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Agriculture: accroître la production céréalière

  A court et moyen terme

• Sans accroître le budget alloué

A travers cette tribune, Dr Moïse Kaboré, agroéconomiste en poste à l’Université de Koudougou, nous propose une lecture alternative de ce qu’on pourrait faire pour accroître, à court terme, le niveau de production céréalière sans accroître le budget alloué à l’agriculture. Une lecture qui s’inspire des initiatives gouvernementales actuelles.

La transformation structurelle de l’agriculture s’entend une transformation totale des modes de production qui supposent la modernisation des technologies et des combinaisons des facteurs de production. Il est souhaitable pour tous que l’agriculture burkinabè passe rapidement de la situation actuelle d’agriculture familiale caractérisée par des rendements bas (en moyenne 1200kg selon la Banque mondiale 2020) à une agriculture familiale performante telle qu’affirmé dans la vision de la stratégie de développement agricole. Toutefois, cette transformation structurelle ne peut que s’inscrire dans le moyen et long terme, parce qu’elle doit modifier à la fois les perceptions et les conceptions de l’agriculture au niveau des producteur. Cette transformation est nécessaire et la grande offensive s’y inscrit, avec des orientations audacieuses et innovantes mais dont les résultats ne seront visibles que dans 2 ans au moins. A notre avis et en tenant compte des urgences du moment qui sont un accroissement significatif de la production à partir d’un doublement des rendements céréaliers, il est possible de mener des actions parallèles mais concrètes pour booster la production et ce, sans ressources additionnelles.

Il est possible d’avoir des effets à court terme qui vont s’appuyer sur 3 leviers inter-liés :

L’agriculture a besoin de financement et pour cela, il faut mettre à profit l’Etat et les opérateurs économiques dans une logique d’agriculture contractuelle, afin de faciliter l’accès aux intrants et aux semences tout en liant la production au marché, à travers les besoins des institutions étatiques et des cantines scolaires.

L’investissement dans la production animale améliore la capacité productive et le revenu des producteurs agricoles.

L’accès à l’eau de production peut être résolu en partie par les forages à grands diamètres et à grand débit en mettant à contribution des ressources privées.

Financer les intrants agricoles via les institutions financières bancaires et non bancaires.

Pour accroître de façon significative les rendements, il faut adopter les bonnes pratiques agricoles et utiliser les intrants. L’utilisation d’engrais reste très faible au Burkina Faso. En effet, de 2008 à 2012, la quantité d’engrais utilisée n’est passée que de 9,5 kg à 11 kg/ha, inférieure à la moyenne de la sous-région qui est de 14,7kg/ha et très inférieure à l’objectif de 50kg/ha fixée dans l’objectif d’Abuja (Koussoubé & Nauges, 2015). La faible utilisation des engrais et des semences améliorées explique à 80% le niveau des rendements actuels des céréales qui restent quasiment à moins d’un tiers des potentiels (INERA, 2018)).

Les besoins en engrais sont très importants dans un contexte où l’Etat n’a pas la possibilité d’y faire face. Comment alors financer les intrants ?

Une évaluation des besoins en céréales de l’Etat nous donne :

Pour les cantines scolaires, au moins 20 milliards FCFA par an pour des repas servis seulement sur 3 mois en moyenne considérés comme les mois de soudure (cf. déclaration ministre de l’Education 2021) ;

Les besoins en vivres pour les 2 millions de PDI pris en charge par le CONASUR et les personnes vulnérables par la SONAGESS, ainsi que les besoins d’alimentation des FDS et VDP en supposant que 15% du budget total de l’armée est alloué à ce poste, on peut estimer les besoins également à 20 milliards.

Les besoins alimentaires fournis par l’Etat se chiffrent au bas mot à 40 milliards, soit 4 fois plus que les subventions accordées aux intrants destinés aux céréales actuellement.

Le modèle proposé ici vise alors à créer une relation d’affaires entre l’Etat, les institutions financières et les producteurs, d’une part, et d’autre part, entre les opérateurs économiques, les institutions financières et les producteurs dans une logique d’agriculture contractuelle tout en prenant en compte les faiblesses des modèles existants. En effet, il faut faire en sorte que le producteur ait pour interlocuteur l’institution financière qui, elle, communique avec soit l’Etat, soit avec l’opérateur économique en fonction des besoins en produits de chacun.

