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Me Mamadou Savadogo à propos des avocats corrompus  «Nous appliquerons la loi, sans faiblesse»

Il a démissionné en 1997 alors qu’il était bâtonnier. Un geste fort dont le corps se souvient. Un acte pour protester en son temps contre la loi du 4 novembre 1997 portant réglementation de la profession d’avocat. Démission qui a engendré l’abrogation de la loi en 2000. 

Lui, c’est Me Mamadou Savadogo, un avocat jaloux de sa liberté et de celle de son corps. Jamais parti de la profession, il a retrouvé la semaine dernière sa toge et son fauteuil de bâtonnier de l’Ordre des avocats du Burkina. L’ancienne défense de l’ex-président Gbagbo a bien voulu accorder sa première interview post-élection à votre hebdomadaire préféré.

– L’Economiste du Faso : On vous croyait définitivement parti du Barreau; qu’est-ce qui justifie votre retour? Suscité ou une simple volonté de redresser quelque chose?
Me Mamadou Savadogo: Je ne suis jamais parti, puisque je n’ai jamais cessé d’exercer mon métier d’avocat. Je suis revenu à la tête de l’Ordre à la demande de mes confrères, qui ont pensé que je devais participer à l’œuvre de construction qui n’a jamais cessé. Mais aussi parce que telle est ma volonté. Chacun doit faire sa part de travail, avec humilité, mais détermination. Aujourd’hui, plus qu’hier, notre Ordre a besoin de se rassembler autour de ses valeurs cardinales : l’indépendance, l’éthique dans l’exercice du métier, la formation, l’idéal de justice. C’est son rôle et son honneur.

– Quelles sont les priorités sous votre mandat?
Nous définirons l’agenda au cours d’une Assemblée générale que nous tiendrons quand j’entrerai en fonction, mais je peux déjà vous indiquer que la formation initiale et continue des avocats, la sécurité sociale, l’élargissement du périmètre du droit sont nos principales préoccupations. Nous voulons aussi participer à la création d’un cadre institutionnel qui permette à tous les acteurs de la justice de se parler afin d’éviter les conflits inutiles et d’améliorer le fonctionnement de la justice. Je l’ai appelé Université judiciaire, mais peu importe son nom. Ce qui est nécessaire, c’est que nous comprenions tous, avocats, greffiers, magistrats, police judiciaire, administration, que nos métiers interagissent, et que nous devons avoir un minimum de culture commune, construire un discours commun.
– On suppose que vous travaillerez à assainir les relations entre les avocats et les juges, relations tendues à l’heure actuelle surtout, que vous déclariez en 2010 qu’un juge «couché» ou qui «rampe» ne peut rendre la justice …
Oui, c’est bien là le but de l’Université judiciaire. Et j’ai entendu beaucoup d’acteurs, qu’ils soient juges, avocats, greffiers ou autres, qui partagent cette idée. Elle a été, d’ailleurs, expérimentée avec succès dans d’autres pays.

– Dites-nous s’il y a des juges qui «rampent» actuellement ou qui sont «couchés»?
(Rires). Actuellement, ils sont immobiles, ils attendent de voir. Je crois qu’il y en aura de moins en moins, mais tant qu’il y en aura, nous serons toujours là. C’est la dialectique éternelle des forces contraires.

– On imagine que les «rampeurs» ne manquent pas en votre sein également. Que ferez-vous pour redorer le blason du défenseur de la veuve et de l’orphelin ?
Nous appliquerons strictement la loi, sans faiblesse. S’il y en a qui n’en sont pas encore convaincus, ils ont tort.

– Vous reprenez le Barreau au moment où les Assises criminelles qui avaient été boycottées par les avocats, reprennent le 18 juin. Est-ce à dire que les revendications des avocats sont satisfaites?
Je ne suis pas habilité à répondre à cette question. Il y a un bâtonnier en exercice, c’est lui qui apprécie. Nous suivrons ses instructions.
– A quelle date serez-vous investi dans vos fonctions?
C’est le bâtonnier sortant (ndlr, Me Mamadou Traoré) qui fixe la date de passation de service.

