeur ajoutée au secteur. L’attention du gouvernement à l’issue de cette 4e édition de la SAMAO devrait se focaliser sur cet aspect.

Elie KABORE


Le secteur artisanal gangréné par la fraude

Le secteur artisanal reste la principale source de revenus pour 1,5 millions de personnes. Toutefois, ce secteur est gangréné par la fraude. En effet, selon une enquête de l’Institut national de la statistique et de la démographie (INSD), 6,65 tonnes sont frauduleusement vendues hors du pays.
Une grande insuffisance que tente de corriger la nouvelle loi sur la commercialisation de l’or qui accorde des avantages aux acteurs de ce secteur.

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