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La démocratie et les transitions militaires en Afrique de l’Ouest

Sous le sceau d’une reconfiguration de la géopolitique sous-régionale. Les pays africains arborent la démocratie comme une camisole mal cousue (des oripeaux). L’idéal démocratique, notamment, dans la sphère francophone, a été quasi dicté par l’ancienne puissance colonisatrice, après la chute du mur de Berlin. Seul dans la sphère francophone, le Sénégal n’a pas connu d’Etat d’exception, malgré des soubresauts périodiques, notamment, sous Abdoulaye Wade, qui nourrissait des velléités de modifier la Constitution et, par ailleurs, de faire accéder son fils à la magistrature suprême. Après l’avoir propulsé à de hautes fonctions de l’Etat, son fils a connu, par la suite, des ennuis judiciaires dont son père a voulu absolument le soustraire. Mais le Sénégal n’est pas la seule démocratie bien ancrée où il y a parfois une justice à deux vitesses ou un dysfonctionnement des institutions.

Pour revenir aux pays africains francophones meurtris par le djihadisme ou traversés par des conflits internes ou des velléités de scission, un certain nombre de questions méritent d’être posées :

· Quel pays accepterait d’envoyer ses troupes, au péril de leur vie, pour défendre un autre pays si ce n’est lié à des considérations économiques ou de positions géostratégiques ?

· La souveraineté des Etats concernés serait-elle si fragile au point qu’ils soient incapables de la défendre, par eux-mêmes, après ½ siècle d’indépendance ? C’est à cette dernière question que les responsables africains devraient impérativement répondre.

La France, dans son intervention au Sahel, a déjà perdu des militaires (une trentaine, à ce que l’on dit).

  Le tribut est déjà lourd (si l’on en juge par son opinion publique. Mais les pays francophones d’Afrique de l’Ouest où sévit le djihadisme font partie de ceux que l’on considère comme étant le pré-carré de la France. C’est une partie du monde où la France a plusieurs intérêts à défendre, y compris son positionnement dans la géopolitique mondiale. Que serait la France sans l’Afrique, se posent parfois quelques observateurs comme question ?

Est-ce encore une réalité ?

En effet, de nos jours, la diplomatie française ratisse large ses zones d’influence. Elle y éprouve des difficultés liées à l’émergence de nouvelles puissances (Chine, Inde, Turquie, etc…) dans un combat difficile à gagner. Dans ces conditions, la France doit impérativement défendre ses zones d’influence traditionnelles en Afrique, au regard des immenses potentialités dont le continent regorge, et qui font l’objet de nombreuses convoitises des puissances émergentes.

Il y a, à cet égard, de nouveaux paradigmes dans la géopolitique mondiale qu’il y a lieu de considérer de nos jours. En Afrique francophone, il y a de plus en plus une remise en cause de la présence des troupes françaises et du rôle de la France, notamment, dans la lutte contre le terrorisme.

Dans la série, il faut commencer par la Guinée. Quoique non traversée par le djihadisme, la Guinée entretient des relations sinon exécrables, à tout le moins non harmonieuses, avec ce pays. Les prises de position de l’Elysée sur les péripéties du jeu politique guinéen, le soupçon que la France instrumentalise la CEDEAO contre la Guinée ont fini par exacerber les responsables de ce pays. Suit le Mali qui, après avoir expulsé les forces militaires françaises de son territoire, a rallié la Russie pour, espère-t-il, mener une lutte plus efficace contre le djihadisme.

Mais le moment est-il opportun quand la Russie balbutie sa guerre déclenchée contre l’Ukraine ?

L’opinion publique burkinabè a aussi embouché la trompette contre la présence des forces françaises sur le territoire, et prône un appel à la Russie pour la lutte contre le djihadisme.

Mais le Burkina Faso pourrait-il, sans risques, tourner le dos à la France ? C’est une grande décision à mûrir, car le pays, comme beaucoup d’autres, dépend grandement de l’aide publique au développement pour le financement de ses projets.

  A l’observation, la Russie est moins présente sur ce terrain. En tout état de cause, il faut éviter les décisions précipitées, prises dans les enthousiasmes, pour éviter d’aller au mur. Il y a peut-être lieu, avant cette éventualité, de revoir la nature et le contenu du soutien des forces militaires françaises dans la lutte contre le djihadisme au Burkina Faso.

Le Mali, la Guinée et, éventuellement, le Burkina Faso, ne sont pas les seuls pays africains francophones concernés par la remise en cause de la France dans leurs pays respectifs. L’on ajoutera sur la liste, la Centrafrique et le Tchad.

Au regard de toutes les péripéties qui marquent les relations entre la France et ses anciennes colonies, les ambitions de la Russie et de la Chine en Afrique, l’on assiste, tout au moins en Afrique de l’Ouest, à une reconfiguration des forces d’influence et de la géopolitique sous-régionale.

TIONON- K- Justin.

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