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Ciné Droit Libre: quelle démocratie pour l’Afrique de demain ?

Les panélistes( de gauche vers la droite), Dr Ra-Sablga Seydou Ouédraogo Enseignant-Chercheur, Directeur exécutif de Free Afrik, Maître Hervé Kam, modérateur, Dr Cheick Tidiane Gadio,Diplomate, ancien ministre des Affaires étrangères du Sénégal, panéliste, Abdoulaye Barry, coordonnateur du festival CDL

Le Festival Ciné Droit Libre, organisé par l’association Semfilms, est un festival de films dont l’objectif est de défendre la cause des droits de l’Homme et la liberté d’expression en Afrique. Le festival est à sa 16e édition. Placé sous le thème « Quel futur pour nos enfants ? », il s’est tenu du 04 au 11 décembre 2021 à Ouagadougou.
Dans le cadre de son programme d’activité, un panel a été animé le 06 décembre 2021. Il portait sur la question de la démocratie en Afrique avec la jeunesse comme point focal. Trois panélistes ont animé ce sujet. Il s’agissait de l’ancien ministre des Affaires étrangères du Sénégal, Dr Cheick Tidiane Gadio, d’un expert en sécurité (France), Laurent Bigot, et de l’enseignant-chercheur, Directeur exécutif de Free Afrik, Dr Ra-Sablga Seydou Ouédraogo. Il faut noter que la communication de Laurent Bigot a été projetée en une dizaine de minutes, car n’ayant pas pu faire le déplacement.
Les panélistes se sont exprimés sur l’état de la démocratie dans les sociétés africaines. Pour Dr Cheick Tidiane Gadio, l’avenir de l’Afrique se joue avec sa jeunesse, cependant, le constat des pratiques politiques actuelles montre que la jeunesse est mise à l’écart. A cet effet, il se pose la question de savoir si les pays africains ont décidé de vendre leur jeunesse, et si tel est le cas, cela signifie pour lui qu’ils ont décidé tout simplement de trahir le futur de l’Afrique. Il n’est pas de ceux-là qui pensent qu’il faut construire une « démocratie africaine », car pour lui, la démocratie est universelle. Il faut que les Africains acceptent d’engager la discussion et se demandent pourquoi leurs pays ont adopté des modèles de démocratie multipartisme, régionaliste, ethnique et parfois religieuse en construisant des Etats nains, non viables. Il y a une inadéquation entre le système choisi et les réalités africaines. Pour l’heure, l’Afrique n’a pas encore sa place dans le classement des puissances mondiales. Il croit en un avenir radieux pour ses enfants. Il étaye ses propos avec la citation de Cheick Anta Diop qui stipule : « Il est urgent de faire basculer l’Afrique sur la partie de son destin fédérale. »
Selon Dr Ra-Sablga Seydou Ouédraogo, il y a une crise démocratique. Autrement dit, la démocratie est en panne.
Depuis 1974, il y a eu une série de mouvements démocratiques qui font progresser le nombre de pays qui peuvent être considérés comme démocratiques, mais également la partie de la population mondiale qui vit dans un régime dit démocratique. Cependant, depuis 2015, il y a une sorte de piétinement du mouvement démocratique.
En effet, en 2015, il y avait 105 pays recensés dans le monde comme étant des pays démocratiques, tandis qu’en 2020, ce nombre a été réduit à 98. Ce recul démocratique est caractérisé par deux choses. La première est que, y compris dans les régimes dits démocratiques qu’on pourrait dire matures, il y a des dérives liberticides, des conflits sociaux violents, des inégalités sociales. La deuxième chose, c’est que les parties du monde où les droits fondamentaux sont bafoués se trouvent dans une sorte de stagnation, de processus non démocratique consolidé. Cela se caractérise chez nous par les taux de participation aux élections qui sont extrêmement faibles et qui sont de plus en plus faibles dans certains pays africains, ce qui pose un problème démocratique.

La démocratie est en crise dans le monde et en Afrique, parce qu’il y a dans les sociétés dites démocratiques, plusieurs divorces, nous dit Dr Ouédraogo.
Le premier divorce est celui entre l’éthique démocratique, notamment, les vertus, les valeurs qui sont au cœur de la démocratie, d’une part, et d’autre part, l’argent. Dans la pratique, les valeurs démocratiques semblent être piétinées. C’est l’argent qui est devenu le maître du jeu. Le « dieu argent » est le témoin de la crise démocratique en Afrique. Nous sommes une société ploutocratique, c’est-à-dire que c’est l’oligarchie de l’argent qui gouverne, y compris la sélection de nos dirigeants.
Le deuxième divorce est celui entre les peuples, d’une part, et les élites, d’autre part. Notre démocratie actuelle est celle de la folie de l’argent. En empruntant l’expression « pintellectuelle » à Smockey, il qualifie les élites comme des pintades, qui ne couvrent par leurs œufs donc, qui n’assument pas leurs responsabilités.
Le troisième divorce majeur est le clivage entre les villes et les campagnes, c’est-à-dire, celui entre les besoins sociaux économiques de la population, d’une part, et les procédures démocratiques.
Le quatrième divorce concerne les aspirations des populations et l’efficacité des politiques publiques dans la démocratie.
Au regard de ces clivages, Dr Ouédraogo propose des solutions pour parvenir à la démocratie tant désirée par les Africains. D’abord, il faut éviter les facilités attrayantes, c’est-à-dire, toujours copier tout ce qui est occidental. Ensuite, élire des hommes forts, c’est-à-dire, des hommes compétents, vertueux, érudits, intègres, patriotes. Par ailleurs, il faut considérer la lecture de la procédure électorale. Enfin, il faut une épistémologie en s’inspirant de la Charte du Mandé, car les Africains ont assassiné la mémoire institutionnelle anti-coloniale. Il urge de faire recours à l’histoire et construire des nations économiques prospères.
Il conclut ses propos en ces termes : «  Bâtir des nations économiques va se faire dans trois directions : direction verticale, c’est-à-dire, l’ancrage dans l’histoire, direction horizontale, notamment, celle de la géographie, en l’occurrence le panafricanisme, direction oblique qui est celle des élites en changeant les acteurs.»
Flora SANOU (Stagiaire)

 

Encadré

« Construire une démocratie africaine »

Laurent Bigot, quant à lui, définit la démocratie comme une motivation universelle du peuple mais les modalités sont différentes. Comment l’architecture des représentants du peuple s’occupe de lui ? Il pense que la démocratie occidentale n’est pas adaptée aux réalités africaines. Or, pour lui, le constat est tout autre : la démocratie en Afrique est la transcription du modèle occidental. Il invite les Africains à s’inspirer, certes, de la démocratie occidentale, mais à construire une « démocratie africaine » et cesser de se tourner vers l’Occident, vers le système démocratique occidental. La véritable démocratie vient de l’intérieur et non de l’extérieur, donc selon lui, l’Afrique doit se détacher du soutien occidental, car il n’existe pas un soutien inconditionnel.
Il ressort de ces échanges que la démocratie est en panne en Afrique. Tout compte fait, elle est universelle. Ainsi, pour qu’elle soit viable, il faut un ancrage socioculturel des valeurs de la démocratie pour construire des nations économiquement fortes avec des hommes forts.

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