Concrètement, il sera demandé aux producteurs de contacter des institutions financières pour l’expression de leurs besoins en intrants, en précisant les spéculations en jeux, et ce, peu importe le lieu, pourvu que l’expression des besoins soit le fait d’une organisation reconnue. Les institutions financières ayant reçu ces demandes font alors une agrégation par spéculation, afin de l’adresser à des opérateurs économiques soit pour les fournitures de vivres dans le cadre des cantines scolaires, soit pour leur propre besoin de transformation ou de commercialisation directe. Ils peuvent également adresser les besoins aux institutions de l’Etat qui s’approvisionnent directement pour leur propre consommation. Sur la base des souscriptions des opérateurs économiques ou des institutions de l’Etat, les intrants sont alors achetés par les institutions financières auprès d’acteurs agréés par l’Etat pour les producteurs. Une fois la production terminée, les producteurs livrent les vivres suivant les contrats au moins au prorata des intrants qui ont été mis à leur disposition. C’est le cas aussi si c’est l’Etat qui prend les vivres. Les paiements se faisant via les comptes dans les institutions financières des producteurs, le remboursement est garanti.

Ce dispositif a plusieurs avantages :

Il y aura plus d’autocontrôle qu’un contrôle extérieur. En effet, lorsque les producteurs sont face aux institutions financières, ils prennent toute leur responsabilité, car ils savent qu’ils seront poursuivis s’ils ne paient par leur crédit ;

La quantité d’intrants à mobiliser sera plus importante que ce qui est fait actuellement et la baisse du prix des engrais peut se faire également en amont, avec un ciblage nettement amélioré ;

Les intrants achetés vont aller aux producteurs qui veulent vraiment produire et ce, sans contrainte aucune d’argent, car toutes les coopératives peuvent avoir accès aux financements des intrants tant que les besoins en intrants s’inscrivent dans les filières jugées stratégiques où il y a une demande d’acteurs crédibles ;

L’Etat va utiliser directement les montants alloués à la consommation directe pour financer aussi la production tout en bénéficiant au moins des mêmes niveaux de vivres que par le passé.

Ici, on va avoir un effet d’entrainement du financement public.

 

Encadré

Disposer d’équipements performants

L’Etat peut disposer d’équipements performants, soit en achetant directement, afin de les mettre à la disposition du Génie (militaire ou civil) ou encore en empruntant à des conditions données les foreuses auprès des compagnies minières. L’Etat pourra alors faire des prestations aux producteurs qui en feraient la demande, avec des conditions qui seraient fixées prenant en compte la prospection et la foration. Cette possibilité fera augmenter les capacités de production, car des villages entiers pourraient mettre ensemble de l’argent pour s’offrir un tel forage gage d’une production de contresaison.

Cette proposition ne remet aucunement en cause les activités proposées dans la grande offensive. Elle se propose simplement des actions concrètes, faciles à actionner, car tout le dispositif existe et les rôles des acteurs privés, qui parfois ne savent pas comment aider l’Etat à atteindre les objectifs, y sont clairement définis pour une meilleure synergie d’action. o

 

Filet

Lier la production végétale à celle animale

Les producteurs sont dans une logique de pluriactivités. Le petit élevage fait partie du quotidien des producteurs. Toutefois, il y a une contrainte majeure à laquelle ils sont confrontés sans une solution efficace. Il s’agit du conflit d’allocation de la limasse végétale produite, à l’issue de la récolte. C’est cette limasse qui est parfois utilisée pour l’énergie, c’est elle qui permet de produire le compost et c’est encore elle qui nourrit les petits ruminants. Ces derniers, à un moment donné, le choix est fait de les laisser se « débrouiller », réduisant ainsi leur efficacité productive.

Il faut, pour lever cette contrainte, mettre à la disposition des producteurs qui achèteraient les intrants dans le dispositif décrit plus haut, la semence fourragère en mettant l’accent sur les plantes qui se prêtent à plusieurs fauches pendant la saison hivernale. A côté de ces semences, il faut faire la promotion des pépinières d’arbres comme le MUCUNA dans les villages et à l’échelle des familles. Ces arbres peuvent aider à surmonter les périodes d’absence de foin.

Traiter la question de l’eau dans une logique de partenariat public-privé

Selon le rapport sur l’état des lieux des barrages réalisés en 2023, 90% des barrages sont dégradés avec 40% dans un état de dégradation avancé. Seul 10% des barrages sont en bon état. Il faut, certes, les réhabiliter, mais cette réhabilitation ne peut s’inscrire que dans le moyen et long terme. Pourtant, il faut bien traiter la question de l’eau de production. Comment faire ? Il faut penser aux forages à grand diamètre.

Les forages à grand diamètre avec des profondeurs de plus de 150 m peuvent fournir des débits de 25 à 75 mètres cube, suffisant pour une exploitation de 5 ha au moins de production maraîchère.  La construction de ces forages est difficile à l’échelle individuelle pour deux raisons :

Des raisons techniques : très peu de foreuses privées en dehors de celles des mines sont capables d’aller à de telles profondeurs. Par ailleurs, les capacités des opérateurs privés selon les équipements de prospection dont ils disposent sont insuffisantes ;

Le coût de l’investissement est élevé sans qu’il y ait une garantie de réussite. Pour de tels investissements, un échelonnement est une possibilité que beaucoup de producteurs peuvent exploiter.

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