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Pillage des stocks: Menace sur la sécurité alimentaire

La vague des pillages qui a accompagné l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014 a vu plusieurs magasins de stocks alimentaires vidés de leurs contenus. Principalement à Ouagadougou et sa périphérie (Gampela). Le bilan établi par les différents organismes vandalisés fait état d’environ 13.000 tonnes de vivres emportés.

Au magasin central de l’Ong américaine Catholic Relief services (Crs), environ 900 tonnes de nourriture (céréales et huiles végétales) ont été pillées, soit une perte d’un demi-milliard de F CFA. Le principal dépôt du ministère de l’Education nationale (Mena) au profit des cantines scolaires est vidé de 12.000 tonnes de vivres, estimées entre 5 et 6 milliards de nos francs.
La Société nationale de gestion des stocks de sécurité (Sonagess) a en perdu moins. Selon son directeur, Windmanéguéda Song Naba, cinq de ses boutiques témoins localisées à Ouagadougou ont été pillées de 65 tonnes de riz et de maïs, d’une valeur de près de 6 millions de F CFA. «Heureusement, nos magasins n’ont pas été touchés. Ce qui nous fait penser que nous n’étions pas visés, c’est l’effet de foule qui a provoqué ces pillages. Nous avons aussi la chance qu’il y a des populations qui se sont interposées face aux pilleurs devant certaines de nos boutiques», précise M. Song Naba.
Les responsables des magasins pillés appellent les auteurs de ces actes à restituer les biens pris. Pas sûr qu’ils soient entendus, car des sacs issus de ces stocks seraient déjà sur le marché. L’inquiétude aujourd’hui, c’est notamment l’incapacité du Crs et du Mena à conduire les programmes auxquels les stocks de vivres étaient destinés, particulièrement aux cantines scolaires et aux personnes en situation alimentaire difficile.
D’après les explications du représentant résident du Crs, Moussa Dominique Bangré, le contenu de leur magasin central était destiné à plusieurs programmes devant profiter à 10.000 personnes, hormis les cantines scolaires, d’autres programmes de nutrition en direction des enfants de moins de 2 ans, des femmes enceintes et allaitantes, des agriculteurs, ainsi qu’à des personnes vulnérables que sont les veuves, les orphelins et les personnes âgées.
Il reste à compter sur la Sonagess, principal fournisseur du Mena qui pourrait aider à reconstituer ces stocks.
La société a récemment décaissé un milliard et demi de F CFA pour s’approvisionner en 6.000 tonnes de vivres composés de riz paddy et de maïs. Ses stocks de sécurité et d’intervention étant saufs, il y aura moins d’inquiétudes. Le ministère de l’Agriculture avait par ailleurs annoncé qu’il se préparait à faire face à une éventuelle insécurité alimentaire avec la mise en œuvre du plan de résilience et de soutien aux populations vulnérables auquel participe la Sonagess.
En juillet dernier, le Conseil national de sécurité alimentaire informait que le coût total du présent plan est de 86 milliards de F CFA, dont 48% restent à mobiliser. Avec la crise politico-sociale qui a conduit certains partenaires techniques et financiers à suspendre leur aide au Burkina, la mobilisation des appuis pour la mise en œuvre de ce plan risque de connaître une lenteur. On garde l’espoir qu’une bonne campagne agricole aidera à dissiper les angoisses. En rappel, à l’issue de la campagne agricole 2014-2015, le Burkina Faso compte réaliser une production céréalière nationale d’environ 5,7 millions de tonnes de production céréalière, soit une hausse de 17% par rapport à la précédente campagne.

 


 

Ce qu’en pensent les économistes de Free Afrik

Dans son rapport relatif aux dégâts, impacts et urgences économiques consécutifs à l’insurrection populaire au Burkina Faso, l’institut Free Afrik, basé à Ouagadougou, estime que la situation occasionnée par les pillages pourrait compliquer l’atteinte de la sécurité alimentaire dans certaines zones où la campagne agricole viendrait à être moins bonne. De plus, l’éventualité des poches d’insécurité alimentaire suite à l’attaque d’oiseaux dévastateurs signalés récemment dans les régions du Sahel (Soum) et de la Boucle du Mouhoun (Dédougou) commande des réponses impératives, d’autant que les stocks de la Sonagess ont diminué avec les mesures sociales du Gouvernement.
Pour le Docteur Ra-Sablaga Seydou Ouédraogo, coordonnateur de Free Afrik, «il faut mettre ces difficultés à venir en lien avec les stocks du Mena». Il y a également à accorder une importance aux questions des prix des céréales. Elles sont importantes parce qu’elles peuvent relancer la vie chère, alimenter la volatilité sociale et créer des troubles. Il est donc important de veiller sur l’agriculture et sur le circuit d’approvisionnement du Burkina Faso, avec son économie enclavée qui dépend beaucoup des importations.
Pour le coordonnateur de Free Afrik, la sécurisation des importations est primordiale, de sorte à ne pas aboutir à une spirale inflationniste. «La situation de l’agriculture, ainsi que la sécurisation des circuits d’approvisionnement, détermineront l’inflation. Les prix des céréales ont baissé en raison de l’offre abondante sur le marché. Mais il faut s’assurer que les circuits internationaux et nationaux fonctionnent rapidement et éviter les stratégies de spéculation», suggère-t-il.

Christian KONE

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