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Aéroport de Donsin: nouveau départ ?

• 6e DG en 14 ans de projet

• Etat des lieux des travaux

• L’avenir avec ou sans Meridiam ?

Le 30 décembre 2022, une dalle en construction s’est éffondrée au niveau de la composante Base militaire. (DR)

Le 24 mai 2023, le Conseil des ministres a procédé à la nomination d’un nouveau Directeur général de la Maîtrise d’ouvrage de l’aéroport de Donsin (MOAD). C’est le 6e Directeur général que le projet accueille en 14 ans de vie. Il vient d’être installé le 1er juin 2023.

Ce changement intervient dans une période charnière dans la vie de la Maîtrise d’ouvrage : le concessionnaire ne sait plus sur quel pied danser depuis l’annonce, de la suspension de la convention qui lie le Burkina au groupement Meridiam ADM, un consortium français.

C’est à Bobo-Dioulasso, le 03 janvier 2023, lors de la rencontre du président de la Transition avec les forces vives de la région des Hauts-Bassins, que ce dernier a annoncé officiellement la suspension de la convention. Depuis cette annonce, selon nos informations, il n’y a pas eu d’acte matériel de dénonciation de la part du Burkina. La société qui était en train de s’installer progressivement, a dû rappeler ses responsables pays sur Dakar, face au silence des autorités, en attendant d’y voir clair.

A l’occasion du discours sur la situation nationale, le 30 mai 2023, le Premier ministre a donné quelques explications sur le dossier. « Le gouvernement n’a pas pris les dispositions pour l’entrée en vigueur de la convention de  concession. » En effet , les termes de la signature de la convention précisaient qu’un décret pris en Conseil des ministres viendrait officialiser l’entrée en vigueur de celle-ci. Ce décret n’est jamais arrivé. Pourquoi ?

C’est en octobre 2021, le groupe français Meridiam a signé, avec l’État du Burkina Faso, une concession de 30 ans pour la conception, la construction, le financement, l’exploitation et la maintenance du nouvel aéroport. Dans les mois suivant cette signature, le décret attendu n’est pas sorti, quand survient le coup d’Etat du MPSR I, avec le Lieutenant-Colonel Paul Henri Sandoago Damiba , en janvier 2022.  Profitant de ce nouvel environnement politique, les opposants à cette convention de concession montent au créneau et appellent les nouvelles autorités à ne pas la valider.

Les arguments sont connus 

Les syndicats de l’aéronautique y voient un contrat léonin de 30 ans, avec un investissement de seulement 20% du coût total du projet. Les travailleurs critiquent également le montant des redevances et recettes fiscales demandées au groupe sur la durée de la concession, soient 393 milliards FCFA.

Le MPSRI n’aura pas le temps lui aussi de valider le projet de convention, lorsqu’il est surpris par le coup d’Etat du MPSR II du Capitaine Ibrahim Traoré.  Surfant dur le discours antifrançais et souverainiste ambiant, le président de la Transition annonce la suspension de la convention, au lendemain de l’éffondrement d’une dalle sur le chantier. A cela, le Premier ministre a ajouté un nouvel  argument, le 30 mai dernier: la convention menaçait le «devenir des structures aéronautiques régaliennes».  Il a annoncé qu’un groupe de travail était sur le dossier et le gouvernement disposerait d’alternatives crédibles pour la réalisation du projet d’aéroport dans le strict respect des intérêts du pays. Et promet son achèvement dans les deux à trois ans à venir. L’échéance de 2024 est donc repoussée à au moins 2026. Une question reste posée : la convention va-t-elle être renégociée avec le concessionnaire (Meridiam ) ou bien le gouvernement va-t-il  relancer un nouvel appel d’offres ou un gré à gré avec qui et dans combien de temps? Sachant que le groupe de travail a effectivement fait ses observations et les a soumises à l’autorité. Dans la convention signée avec Meridiam, les préoccupations des syndicats, le financement de l’aéroport de Bobo, ainsi que l’intégration des structures régaliennes de l’aéronautique ont été pris en compte,  selon un proche du dossier.En attendant, les délais et les coûts risquent d’exploser avec l’inflation ambiante des prix. Initialement, le projet de l’aéroport était évalué à 380 milliards de dollars. Il serait autour de 500 milliards. 

