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Perspectives économiques: le ratio dette/PIB va encore augmenter

• Pour atteindre 66% en 2023

• En cause, les coûts élevés du service de la dette

• Conséquences, baisse des dépenses sociales essentielles

La dette publique médiane devrait avoir baissé en Afrique à 65 % du PIB en 2022, contre 68 % en 2021, grâce aux initiatives d’allègement de la dette qui aident les pays à résister à la conjugaison des chocs mondiaux, y compris la pandémie de COVID-19. Ce ratio reste supérieur au niveau de 61 % du PIB atteint avant la pandémie, et il devrait encore augmenter pour atteindre 66 % en 2023, puis se stabiliser autour de 65 % en 2024.

En marge de ses Assemblées générales tenues à Charm el-cheik en Egypte, la Banque africaine de développement a rendu publiques ses perspectives économiques 2023 pour le continent. Que retenir ? Presque tous les pays (à l’exception de la Libye, du Soudan et du Soudan du Sud) ont affiché des taux de croissance positifs. Selon les prévisions de la BAD, la croissance se stabilisera à 4,1 % en 2023, et pourrait atteindre 4,3 % en 2024. Et cinq des six économies à la croissance la plus rapide du continent – ​​Bénin, Côte d’Ivoire, Éthiopie, Rwanda, Tanzanie – reviendront parmi les dix économies à la croissance la plus rapide au monde en 2023/24.

Cette bonne nouvelle est ternie par le ratio dette/PIB. Avant la pandémie de la Covid-19, ce ratio était de 60,6%. « Il devrait encore augmenter pour atteindre 66 % en 2023, puis se stabiliser autour de 65 % en 2024 », lit-on dans le rapport. Cette hausse de la dette publique des pays africains s’explique par les besoins de financement croissants, associés à l’augmentation des factures d’importation de denrées alimentaires et d’énergie, aux coûts élevés du service de la dette.

Concrètement, les pays qui enregistrent une augmentation de leur ratio dette publique par rapport au PIB sont ceux qui n’ont pas de pétrole dans leur sous-sol. Pour ce groupe de pays, le ratio moyen dette publique/PIB a diminué en 2022, passant de 74,5 % à 69 % du PIB, principalement, en raison d’une baisse de la dette du Soudan. Toutefois, la dette publique reste supérieure au niveau prépandémique de 67,5 % du PIB et devrait augmenter respectivement à 72 % et 73 % en 2023 et 2024, principalement, en raison de l’augmentation des coûts d’intérêt de la dette, de la dépréciation des monnaies nationales et de l’accroissement des besoins de financement.

Pour les pays riches en pétrole, la dette devrait baisser à 64 % du PIB en 2022, contre 66,5 % en 2021, malgré l’augmentation de la dette publique du Nigeria. Celle-ci n’a cessé d’augmenter, en raison de la faiblesse des recettes du pays et des dépenses importantes liées aux subventions aux carburants, estimées à environ 3 % du PIB. Pour les autres pays de ce groupe, les gains provenant des recettes d’exportation stimulées par les prix élevés du pétrole ont renforcé leur monnaie et amélioré leur position extérieure. Ces facteurs ont atténué l’effet de la hausse des taux d’intérêt et réduit le fardeau de la dette dans ces pays. On estime que la dette a connu une baisse à deux chiffres en Angola, en Guinée équatoriale et au Congo. En Angola, l’appréciation de la monnaie nationale et l’augmentation des recettes issues des exportations de pétrole expliquent la forte baisse de la dette publique en 2022. À l’exception du Gabon et du Soudan du Sud, tous les pays de ce groupe devraient voir leur ratio dette publique/PIB diminuer en 2023 et 2024.

Les pays à faible intensité en ressources présentent un schéma similaire d’évolution de la dette publique, qui devrait être ramenée à 63 % du PIB en 2022, contre 64 % l’année précédente, en raison d’une croissance économique plus forte. Les prévisions de croissance économique plus élevée et les efforts de réduction du déficit budgétaire par l’assainissement budgétaire et la limitation des dépenses devraient ramener le ratio de la dette à 62 % du PIB en 2023 et à 60 % du PIB en 2024.

Service de la dette, hausses des taux d’intérêt, dépréciations du taux de change…

La hausse de la dette publique africaine s’explique aussi, selon le rapport de la BAD, par les coûts élevés du service de la dette dus aux hausses des taux d’intérêt, aux dépréciations du taux de change et aux risques de refinancement.

Le rapport a analysé la dynamique de la dette sur 10 ans à partir de 2013. « La décomposition des flux générateurs de dette indique que la dépréciation prévue du taux de change et les déficits primaires élevés auront un impact cumulatif plus important sur la dynamique de la dette extérieure que les moteurs historiques tels que la croissance du PIB réel ».

