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«La malnutrition coûte cher à l’économie burkinabè», Anne Vincent, représentante de l’UNICEF au Burkina

Pour Anne Vincent, représentante de l’UNICEF au Burkina, la malnutrition constitue un sérieux obstacle au développement économique du pays. Malgré les progrès enregistrés, celle-ci continue de toucher un nombre élevé d’enfants, notamment dans les zones rurales. Interview.

L’Economiste du Faso : Qu’est-ce que la malnutrition ?
Anne Vincent, représentante de l’UNICEF au Burkina: On considère la malnutrition comme le fait de ne pas manger ce dont l’organisme a besoin pour se développer. Le plus souvent, quand on parle de malnutrition, on pense à la famine. Mais on oublie que toutes les malnutritions ne sont pas liées à la famine. L’enfant peut manger à sa faim. Si son alimentation n’est pas équilibrée, il sera malnutri.

Comment la malnutrition se manifeste-t-elle chez l’enfant ?
Il y a plusieurs formes. La plus connue et la plus visible, c’est la malnutrition aigüe sévère. Très présente dans les zones de crise affectées par l’insécurité alimentaire, l’enfant apparait très maigre avec des œdèmes: kwashiorkor, marasme. Son poids est donc trop faible par rapport à sa taille. Cette forme de malnutrition est l’un des facteurs de la mortalité infantile.
En revanche, la malnutrition chronique est plus insidieuse. Car très peu visible à l’œil nu. Elle se caractérise par un retard de croissance.
La taille de l’enfant est très petite par rapport à son âge. La malnutrition chronique intervient dans les 1.000 premiers jours de vie de l’enfant. C’est la période de vie cruciale qui coïncide avec le développement du cerveau. Passée cette période, elle devient irréversible. L’enfant aura un déficit cognitif à vie. Il sera peu performant à l’école et aura de moindres chances de réussite.

Cette malnutrition peut donc avoir un impact sur le développement du pays ?
Effectivement ! En 2016, les spécialistes ont estimé que le Burkina Faso a perdu 7,7% de son Produit intérieur brut (PIB) à cause de la malnutrition chronique. Un peu plus de 20% des enfants en sont victimes.
Les déficits en micronutriments sont aussi des formes de malnutrition présentes dans le pays. La plus répandue est l’anémie qui touche environ 83% des enfants de moins de cinq ans, selon les chiffres.

Quelles sont les zones les plus affectées par ces différents cas de malnutrition déclarés?
D’après les résultats de l’enquête nationale de nutrition 2017, les régions les plus concernées sont les Cascades, le Centre-Nord, l’Est, le Nord, le Sud-Ouest et le Sahel. Cette dernière région est la plus touchée par la crise sécuritaire et alimentaire.
Environ 13,6% des enfants au Sahel sont victimes de la malnutrition aigüe globale dont 4,1% souffrent de la forme sévère. On est proche des 15% de seuil d’urgence de l’OMS. La malnutrition chronique touche également plus de 40% des enfants.

Qu’est-ce qui est mené comme actions pour la prise en charge de ces enfants ?

La malnutrition chronique intervient dans les 1.000 premiers jours de vie de l’enfant. C’est la période de vie cruciale qui coïncide avec le développement du cerveau. Passée cette période, elle devient irréversible. (Ph:UNICEF)

Depuis 2017, le gouvernement burkinabè consacre une ligne budgétaire pour la nutrition des enfants de zéro à cinq ans. Les fonds alloués servent essentiellement à l’achat d’aliments enrichis tels que le Plumpy’Nut [sorte de pâte d’arachide à but thérapeutique]. L’année dernière, ce fonds avait permis d’acheter 32.000 cartons de Plumpy’Nut.
Cette année, le gouvernement prévoit d’en acheter 48.000.Ce qui permettra de couvrir un quart des besoins annuels.
Mais, ce n’est pas suffisant. Certains cas de malnutrition sévère nécessitent une prise en charge médicale conséquente. D’autres ont besoin de laits spécialisés qui n’existent pas dans le pays, et que nous apportons.
Toutes ces prises en charge sont entièrement gratuites.

Ces actions ont-elles permis d’enregistrer des progrès ?
Globalement, on note une tendance à l’amélioration. Ce qui est une bonne nouvelle même s’il faut avouer que la progression n’est pas aussi nette qu’on le souhaiterait.
Sur les cinq dernières années, la malnutrition chronique est passée de 33 % [un enfant sur trois] en 2012 à 21% [un enfant sur cinq] en 2017. Néanmoins, ce chiffre reste élevé pour un pays de 20 millions d’habitants.
La malnutrition aigüe a aussi connu une baisse non négligeable. Elle est passée de 11% en 2012 à 8,6% en 2017. La forme la plus sévère a, quant à elle, chuté de 2,4% en 2011 à 2% en 2017.

