Société-Culture

Financement du terrorisme : Les autorités religieuses sensibilisées à Ouaga

Le Groupe intergouvernemental d’action contre le blanchiment d’argent en Afrique de l’Ouest (GIABA) a organisé, du 26 au 27 février 2020 à Ouagadougou, un séminaire national de sensibilisation des autorités religieuses sur la Lutte contre le blanchiment de capitaux et le Financement du terrorisme (LBC/FT).
Le GIABA est une institution spécialisée de la CEDEAO créée en 2000 et a pour mandat de protéger les économies des Etats membres contre le blanchiment de capitaux, le financement du terrorisme, et le financement de la prolifération des armes de destruction massive, informe Alphousseiny Diamanka, représentant du Directeur général du GIABA.
Le GIABA compte relever ce défi grâce à divers programmes de renforcement des capacités au bénéfice de divers acteurs, dont les groupes de jeunes, de femmes, de journalistes, de la société civile et maintenant les religieux, a indiqué le représentant du Directeur général du GIABA.
Pour Marie Béatrice Tassimbedo/Tapsoba, présidente de la Cellule nationale de traitement de l’information financière (CENTIF) du Burkina Faso et correspondante nationale du GIABA, après le Mali en 2017 et le Niger en 2018, c’est au tour du Burkina Faso d’abriter cet important séminaire qui vise à impliquer davantage les autorités religieuses dans la lutte contre le terrorisme et son financement.
La présidente de CENTIF Burkina Faso reste convaincue que : « Le terrorisme ne pourrait survivre à l’assèchement de ses financements ».

L’atelier a réuni des autorités religieuses qui exercent une influence considérable sur leurs fidèles. (DR)

Safériba Issa Fayama, directeur de cabinet du ministère de la Justice, Garde des Sceaux, au nom de son ministre, a indiqué que si le Burkina est aujourd’hui exposé au terrorisme, il importait d’en chercher les causes et les solutions. C’est à ce titre que ce séminaire national constitue une belle opportunité pour une meilleure compréhension de la problématique de BC/FT en vue d’un changement de comportements. Le directeur de cabinet du ministère de la Justice, poursuivant son propos, a cité les chiffres des Nations Unies qui estiment à 391 millions, le nombre d’habitants en Afrique de l’Ouest en 2019. Mais la stabilité économique qui devrait garantir l’employabilité de cette jeunesse est compromise par les crimes économiques et financiers et leurs auteurs qui sévissent dans la sous-région.
Pourquoi cibler les autorités religieuses ?
Selon Marie Béatrice Tassimbedo/Tapsoba, les différentes doctrines qui font l’apologie du terrorisme ne pourraient prospérer face aux valeurs de paix, de solidarité, d’humanisme et de patriotisme propagées quotidiennement à travers les prêches des autorités religieuses. « Les pistes de solutions sont à notre portée si tous les acteurs s’engagent à jouer leur partition. Ce séminaire aborde le rôle des religions dans la lutte contre la criminalité financière et les violences sous toutes leurs formes. C’est une évidence que la religion peut être instrumentalisée, notamment, à des fins politiques pour diviser et dresser les communautés ou les individus les uns contre les autres. Fort heureusement, la religion peut être un canal pour enraciner de manière profonde dans les consciences humaines,… a. Le séminaire s’inscrit dans cette logique parce que les leaders d’opinion sont très bien écoutés dans la société ».
Le représentant du DG du GIABA a reconnu que les autorités religieuses exercaient une influence considérable sur leurs fidèles. « Ces derniers temps, on a assisté à des attaques terroristes sans discernement au Niger, Nigeria, au Mali et au Burkina Faso. Il est bien connu que les plateformes religieuses peuvent être exploitées par les criminelles comme un terreau fertile à la radicalisation. C’est la raison pour laquelle, il faut rester vigilant et protéger ces plateformes en prêchant la coexistence pacifique ».
Siméon Sawadogo, ministre d’État, ministre de l’Administration territoriale, de la Décentralisation et de la Cohésion sociale du Burkina Faso, a présidé la cérémonie d’ouverture. Dans son discours, il a rappelé qu’une étude publiée par le Consortium d’instituts de sondages Afrobaromètre indiquait que deux-tiers (2/3) des Africains font confiance aux leaders religieux. « A titre d’exemple, la confiance populaire envers les leaders religieux est estimée à 91% au Sénégal, soit le chiffre le plus élevé. Au Burkina Faso et au Niger, cette confiance est à plus de 80 %. Vous conviendrez avec moi que dans nos pays, le taux est aussi élevé, compte tenu du fait que les leaders religieux sont perçus comme moins corrompus que les autres groupes de dirigeants publics ». Le ministère reste convaincu qu’aucune religion n’appuie le meurtre de personnes innocentes sur les marchés, dans les écoles, les hôpitaux ou dans tout autre lieu public. « D’où notre appel à vous, pour nous aider à véhiculer des messages de paix et de tolérance afin que nos enfants, nos frères et sœurs soient conscients qu’il y a bel et bien d’autres alternatives que la violence », a conclu le ministre d’Etat.

Elie KABORE


Le Burkina Faso a ratifié les principaux instruments juridiques de LBC/FT

Pour Safériba Issa Fayama, directeur de cabinet du ministère de la Justice, le Burkina Faso s’est conformé au cadre juridique et institutionnel pour la LBC/FT, à travers la signature et la ratification des principaux instruments juridiques sous-régionaux et internationaux. La loi de 2016 sur le blanchiment et le financement du terrorisme au Burkina Faso est une internalisation de la directive de l’UEMOA du 2 juin 2015.

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