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Gestion des ressources minières: « Le gouvernement burkinabè est sur la bonne voie », dixit Jonas Hien, Directeur des programmes de l’ONG Orcade

Les autorités de la Transition souhaitent apporter une plus-value à la production minière au Burkina Faso. Celle-ci, selon leur entendement, passe par doter le pays des Hommes intègres d’une usine de raffinerie d’or et d’une usine de traitement de charbon fin.  De l’avis du Directeur des programmes de l’ONG Orcade, Jonas Hien, expert des questions minières, cette volonté politique est une bonne chose, car, dit-il, appliquer la bonne gouvernance permettra au pays de tirer le maximum de profit financier du métal jaune. Il a donné sa lecture sur ces questions majeures, le 19 avril 2023, dans son bureau, à Ouagadougou. Lisez plutôt !

L’Economiste du Faso : Que pensez-vous de l’idée du gouvernement de se doter d’un nouveau Code minier, afin, dit-il, de permettre au Burkina Faso de tirer le maximum de revenus de la production minière ?

Jonas Hien (Directeur des programmes de l’ONG Orcade) : Nous constatons une volonté politique d’apporter des changements significatifs dans le secteur minier, notamment, le Code minier. Pour notre part, c’est une bonne chose. Une loi est par essence dynamique après un certain nombre d’années de mise en œuvre, il est bon de toujours la réviser, car les enjeux mondiaux évoluent vite. Si le gouvernement constate à un moment donné des insuffisances, il est indiqué de revisiter la loi, afin d’en tirer le maximum de profit, sans pour autant remettre en cause les intérêts des investisseurs. Cette révision du Code minier, si elle a eu lieu, entre en droite ligne de nos attentes. Certaines dispositions du Code minier de 2015 ne cadrent plus avec les enjeux mondiaux du moment. Nous-mêmes, à un moment donné, avions souhaité que le Code minier soit révisé.

Nous ne doutons pas que vous avez été approché dans le cadre de la révision du Code minier, alors, en tant qu’expert des questions minières, qu’est-ce que vous souhaitez voir changé ?

Les choses ne s’analysent pas de cette façon. Il faut revisiter le Code minier de sorte à voir avec les enjeux du moment, qu’est-ce qu’il faut apporter de nouveaux. Néanmoins, dans le nouveau Code minier, nous souhaitons y voir la concrétisation du partage de la production minière. Vous avez vu récemment que les autorités de la Transition ont procédé à une réquisition de l’or sur certains sites miniers ; parce qu’en tant que pays miniers, nous ne disposons pas de réserve d’or, d’où cette réquisition gouvernementale. Une telle situation devra nous faire réfléchir, de sorte que dans le prochain Code minier, les acteurs essaient de voir quelle disposition pourrait être mise en place pour permettre à l’Etat burkinabè de disposer d’une réserve d’or. La souveraineté nationale requiert d’aller vers de telles actions.

Dans le cadre du programme d’urgence de la Transition, le gouvernement a validé, le 5 avril 2023, un projet de construction d’une raffinerie d’or au Burkina Faso et cela, avant 2024. Quelle pourrait être la plus-value d’une raffinerie d’or pour le pays ?

Si le gouvernement entend se doter d’une raffinerie d’or avant 2024, il a certainement balisé le terrain pour que cela soit une réalité. S’agissant de sa plus-value dans l’économie nationale, ce qui est évident, le Mali a une raffinerie d’or, le Ghana aussi, de même que d’autres pays africains. Il faut que l’Etat réfléchisse à comment cela va fonctionner de façon pérenne, ce qui suppose que les mines vont fonctionner de façon permanente, afin que l’or brut soit disponible à tout moment. Le Code minier à venir devrait voir quels mécanismes mettre en place pour que les sociétés minières puissent raffiner la totalité ou une partie de l’or brut au Burkina Faso. Le plus important est que l’Etat, à travers cette raffinerie d’or, puisse permettre aux Burkinabè de constater la plus-value. Sinon la nécessité de disposer d’une raffinerie d’or n’est pas à discuter. Il faut souhaiter qu’avec cette usine, les prochains gouvernements aient le même engagement et la même vision ; parce que ce qui empêche le décollage économique de l’Afrique, c’est la remise en cause perpétuelle de certaines bonnes décisions mises en œuvre par les gouvernements précédents. Il ne faut pas ignorer l’environnement international, car certaines puissances ne verront pas d’un bon œil le fait que le Burkina Faso veuille se doter d’une raffinerie d’or. Il n’est pas exclu, sur le plan international, que des puissances puissent faire un travail de sabotage pour empêcher que l’usine marche ; car, l’or raffiné à l’étranger fait des économies pour ces pays. Il y a des pays qui vivent de la raffinerie et comme en Afrique, l’unité est la moins partagée avec des gouvernances moins vertueuses, le sabotage est vite arrivé et l’usine se ferme. L’idée est très bonne, maintenant, il faut l’entourer de garde-fous assortis de bonne gouvernance pour que le pays puisse en tirer la plus-value.

En plus de ce grand projet minier, le gouvernement annonce la construction très avancée d’une usine de traitement des résidus tels que le charbon fin.

Le fait que gouvernement veut doter le Burkina Faso d’une usine de traitement de charbon fin est une bonne chose. Toute chose qui va éviter l’affaire charbon fin que le pays a connue il y a quelques mois en arrière. Maintenant, il ne suffit pas de construire, il faut s’entourer de tous les garde-fous pour ne pas tomber sous le sabotage des sociétés de traitement de charbon fin à l’international. Il faudra veiller à ce que les gouvernants qui viendront après comprennent le bien-fondé de tels projets et fassent en sorte que ces usines se pérennisent. Les autorités de la Transition ont dû évaluer de façon technique et financière les avantages que procurent ces deux usines.

A la conclusion, il est clair que disposer de ces deux usines est une aubaine financière pour le Burkina Faso. Si vous prenez la raffinerie, le gouvernement ne peut pas vous dire avec exactitude ce que le pays gagne réellement avec les sociétés minières, la cause étant que notre or est raffiné à l’extérieur sans un représentant de l’Etat. Ce sont les sociétés minières qui, après avoir raffiné l’or à l’extérieur, viennent déclarer ce qu’elles ont eu auprès de l’Etat. Dès lors, il est clair que l’Etat perd beaucoup en matière de recouvrement de recettes fiscales. Avec la raffinerie et l’usine de charbon fin, l’Etat pourra désormais mieux suivre et surtout contrôler sa production d’or. Mieux, ces deux usines vont permettre la création de milliers d’emplois, donc la création de richesses nationales. Encore, il faut prendre tous les garde-fous nécessaires face au capitalisme international. Ils sont extrêmement dangereux. Dans notre élan de souveraineté affichée, il ne faudra pas perdre ces enjeux de vue. 

Propos recueillis par Ambéternifa Crépin SOMDA

Encadré

En tant qu’expert des questions minières, que devraient faire de plus les autorités de la Transition pour que le peuple burkinabè puisse profiter de ses richesses minières ?

Ils sont déjà sur la bonne voie avec la raffinerie d’or et l’usine de charbon fin. Le fait de penser qu’il faut plus d’impact de l’exploitation minière sur l’économie nationale est une bonne chose. Le fait de chercher à ajuster le Code minier pour l’adapter au contexte actuel est une très bonne chose. Les sillons qu’ils sont en train de tracer dans le secteur minier sont à féliciter et à encourager.

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RAF

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