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Coopération Burkina/FMI: un accord de près de 180 milliards FCFA

• Le plus gros appui budgétaire du Fonds pour le pays

• Pour renforcer la résistance aux chocs et réduire la pauvreté

• Le programme devrait s’étaler sur 4 ans

Moez Ben Hassine, représentant-résident du FMI au Burkina Faso. (Ph: Yvan SAMA)

La coopération étroite entre le Burkina Faso et le Fonds monétaire international (FMI) continue. Pour preuve, les deux entités sont parvenues à un accord préliminaire au niveau des services pour un montant de 305 millions de dollars au titre de la facilité élargie de crédit. Cet accord, annoncé le 30 juin 2023, qui sera présenté au Conseil d’administration en septembre pour approbation, constituerait le plus gros appui budgétaire du Fonds, à ce jour.

Pour en savoir plus, L’Economiste du Faso s’est rapproché de la Mission-résidente du FMI au Burkina Faso. Le représentant-résident, Moez Ben Hassine, est revenu sur cet appui qui vise à « renforcer la résistance aux chocs et réduire la pauvreté ». Lisez plutôt.

L’Economiste du Faso : En fin juin, une mission du FMI, conduite par le chef de mission, Martin Schindler, a séjourné à Ouagadougou.  Peut-on dire que les relations entre votre institution et le Burkina Faso sont au beau fixe ?

Moez Ben Hassine (représentant-résident du FMI au Burkina Faso) : Je voudrais tout d’abord rappeler que le Fonds monétaire international (FMI) s’emploie à assurer la croissance et la prospérité durables de l’ensemble de ses 190 pays membres, y compris le Burkina Faso, et la stabilité du système monétaire international.

La coopération entre le Burkina Faso et le FMI, qui consiste en l’assistance technique pour renforcer les capacités, le conseil et l’évaluation des politiques macroéconomiques et l’assistance financière, a été toujours solide et a été davantage renforcée, après la visite du chef de mission et son équipe et la conclusion de l’accord, au niveau des services, le 30 juin, du nouveau programme des autorités burkinabè devant être soutenu par la Facilité élargie du crédit du FMI (FEC).

Comme toujours, les autorités ont fait preuve d’une grande hospitalité, et durant la visite de l’équipe du FMI, nous avons eu des discussions très productives marquées par l’objectif commun de renforcer l’économie burkinabè.

A l’issue de la mission, un communiqué de presse a annoncé un programme d’aide au profit du Burkina Faso de 305 millions de dollars. Est-ce le plus grand appui budgétaire octroyé au Burkina à ce jour ?

Durant les cinq dernières années, le Burkina Faso a bénéficié de l’assistance financière du FMI sous plusieurs formes : (i) une Facilite élargie du crédit (FEC) d’un montant d’environ 152.6 millions de dollars durant la période 2018-2020, (ii) une Facilite rapide du crédit (FRC) d’un montant de 120 millions de dollars pour aider les autorités à faire face aux impacts de la pandémie de COVID-19 en 2021, et (iii) une assistance financière de 80 millions de dollars pour faire face au choc alimentaire a été déboursée en mars 2023. En outre, le Burkina Faso a bénéficié des allègements du service de sa dette envers le FMI pour la période allant du 14 octobre 2020 au 13 avril 2021 (soit environ 14,52 millions de dollars), sous forme de don au titre du fonds fiduciaire ARC. Cet allègement suit celui accordé pour le service de la dette exigible entre le 14 avril et le 13 octobre 2020 (environ 12 millions de dollars).

Ainsi, l’assistance proposée serait la plus importante assistance du Fonds à ce jour.

Cet appui vise à « renforcer la résistance aux chocs et réduire la pauvreté ». En attendant que le Conseil d’administration du FMI valide le programme, pouvez-vous revenir sur son contenu ?