La production céréalière est déficitaire cette année. Près de deux millions de personnes seront en risque d’insécurité alimentaire. Cela ne va-t-il pas affecter les progrès enregistrés?
Avec les mauvaises récoltes et la crise nutritionnelle attendue pendant la période de soudure, entre les mois de juin et de septembre, nous ferons face à 750.000 cas de malnutrition chronique cette année. On parle aussi d’un demi-million d’enfants qui vont souffrir de la malnutrition aigüe dont 187.000 de la forme sévère. C’est une proportion énorme comparativement à l’année dernière où l’on avait déclaré 128.000 cas de malnutrition aigüe sévère. L’ampleur est telle que les partenaires doivent se mobiliser pour prendre en charge les cas sévères détectés. Sinon, c’est la mort assurée pour ces enfants.

Comment prévenir ces différentes formes de malnutrition ?
Il faut des actions multisectorielles. Nous travaillons à sensibiliser les familles pour modifier les habitudes alimentaires qui demeurent une des principales causes de la malnutrition. Jusqu’aux six premiers mois de l’enfant, l’allaitement maternel doit être par exemple exclusif [c’est-à-dire sans aliments complémentaires]. Les spécialistes recommandent de commencer cet allaitement dans l’intervalle de la première heure de vie. C’est après les six premiers mois que l’on peut commencer à introduire chez l’enfant une alimentation complémentaire équilibrée: légumes, fruits, œufs, poisson, viande. Pour avoir une bonne santé nutritionnelle, l’enfant doit également évoluer dans un environnement sain où l’on a accès à l’eau potable et à l’assainissement. Enfin, nous devons œuvrer à l’éducation des jeunes filles. Pour qu’une maman fasse tout ce qui est nécessaire pour élever son enfant dans les meilleures conditions sanitaires et nutritionnelles, il faut qu’elle ait atteint idéalement le secondaire.

Malgré les efforts de l’Etat burkinabè, les ressources allouées restent encore insuffisantes. Quelle est la contribution des partenaires techniques et financiers à la lutte contre la malnutrition ?
L’aide des partenaires techniques et financiers permet de soutenir au moins chaque année l’Etat burkinabè à hauteur de quatre milliards de F CFA [8 à 9 millions de Dollars].Ce budget contribue à prendre en charge 75% des enfants victimes de malnutrition, mais aussi de financer les études et les enquêtes sur les problèmes de santé nutritionnelle afin d’appliquer les solutions appropriées.

Propos recueillis par Rodrigue


 

Arnaud Tagnan Le Plumpy’Nut, une pâte à base d’arachides pour lutter contre la famine

Le Plumpy’Nut, qui signifie «noix dodue» ou «grassouillette», est un produit qui se présente sous la forme d’un sachet en feuille d’aluminium rempli d’une pâte brune à base d’arachides. Inventé en 1996 et breveté l’année suivante, il s’est imposé dans le milieu humanitaire lors de la famine au Niger, en 2005. Deux ans plus tard, il a été reconnu comme «un produit dont la composition permettra de sauver des millions de vies» par le Programme alimentaire mondial (PAM). Le Fonds des Nations-Unies pour l’enfance (UNICEF) et l’Organisation mondiale de la santé (OMS), deux autres organisations onusiennes, l’ont «certifié» quelques mois plus tard.
Cet aliment doit son succès au fait qu’il est prêt à la consommation, facilement transportable et qu’il peut résister deux ans aux conditions climatiques africaines. Son goût sucré fait qu’il est apprécié par les enfants et il peut être administré directement par leurs mères, sans eau et donc sans risque d’infection ou d’erreur de dosage. Du lait en poudre, du sucre, des huiles végétales, de l’arachide, des vitamines et des sels minéraux entrent dans sa composition.

Source : Lemonde.fr


 

Une situation d’urgence «invisible»

La malnutrition a des millions de visages:
– Celui d’un enfant qui n’atteint jamais sa taille maximale à cause de la pauvreté, de mauvaises conditions d’assainissement, du fait de ne pas avoir été allaité au sein et d’un accès limité à des aliments nutritifs
– Celui d’une jeune femme qui devient anémique pendant sa grossesse et accouche d’un enfant atteint d’une insuffisance pondérale qui, plus tard, sera confronté à des retards dans son développement
– Celui d’un enfant devenu aveugle à cause d’une carence en vitamine A
– Celui d’un enfant qui devient obèse, parce qu’il consomme trop d’aliments de mauvaise qualité
– Celui d’un enfant émacié, en danger de mort imminente.
Près de la moitié des décès d’enfants âgés de moins de cinq ans peuvent être attribués à la sous-nutrition. Cela se traduit chaque année par la mort d’environ 3 millions de jeunes enfants. Une petite partie seulement de ces enfants meurent à cause de circonstances catastrophiques comme la famine ou la guerre. Dans la majorité des cas, les conséquences mortelles de la malnutrition sont bien plus subtiles : elle retarde la croissance des enfants, les prive des vitamines et des minéraux qui leur sont indispensables et les rend plus vulnérables aux maladies.

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