En résumé, les coûts du service de la dette ont augmenté, ce qui réduit la marge de manœuvre des dépenses publiques et accroît les vulnérabilités. Les finances publiques sont de plus en plus sollicitées, en raison de l’augmentation des charges d’intérêt de la dette. Les paiements d’intérêts sur la dette extérieure par rapport aux recettes publiques ont dépassé le niveau d’avant la pandémie dans de nombreux pays. Cette augmentation indique que les recettes publiques n’ont pas suivi la hausse des paiements d’intérêts et met en évidence l’érosion de la marge de manœuvre budgétaire, qui limite la capacité des pouvoirs publics à financer les dépenses récurrentes nationales et l’investissement public. En guise d’exemple, les charges d’intérêt étaient plus élevées en 2020–2022 qu’en 2015–2019.

La hausse des frais d’intérêt a été aggravée par l’augmentation des paiements du principal libellé en dollars américains, qui a entraîné des paiements du service de la dette globalement élevés. Les paiements totaux du service de la dette extérieure en pourcentage des recettes publiques ont augmenté entre 2015–2019 et 2020–2022 dans de nombreux pays. Le ratio médian du service de la dette par rapport aux recettes des pays était d’environ 6,8 % en 2015–2019. Il a augmenté pour atteindre environ 10,9 % en 2020–2022. 25 pays africains présentant un risque élevé de surendettement ou déjà en situation de surendettement en février 2023 ont connu la plus forte augmentation du fardeau du service de la dette.

Vers une crise de liquidité ?

C’est la crainte des experts de la BAD. Selon le rapport, une nouvelle hausse des paiements au titre du service de la dette extérieure pourrait réduire considérablement la marge de manœuvre budgétaire des 25 pays en risque de surendettement. « Ce qui rendrait plus difficile la reprise des économies touchées par les multiples crises qui ont secoué les pays au cours des trois dernières années », peut-on lire dans les Perspectives de la BAD. Et d’ajouter que le « risque d’insolvabilité pourrait se transformer en crise de liquidité, en raison des pénuries potentielles de devises étrangères pour assurer le service de la dette ».

Face à cette situation, les Etats détournent les ressources vers le paiement du service de la dette au détriment des dépenses sociales et d’investissements publics essentiels. Ce qui pourrait créer un cercle vicieux d’une économie en difficulté, renforçant les vulnérabilités préexistantes en matière d’endettement. Le Nigeria est confronté au paiement de 500 millions de dollars américains en juillet 2023, et le Rwanda devra payer 61 millions de dollars américains en mai. En décembre, la Côte d’Ivoire et le Gabon devront payer respectivement 56 et 37 millions de dollars américains, tandis que le Cameroun devra rembourser 50 millions de dollars américains par an en 2023–2025.  « Si la politique monétaire mondiale reste stricte et que la dépréciation des monnaies nationales par rapport au dollar américain persiste, les pays feront face à un arbitrage difficile entre le remboursement de la dette et le paiement de leurs factures d’importation de denrées alimentaires et d’énergie, ce qui pourrait exercer une pression sur les réserves de change », préviennent les experts de la BAD.

NK

Filet

Une croissance supérieure à la moyenne mondiale

Les perspectives économiques 2023 de la BAD montrent qu’en général, les pays africains ont fait face de manière adéquate à la « tempête parfaite » causée par les conséquences de la pandémie, le durcissement de la politique de la Réserve fédérale américaine et la guerre de la Russie avec l’Ukraine. La croissance du PIB continental a ralenti de 4,8 % à 3,8 %, ce qui a été ressenti dans 31 des 54 pays. Cependant, il s’est avéré supérieur à la moyenne mondiale (3,4 %), juste derrière l’Asie (4,3 %) et devant la pré-pandémie (3 %).

L’Afrique de l’Ouest a ralenti de 4,4% en 2021 à 3,8% en 2022, en raison du ralentissement des économies de la Côte d’Ivoire (de 7,4% à 6,7%) et du Nigeria (de 3,6% à 3,8%). Le premier a été particulièrement touché par la pandémie et la guerre en Europe, le second par une production pétrolière inefficace, le vol de carburant et la médiocrité des infrastructures. Cependant, le pronostic est favorable. Fait intéressant, une croissance supérieure (5 % et plus) est attendue dans l’ensemble, dans les « petites » économies, qui ne représentent que 15 % du PIB régional.

 

Encadré

La dette intérieure augmente

Face à la diminution des possibilités de financement extérieur, les pays africains comptent de plus en plus sur la dette intérieure pour financer les déficits budgétaires, et cette tendance devrait s’accélérer à court terme. Avant la pandémie de COVID-19, la part de la dette intérieure dans la dette publique totale était en baisse, mais depuis 2020, cette tendance s’est inversée (figure 1.30, volet de gauche). En 2019, la dette extérieure représentait environ 65 % de la dette publique totale de l’Afrique. Cette part est tombée à 62 % en 2020 et, à la fin de 2021, la dette extérieure représentait environ 58 % de la dette totale. La composition de la dette s’est déplacée vers la dette intérieure, dont la part est passée de 35 % en 2019 à environ 42 % en 2021. Cette tendance reflète une augmentation des besoins de financement, ainsi que la difficulté pour de nombreux pays d’accéder aux marchés internationaux des capitaux qui, associée à une mobilisation limitée des recettes fiscales, les a incités à se tourner vers l’émission de dettes en monnaie locale.

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