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Lutte contre l’insécurité: un budget de guerre pour 2023

• Badolo, Gnankambary et Sebgo le souhaitent

• Pertes fiscales de plus de 10 milliards

• Les décaissements prennent un coup

Les panélistes: de gauche à droite, Léné Sebgo, Moumounou Gnakambary, et à l’extrême droite, Adama Badolo. (DR)

«Quels budgets de résilience face aux défis sécuritaires et humanitaires au Burkina Faso » ? Le Centre d’information, de formation et d’études sur le budget (CIFOEB) a posé la question, le 27 octobre 2022, à Ouagadougou, au cours d’un café-débat. Le Directeur général de l’Ecole nationale des régies financières (ENAREF), Adama Badolo, le Directeur exécutif du Bureau national des grands projets du Burkina Faso, Moumounou Gnankambary, et le consultant indépendant et ancien ministre de la Santé, Léné Sebgo, ont répondu sans ambages : « Le pays doit se doter d’un budget de guerre » pour 2023. Ils s’appuient  sur l’aggravation de l’insécurité, la  hausse des personnes déplacées internes. A cela s’ajoute la difficulté de mobilisation des recettes fiscale dans certaines contrées depuis 2015.

Région de l’Est : seulement 600 millions FCFA collectés en 2021

L’ancien Directeur général des Impôts, fin connaisseur de la maison, décrit une situation difficile des recettes fiscales. Il révèle que des grandes régions du pays telles que la Boucle du Mouhoun, les Cascades, le Centre-Est, le Nord, le Sahel, l’Est sont aujourd’hui des zones où la mobilisation des recettes est difficile. A titre d’exemple, dans la région de l’Est, la DGI a collecté, en 2019, la somme de 1,8 milliard dans 5 provinces sur 6. En 2021, cette même région n’a pu collecter que 672 millions FCFA. Il avoue que la plupart des services des Impôts  ont fait un repli stratégique à Fada N’Gourma. Conséquence, dit-il, le niveau des collectes a baissé sensiblement. Les régions à fort déficit sécuritaire font des pertes sèches aux recettes fiscales de plus de 10 milliards FCFA.

Attention, des sociétés minières ferment !

Pire, des sociétés minières, qui contribuent aux recettes fiscales à près de 25% des recettes totales, sont contraintes de fermer du fait des attaques terroristes. Celles qui sont encore « débout » sont obligées de faire des surcoûts avec effet immédiat, moins d’impôt à reverser. Au-delà des régions, des Communes sont aussi affectées, impossible pour elles de collecter les impôts. « L’insécurité impacte le niveau global des recettes fiscales », a-t-il mentionné.

Impossible d’exécuter les marchés publics

L’aide publique au développement se trouve affectée. Selon l’ancien Directeur général de la Coopération, Léné Sebgo, le gouvernement burkinabè continue de signer des conventions, sauf que leur exécution se trouve grippée. Difficile, dit-il, de procéder aux décaissements pour exécuter les différents marchés. Exemple : le marché du bitumage de la route Kongoussi-Djibo est en arrêt, parce qu’aucune entreprise n’est prête à s’aventurer sur le terrain, à cause de l’insécurité. Au regard de l’incapacité à décaisser et exécuter les marchés, les régies de recettes ne pourront pas collecter de taxes et des impôts auprès des entreprises et des salariés. « L’insécurité affecte aussi bien la mobilisation des recettes propres que les ressources extérieures », affirme Léné Sebgo.

Il ajoute qu’à cause de l’insécurité, l’Etat burkinabè a des difficultés à faire des emprunts obligataires pour financer les investissements.

Vite un retour à la paix

Le budget de guerre, selon les panélistes, consiste à  doter l’armée en moyens conséquents. Toute chose qui va déboucher sur un retour à la paix et redynamiser les investissements.

Ces trois cadres de l’administration financière proposent la conquête des territoires sous emprise terroriste, le déploiement de l’administration fiscale, et aller vers d’autres niches de recettes fiscales. o

Ambéternifa Crépin SOMDA

 

Encadré 1

Quelques propositions du budget de guerre

– Que l’Etat revoie son budget de gestion à la hausse ;

– Que le gouvernement adopte une taxe spécifique pour soutenir la guerre ;

-Allègements fiscaux des personnes affectées ;

-Assujettir tous les contribuables ;

-Une lutte acharnée contre la corruption ;

-Digitaliser les paiements ;

-Veiller à une transparence du budget de l’armée.

 

Encadré 2

1111,06 milliards FCFA à la date du 30 juin 2022

«La crise sécuritaire que vit le Burkina Faso depuis 2016, a imposé un effort budgétaire sans précédent à l’Etat, avec le vote de la loi de programmation militaire d’un montant de 725 milliards FCFA. La crise, qui est restée pendant quelques années concentrée dans la province du Soum, s’est métamorphosée et touche au moins 10 régions sur 13. Jadis concentrée sur les zones rurales, l’on constate, depuis quelques mois, une véritable stratégie d’isolement des grands centres urbains pourvoyeurs de l’essentiel des ressources fiscales et moteur de la consommation. Récemment, le ministère de l’Economie, des Finances et de la Prospective a annoncé avoir mobilisé 1111,06 milliards FCFA à la date du 30 juin 2022, au titre du premier trimestre de l’année 2022, soit un taux de recouvrement de 110,89% au-delà de leurs prévisions, un montant en hausse de 87,94% par rapport à juin 2021. Mais il ne fait pas de doute que l’activité économique est fortement perturbée, car les marchés et yaars sont fermés, ceux qui sont toujours ouverts à l’intérieur du pays, leur accès reste problématique. La production agricole et animale est aussi sérieusement affectée ». o

Source : Dossier de presse

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