Impact de l’accident sur les travaux

Le 30 décembre 2022, une dalle en construction s’est éffondrée au niveau de la composante  Base militaire. L’accident s’est produit sur une partie d’un bâtiment administratif de cette Base. 7 personnes y ont perdu la vie, dont 6 blesses et deux graves. La Base est décomposée en 5 lots financés sur le budget national. La plupart des travaux des lots étaient suspendus pour des raisons budgétaires. Les delais étaient donc suspendus.  Le chantier où l’accident est intervenu était concerné par la suspension des delais . Mais l’entreprise qui avait mobilisé ses fonds a décidé de continuer, quitte à se faire payer plus tard. La mission de contrôle a donc été remobilisée pour suivre les travaux.

Quand l’accident est intervenu, l’on est passé de  la suspension des délais à une  suspension des travaux. Ce qui veut dire que même si l’entreprise avait tous les moyens de continuer les travaux, ils sont suspendus jusqu’à la fin de toutes les procédures en cours. La mission de contrôle a été également suspendue.

Après le verdict, il n’y a pas eu d’appel. Les entreprises en tant que personnes morales n’ont pas été condamnées. Et à partir du moment où le groupement d’entreprises avait déjà achevé   presque le gros de 14/15 bâtiments, soit 90 % de réalisation, avec une garantie décennale qui courait, il était envisagé dans les coulisses de permettre d’achéver son chantier. Sur les 10% qui restaient, fallait-il contracter avec une autre entreprise, avec une nouvelle garantie décennale  sur 90% de travaux qu’elle n’a pas réalisés.?

L’ARCOP a été consultée et il a été convenu d’une correspondance du ministre de tutelle pour demander l’autorisation à l’entreprise de terminer son chantier.

Les travaux de la Base militaire sont  donc suspendus. Problèmes budgétaires, certes, mais il semble également que certaines études doivent être reprises, afin d’éviter la multiplication des avenants. Des procédures administratives et techniques étaient en cours, lorsqu’est intervenue la nomination du nouveau DG.

FW

Encadré

Impact de la suspension

La partie aviation civile est constituée de plusieurs lots, 25 ou 26 lots, dont 15 sous maîtrise d’ouvrage publique et 11 lots à réaliser par le concessionnaire. Le plus emblématique est l’aérogare  et les pavillons. La convention a été signée par le gouvernement avec AERIO en octobre 2021. Un mois plus tard, le décret devrait être signé. A partir de cette date,  le concessionnaire avait 3 ans. Un an pour mobiliser les financements et deux ans pour réaliser les infrastructures  pour 145 milliards  FCFA.

En principe, le 12 novembre 2024 , il devrait  livrer ses infrastructures. Et le phasage des différents lots était calé sur cette période.

Avec le MPSRI, le projet qui était à la Primature déménage au ministère des Transports, le 13 avril 2022. Où l’on décide  (structures techniques et partenaires sociaux) de relire la convention. Un programme de travail pour la relecture est mis en place et un rapport devrait être transmis au plus tard en juin 2022. Ce rapport qui devait contenir les observations du ministère des Transports et celui en charge de l’économie n’a pas été envoyé, parce qu’aucune discussion n’a eu lieu avec le concessionnaire, apprend-on.

Encadré 2

Liste des précédents DG et durée de la fonction

  • Hypolyte LINGANI : 2009-2014
  • Édouard BOUDA : 2014-2015
  • Hadama YBIA : 2015-2019
  • Adama BELEM : 2019-2022
  • Tamoussi BONZI : 2022-2023.

Filet 1

Quid de l’aviation civile ?

L’accident n’a eu aucune incidence sur les travaux des lots de l’aviation civile. Ces travaux sont cofinancés avec un pool de bailleurs de fonds.

Le lot voiries est en cours avec 80% de niveau d’exécution par l’entreprise Soroubat.

Le lot réseaux d’eau bache, réalisé par ASI-BF, est à un niveau de 90%.

Le lot Piste d’atterissage et parkings executé par SOGEA SATOM est à 50%.

Le lot Zone technique (ASECNA, tour de contrôle, sapeurs pompiers, loaux techniques), confié à Sinohydro, est à 25% de réalisation. Un marché qui a commencé tardivement avec des difficultés.