– A quand l’Assemblée générale que vous avez promise une fois élu?
Dans les jours qui suivront immédiatement la passation des consignes, probablement en novembre 2015.

– Pourquoi vous prônez la limite d’âge pour accéder à la profession d’avocat ?
Je le prône parce qu’il faut laisser la place aux jeunes, tout simplement.

– On vous sait libre dans vos pensées et déterminé dans vos réformes, mais croyez-vous à un vrai travail d’assainissement dans une situation où vous avez été élu par vos pairs ?
Ceux qui m’ont élu savaient ce qu’ils faisaient. Ce qui s’accomplira ne sera pas seulement ma volonté, mais d’abord et surtout la leur. L’essentiel de notre Barreau est prêt.

– Quelle est votre lecture de la situation sociopolitique actuelle?
Je crois que la Transition doit s’efforcer d’être un organe faisant fonctionner l’Etat de façon neutre et impartiale. L’Etat doit aussi rester fort, assurer la justice et la sécurité pour tous et gouverner de façon à constituer un exemple pour ceux qui viendront. Enfin, il doit organiser, à bonne date, des élections transparentes et crédibles, c’est le cœur de sa mission. Si des gens doivent en être exclus, il faut que cette exclusion se fasse en respectant les règles légales, en suivant un processus judiciaire qui établit les responsabilités individuelles. Il faut faire attention à éviter toute forme de punition collective.

– Il y a effectivement la polémique autour de l’article 135 du nouveau Code électoral. Le Cnt vient aussi de voter une loi qui oblige le militaire à démissionner avant d’entrer en politique.
Quel est l’appréciation de Me Savadogo sur ces deux sujets?
Je suis d’accord. La politique partisane est incompatible avec le statut de militaire.
– Etes-vous du camp de ceux qui pensent qu’il faut prolonger la Transition ?
Non ! Il faut tenir les élections à bonne date, de façon à établir un Gouvernement élu et légitime.

– Que pensez-vous que la Commission de réconciliation nationale puisse bien faire pour espérer arriver à un meilleur vivre ensemble des Burkinabè?
Le processus est bien connu: vérité et justice d’abord, réconciliation ensuite. Il ne faut surtout pas faire l’impasse sur la justice, car celui qui sacrifie la vérité et la justice pour obtenir la paix n’obtient ni l’une ni l’autre.

– Alors bâtonnier vous aviez démissionné en 1997, pour protester contre la loi du 4 novembre 1997 portant réglementation de la profession d’avocat, qui a été ensuite abrogée en 2000. Que reprochiez–vous à cette loi? Les griefs qui y figuraient ont-ils totalement disparu?
Nous défendions notre indépendance. Mais ne revenons pas éternellement sur le sujet, il ne faut pas continuer à tirer sur les ambulances. Notez seulement que le vide institutionnel que nous avons créé en démissionnant a empêché l’application de cette loi.
C’est ce qui est important. Et dans la loi de 2000 qui l’a remplacée, l’Ordre a obtenu les garanties textuelles de son indépendance.
Aujourd’hui, la profession d’avocat est régie par un Règlement de l’Uemoa, qui est un cadre légal moderne et respectueux des principes régissant la profession. C’est maintenant à nous de construire l’indépendance dans les faits.

– Vous avez été la défense de Laurent Gbagbo quand il était opposant. Vous avez suivi toutes ses péripéties jusqu’à la dernière décision du Fpi de le porter à la tête du parti. Comment jugez-vous tout ce qui est arrivé à votre ancien client et ami?
C’est un sujet qui mériterait tout un séminaire. Disons que j’ai été très déçu par Gbagbo au pouvoir. Il incarnait aux yeux de la jeunesse des années 90 le politicien voulant parvenir au pouvoir par des moyens légaux et pacifiques. Il a tout raté.

Propos recueillis par Alexandre
Le Grand ROUAMBA

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