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Monnaie de la CEDEAO: la transition vers l’ECO fait débat à Ouagadougou

• ECO-CFA contre ECO naira 

• Une autre alternative est-elle possible ?

Dr Victor Sanou, satisfait de la mobilisation. (DR)

Le Centre d’analyse des politiques économiques et sociales (CAPES), dans le cadre de ses activités de prospective et de veille stratégique, a organisé une grande conférence internationale sur l’épineuse question de la monnaie sous- régionale, l’ECO.  Le thème tel que libellé, « Souveraineté politique et monétaire dans l’espace CEDEAO : faut-il poursuivre la transition du FCFA à l’ECO ? », a battu le rappel des experts africains de la question tels que Dr Mamadou Koulibaly de Côte d’Ivoire, ancien ministre de l’Economie, Pr agrégé Kako Nabukpo, ancien ministre de la Prospective. Du côté du Burkina Faso, étaient de la partie le Pr Léon Sampana  de l’Université Nazi Boni de Bobo-Dioulasso  et le Pr émérite  Idrissa Ouédraogo,  tous des économistes réputés, modérés par le Pr Pam.

Des pays en Transition, dont trois qui font face à l’hydre terroriste, sous sanctions économiques et financières de la CEDEAO (et en rupture de coopération ou en voie de l’être avec la France avec laquelle ils avaient des relations privilégiées). Les nouvelles autorités tiennent un discours souverainiste dont l’objectif est de sortir du joug de l’ancien pays colonisateur et menacent de quitter la CEDEAO si la communauté reste dans le sillage des sanctions contre ses membres.  Sa cohésion est donc menacée, ainsi que son projet de monnaie commune à l’horizon 2027. Le Pr Sampana, qui a ouvert le bal des communications du panel, en situant le contexte, a rappelé que malgré les réformes du FCFA, pour préparer le basculement à l’ECO, la mainmise de la France était toujours présente. Pour le Pr Nabukpo, la proposition d’Alassane Ouattara et de Macron est un avatar du CFA et prévient que si cette proposition passe, l’Eco/Uemoa aura les mêmes défauts que le CFA en ce qu’il n’impulsera pas la compétitivité de la zone économique et rationnera le crédit aux entreprises au profit de la consolidation de réserve de change et la parité avec l’euro. Pour l’universitaire togolais, il faut un objectif clair en matière de politique monétaire. Le choix actuel n’est pas celui de la croissance mais de la stabilité des prix et de l’inflation. Pour lui, la monnaie n’est pas neutre. Il a regretté le fait que le Nigeria ne joue pas son rôle de puissance économique, il ne rassure pas et les sanctions actuelles contre le Niger ne sont pas pour renforcer cette confiance.

Sous la pression des opinions publiques, le bloc CFA propose des réformes en adoptant le nom de la monnaie Eco. L’Eco sera la monnaie de la CEDEAO à terme, mais les réformes et les approches pour y arriver ne font pas l’unanimité.  D’où la question posée aux panélistes, faut-il continuer la transition vers l’Eco dans ces circonstances et quelles alternatives si non ?

Ainsi, Pr Nabukpo suggère d’aller vers une monnaie commune connectée à un panier de devises et qui cohabiteraient avec les autres monnaies en attendant.

Pour le Pr Mamadou Koulibaly, il est clair que la CEDEAO a du mal à mettre en place sa monnaie. Il a battu en brèche les questions de convergence au profit de mesures d’accompagnement pour y aller vite. Et suggère comme alternative possible que les pays, Niger, Burkina, Mali et Guinée, s’ils le souhaitent, créent chacun sa monnaie avec une parité flottante sur les marchés financiers régionaux. Pour lui, il faut, certes, une volonté politique, mais il faut surtout préparer et maitriser le processus quelle que soit l’option retenue.

Aucun des panélistes n’y a répondu clairement. En bons pédagogues, ils ont juste éclairé l’auditoire sur les enjeux de la souveraineté monétaire et politique et tracé quelques pistes en termes d’alternatives. Pour le Pr Idrissa Ouédraogo, il faut plutôt parler de souveraineté relative du fait des interactions inévitables avec l’environnement extérieur et cela, aussi bien économiquement que politiquement.

FW

Encadré

Le point de vue de Victor Sanou, Directeur exécutif (CAPES)

En termes de bilan à chaud, on est totalement satisfait. On attendait autour de 400 personnes, on s’est retrouvé avec 720 participants. C’est dire l’engouement du public pour le thème proposé et au regard de la qualité des panélistes également.

Deuxièmement, les débats ont également permis d’avoir des informations et une meilleure compréhension de enjeux. Il est ressorti que l’on se retrouve en face de deux approches. L’Eco-Cfa tel que voulu et proposé par Alassane Dramane Ouattara et Emmanuel Macro, à l’issue de sa visite à Abidjan, le 21 décembre 2019, est un ECO naira  emmené par le Nigeria. Dans tous les cas, la constante est que les populations ne veulent plus du CFA dans sa configuration actuelle. Les présentations ont montré que dans les pays en crise actuellement (Mali, Niger, Burkina, Guinée), il est techniquement possible de sortir du CFA et de proposer leur propre monnaie. Les experts ont averti que cela supposait un processus préalable pour y arriver. Et c’est la volonté politique, le cadre politique qui va déterminer l’engagement et la mise en œuvre d’un tel processus.

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RAF

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