Le lot de certains batiments techniques (Anac, Douanes, Police , Gendarmerie et centre médicall) GMS/ECW) est à 75%, fin des travux prévue en fin juillet.

La cloture: 25 km realisés sur 28. Reste des ouvrages de franchissement à construire.

Du côté de l’aviation civile, les chantiers se poursuivent avec les difficultés habituelles, dont les retards de decomptes.

Certains des travaux vont s’achever d’ici la fin de l’année. La plupart, ce sera pour fin 2024 sans les lots du concessionnaire qui n’ont pas encore demarré.

Filet 2

Les négociations  ont débuté autour de 2012, parce que la convention de concession est partie prenante du projet. L’étude  de viabilité du nouvel aéroport intègre un schémas PPP qui convainc les bailleurs de fonds.  Certains bailleurs de fonds ont conditionné leur décaissement à la création de la société économie mixte qui devait exploiter la concession.

La stratégie de mise en concession est adoptée en 2012, en Conseil  des ministres . Un comité interministériel, composé des structures du ministère des Transports, y compris les syndicats, met en œuvre la stratégie, pour trouver un investisseur potentiel. Celui-ci devait détenir 60% du capital de la société , le privé national 25%, l’Etat  10 % et l’Asecna  5%.

Une des conditions pour l’investisseur était d’avoir une surface financière importante et d’avoir géré un aéroport de près de 750.000 passagers.

Seulement 2 offres sont  reçues, lors de la première manifestation d’intérêt. Les bailleurs de fonds estiment qu’il faut la relancer. A l’issue de cette seconde manifestation d’intérêt, un troisième candidat s’est ajouté aux deux premiers. 

Les trois candidats devaient proposer leurs offres, lorsque intervient, en octobre 2014 , l’ insurrection populaire . Tout est bloqué. Les syndicats montent alors au créneau et demandent au  gouvernement le retrait de l’aéroport de Ouaga  du périmètre du projet. Cette décision aura un impact dans les delais du projet. Trois ans de retard, selon certains experts.

Le modèle financier pour la concession a donc été repris. Le projet n’était plus rentable pour les potentiels investisseurs sans l’aéroport de Ouaga. La stratégie de recherche d’un nouvel investisseur est également reprise pour accorder des avantages fiscaux et l’offre attractive . Cependant, malgré ces avantages, le TRI  du projet de concession a baissé de 19 a 14%.  On était en fin de la Transition. 

Après la mise en place des nouvelles autorités, après la Transition, la nouvelle stratégie révisée de recrutement d’un investisseur privé est adoptée en 2016, avec des avantages pour compenser la perte de l’aéroport de Ouaga du périmètre de gestion.

Une nouvelle manifestation d’intérêts lancée : 5 prétendants étaient en lice, dont Vinci airport, ADM ; groupement 3S, et  une société portugaise. Trois d’entre eux font la visite de sites.  Sur les trois, Vinci airport dépose une offre. Mais à l’analyse,  cette offre était  plutôt  une autre proposition. Donc elle est déclarée infructueuse.

Le gouvernement décide de convoquer le Conseil d’orientation de la MOAD 2017. Cette fois, le document est rédigé : données essentielles du projet. Il comprend le minimum que le gouvernement attend du potentiel investisseur. Et c’est sur cette base qu’il autorise la procédure d’entente directe pour gagner du temps.

Suma,  Meridiam/ADM et  AGD sont retenus sur la short list

Meridiam/ADM est finalement retenue, parce que son offre était plus consistante et cohérente. Un   Protocole d’accord est signé, le 8 décembre 2018 . Suivront 35 réunions avec Meridiam pour opérer le dimensionnement technique qui  sera validé. Modélisation financière correspondante puis projet de convention élaboré. Le comité interministériel valide tous les actes.  Les syndicats sont revenus à la charge avec un mémorandum. Leurs préoccupations seront   intégrées (intérêts matériels et moraux). Le dossier bougera plus pendant un an. Avec le deuxième mandat de Roch Kaboré, il décide de rattraper le temps perdu. Entretemps, on a constaté qu’un certain nombre de lots n’avaient pas eu de financements. Pour gagner du temps , l’Etat a décidé de confier le reste des lots au partenaire privé qui se retrouve aujourd’hui avec 11 lots à réaliser.

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RAF
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