Au niveau des services du FMI, nous sommes parvenus, le 30 juin, à un accord avec les autorités du Burkina Faso, sur des politiques et réformes économiques qui seront appuyées par un nouveau programme de quatre ans au titre de la facilité élargie de crédit (FEC), pour un montant d’environ 305 millions de dollars. Ce nouveau programme vise principalement à : (1) créer un espace budgétaire pour les dépenses prioritaires ; (2) renforcer la résilience aux chocs et réduire la pauvreté et les inégalités ; et (3) renforcer la discipline budgétaire, la transparence et la gouvernance. Ce programme sera présenté en septembre, au Conseil d’administration du FMI pour approbation.

Quand vous dites « restaurer la stabilité macroéconomique », quels sont les leviers que le FMI conseille d’actionner ? Et selon vous, quelles seront les actions à mener ?

Le nouveau programme vise à réduire progressivement le déficit budgétaire à 3 % du PIB nominal d’ici 2027, pour garantir la soutenabilité de la dette, tout en assurant la protection des populations les plus vulnérables et en créant une marge de manœuvre budgétaire pour les dépenses prioritaires, notamment, l’investissement public et renforcer les filets de protection sociale. La stratégie budgétaire repose sur des mesures visant à accroître les ressources intérieures et rationaliser les dépenses courantes. Les autorités se sont engagées, par ailleurs, à améliorer la protection sociale, notamment, par la mise en place d’un programme national de transferts monétaires ciblés en faveur des ménages les plus vulnérables. Enfin, les autorités restent mobilisées pour faire face à la crise d’insécurité alimentaire, notamment, par la vente de denrées alimentaires et d’intrants agricoles à des prix subventionnés, la distribution gratuite de nourriture pour lutter contre la malnutrition aiguë, ainsi que par des transferts monétaires conditionnels et inconditionnels aux populations touchées.

En avril 2023, le Fonds monétaire international (FMI) a publié son document sur les perspectives économiques régionales sur l’Afrique subsaharienne. Le document fait mention de la soutenabilité de la dette des pays africains. Où se situe le Burkina Faso dans la grille de lecture du FMI ?

Nous considérons que la dette du Burkina Faso est viable et elle a été évaluée à risque modéré dans le dernier rapport sur la viabilité de la dette, publié en mars 2023. 

Dites-nous comment le nouvel accord va aider le Burkina Faso dans la gestion de sa dette.

Le nouveau programme devrait aider le Burkina Faso dans la gestion de sa dette sous plusieurs angles : (i) la restauration de la stabilité macroéconomique, à travers une meilleure gestion des finances publiques, y compris la convergence vers un déficit budgétaire de 3 % en 2027, (ii) le financement du FMI est à taux d’intérêt zéro, et (iii) l’accord avec le FMI devrait encourager d’autres partenaires à accorder des financements similaires. Par conséquent, le recours du Burkina Faso à des financements coûteux sur le marché régional ou du secteur privé étranger sera limité, ce qui permettra de réduire le fardeau du service de la dette publique sur le budget.

Le FMI a toujours conseillé au Burkina Faso une meilleure mobilisation des ressources fiscales, à une réduction de la masse salariale pour créer des espaces budgétaires pour l’investissement productif. Comment appréciez-vous les nouvelles contributions volontaires ou non pour l’effort de paix dans le pays, ainsi que les mesures visant à réduire le train de vie de l’Etat ?

Le FMI encourage les autorités à renforcer la collecte des ressources et à maîtriser les dépenses courantes, notamment, les salaires et les subventions. Le FMI ne préconise jamais la baisse des salaires, ni même une diminution de la masse salariale nominale, mais il recommande leur maîtrise en s’assurant que leur évolution ne dépasse pas celle des recettes et ce, dans le but de créer de l’espace budgétaire pour l’investissement et les dépenses sociales. Par conséquent, cette politique permettra de stimuler la croissance, créer des emplois et réduire la pauvreté et les inégalités.

Concernant les mesures prises pour soutenir l’effort de paix dans le pays, le FMI encourage les autorités à renforcer la transparence de l’usage de ces fonds en les ramenant dans le budget de l’Etat.

On sait que le FMI  n’est pas très favorable aux subventions dans certains secteurs comme l’énergie, y a-t-il un rapprochement de points de vue entre les deux parties ?

Le FMI soutient les politiques qui bénéficient aux pauvres et n’est donc pas favorable aux subventions généralisées dans certains secteurs comme l’énergie, car elles bénéficient aux personnes les plus riches qui consomment le plus de l’énergie et privent l’Etat de ses ressources. Le FMI encourage toujours les Etats à cibler les populations les plus vulnérables, à travers des transferts directs. Le niveau des subventions a été exceptionnellement élevé en 2022, à cause de la flambée des prix internationaux, ce qui a eu un impact négatif sur le budget de l’Etat. Les prix internationaux ont baissé en 2023 et devraient rester à des niveaux relativement modérés sur le moyen terme. Le FMI salue les efforts des autorités à bien gérer cette situation favorable des prix internationaux pour continuer à réformer le système des subventions de l’énergie au Burkina Faso, au sein du nouveau programme. 

Après la suspension des projets et programmes du FMI, le décaissement de mars marquait comme un retour de l’institution aux pays des Hommes intègres. Depuis lors, les réunions et rencontres se sont multipliées. Est-ce à dire que malgré les effets de la guerre contre le terrorisme, le Burkina Faso reste un partenaire crédible ?

Le FMI n’a jamais suspendu son activité au Burkina Faso, et l’équipe du FMI a eu des discussions très productives avec les autorités, tant en mars que lors de la dernière visite, sur un ensemble de politiques fortes qui bénéficieraient au peuple burkinabè. La communauté internationale, qui est représentée dans son Conseil d’administration, l’organisme décisionnel du FMI, est consciente des défis auxquels fait face le pays des Hommes intègres et essaie d’apporter son soutien, à travers les différents instruments financiers et non financiers du FMI.

En plus des chocs alimentaires et des réformes en vue, le pays fait face à près de 2 millions de déplacés internes, des écoles fermées, un secteur énergétique en souffrance, votre nouveau programme d’assistance va-t-il prendre tous ces secteurs en compte ?

Le Burkina Faso fait face à plusieurs défis, notamment, une crise sécuritaire et une crise humanitaire. Le rôle du FMI est de soutenir le programme économique des autorités pour restaurer la stabilité macroéconomique et créer un espace budgétaire pour les dépenses prioritaires que vous avez mentionnées.

Cela fait quelques mois que vous êtes au Burkina Faso, quel est votre regard sur le peuple ?

Depuis mon arrivée, je n’ai pas encore eu l’occasion de découvrir le pays, mais de Ouagadougou déjà, je suis impressionné par les personnes que je rencontre…. Des Burkinabè simples, courtois et intègres, à l’image même du nom du pays.

Entretien réalisé par ESS et AT

 

Filet

Riposte aux chocs alimentaires: le point de l’enveloppe de 50 milliards FCFA

En mars dernier, le FMI a décaissé près de 50 milliards FCFA pour le Burkina, afin de riposter aux chocs alimentaires. L’Economiste du Faso a posé la question sur l’utilisation effective de ce montant sur le terrain.

« Le Burkina Faso a bénéficié d’un financement d’urgence, en mars 2023, du FMI, au titre du guichet « chocs alimentaires » pour un montant d’environ 50 milliards FCFA pour faire face aux besoins urgents de financement de sa balance des paiements liés à la crise alimentaire mondiale et atténuer les répercussions du choc alimentaire sur les groupes les plus vulnérables. La réponse des autorités à la crise se concentre à juste titre sur la fourniture d’une aide alimentaire immédiate aux ménages touchés, la prévention de la malnutrition et l’amélioration de l’approvisionnement en eau potable, ainsi que la protection du bétail et de l’élevage. Dans le but de renforcer la transparence de l’utilisation de ces fonds, les autorités se sont engagées à préparer des rapports d’étape et des audits sur la mise en œuvre du programme de transferts monétaires et de toutes les dépenses d’urgence alimentaire et de publier les bénéficiaires effectifs des entités adjudicataires des marchés publics liés aux mesures de lutte contre la crise alimentaire.

L’assistance au titre du guichet « chocs alimentaires » est destinée à soutenir les politiques à court terme, sur une période d’un an », a expliqué Moez Ben Hassine.

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