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Poulet bicyclette: la race représente plus de 90% du cheptel avicole du pays, Selon Dr Seydou Ouattara, Directeur du CPAVI

Poulets de chair, pondeuses, bleu d’hollande, coquelets…le Burkina Faso connait l’importation de plusieurs races de poulets qui sèment le doute sur l’existence ou la survie de la race propre au pays appelé couramment poulet bicyclette. Malgré ces arrivées de poussins tous azimuts sur le territoire, Dr Seydou Ouattara, Directeur du Centre de promotion de l’aviculture villageoise (CPAVI) en passe de devenir la Direction de la promotion de l’aviculture (DPAvi), reste formel. Les chiffres à sa disposition lui permettent d’affirmer que la race locale domine les races importées de manière écrasante. Mais la tendance pourrait s’inverser rapidement s’il n’y a pas un travail pour maîtriser le phénomène des métissages et améliorer ses conditions de production, notamment, l’habitat, l’alimentation et la santé… afin de la rendre plus productive en l’état.

L’Economiste du Faso : Qu’est-ce que le « poulet bicyclette » ?

« Si on veut comparer sa productibilité avec celle du poulet importé, ce ne serait pas équitable. Il est demandé au poulet local, de produire de la chair et des œufs à la fois alors qu’avec les souches importées, il y a une souche spécifique pour chaque besoin »

Dr Seydou Ouattara, Directeur du Centre de promotion de l’aviculture villageoise (CPAVI) : C’est le poulet de notre terroir, élevé dans des conditions traditionnelles, c’est-à-dire, avec une faible utilisation d’intrants et transporté essentiellement par la bicyclette du domicile au marché primaire, souvent du marché primaire au marché secondaire. On dit poulet bicyclette, certes, mais la pintade locale est aussi incluse dans ce vocable, parce qu’elle est transportée dans les mêmes conditions. 

Qu’est-ce que le « poulet du Faso » ?

Le « poulet du Faso » est un concept ressent apparu entre 2016 et 2017, avec un projet financé par la Fondation Bill et Melinda Gates et installé à Boussé, dans la province du Kourwéogo. C’est le produit d’un métissage entre le coq de race locale et une poule française appelée Sasso. Au départ, les initiateurs du projet ont collecté des spécimens de poulets locaux à travers les élevages traditionnels autour de Boussé, pour constituer une population de reproducteurs à partir desquels ils ont entrepris des opérations de sélection des coqs.  Ces coqs sont utilisés comme géniteurs, tandis que les femelles sont régulièrement importées de la France. Les coqs et les poules sont élevés ensemble à leur maturité sexuelle suivant un ratio 1 coq pour 10 poules dans des bâtiments d’élevage de type très modernes, dit en atmosphère contrôlée. En réalité, ces poules ne supportent pas les conditions de l’élevage des bâtiments de type ouverts, couramment rencontrés dans notre contexte et dans lesquels les températures sont extrêmement élevées à certaines périodes de l’année.

Les œufs issus de leur accouplement sont passés dans les couvoirs (incubateurs + éclosoirs) et ce sont les poussins qui en sortent qu’on a nommés « poussins du Faso », qui deviennent « poulet du Faso ». D’apparence, il est comme le poulet local ; le plumage ne donne aucune chance de penser autrement.

Des conditions avaient été posées, afin d’éviter que ce poulet ne se diffuse dans tous les élevages du pays : il ne devait pas être diffusé à plus de 100km de Ouagadougou et il ne devait pas servir de reproducteurs mais uniquement de chair. Malheureusement, aujourd’hui, il se rencontre dans certaines contrées lointaines.

Qu’est-ce qui distingue le « poulet bicyclette » du « poulet du Faso » ?

La distinction est difficile entre les deux à vue d’œil. La seule certitude, c’est que le « poulet bicyclette » authentique a un bec noir, des pattes noires et un plumage de type africain qui peut être blanc, gris, rouge, multicolore.…

Existe-t-il une souche pure actuellement au Burkina Faso qu’on peut qualifier de « poulet bicyclette » ?

Oui. Mais la réalité est qu’aujourd’hui, il est de plus en plus difficile d’en trouver, parce que les croisements incontrôlés promus par certains projets et ONG ont atteint une bonne partie du territoire national. Même si nous avons réussi à réguler cette situation depuis quelques années, les premiers métissages datent quand même de 1973. Néanmoins, dans les élevages traditionnels de certaines contrées lointaines, évidemment, on trouve toujours du poulet d’apparence locale. Je pense aux régions du Sud-Ouest et de l’Est surtout. La chance que nous avons avec le poulet local, c’est que dans certains cas, les souches exotiques avec lesquelles il est croisé sont récessives sur le plan génétique. Autrement, si à un moment donné, on arrête les croisements ou on laisse les poulets locaux se reproduire entre eux, on finira par retrouver la race locale.   

Entre le « poulet bicyclette » et le « poulet du Faso », lequel peut être un symbole représentatif du Burkina Faso ? 

Sans aucun risque de se tromper, c’est bien le poulet bicyclette qui symbolise mieux le Burkina Faso. Le « poulet du Faso » est un métis qui, de surcroît, nous crée une sorte de dépendance éternelle.

Quel est l’effectif estimé de poulets bicyclette ?

C’est vrai que la grippe aviaire a fait chuter les chiffres de cette année, mais la volaille est estimée à un peu plus de 50 millions de têtes en 2021, et les races locales représentant plus de 90%.

Malgré les importations de poussins tous azimuts, la race locale domine et ce, de manière écrasante. Nous produisons annuellement les statistiques de tout ce qui est races exotiques, importées ou produites localement, et c’est la race locale qui domine. Et la tendance n’est pas près de s’inverser, peut-être dans quelques décennies.

Pour améliorer la race locale, notre travail doit consister à améliorer ses conditions de production, notamment, l’habitat, l’alimentation et le suivi sanitaire…afin de la rendre plus productive, d’une part, et d’autre part, maîtriser le phénomène des métissages.

Au regard des caractéristiques du poulet bicyclette, peut-on le produire à grande échelle ?

Le poulet bicyclette peut être produit à grande échelle. Il faut lui assurer un bon habitat, une alimentation rationnelle et des soins sanitaires adaptés.

Si on veut comparer sa productibilité avec celle du poulet importé, ce ne serait pas équitable. Il est demandé au poulet local de produire de la chair et des œufs à la fois, alors qu’avec les souches importées, il y a une souche spécifique pour chaque besoin.  Si on veut comparer les deux, on peut penser que le poulet local a une faible productibilité, ce qui n’est pas réel. Nous devons plutôt travailler à valoriser les potentialités du poulet local, notamment, ses caractéristiques organoleptiques très spécifiques.

Si on décide aujourd’hui de faire du « poulet bicyclette » une marque déposée, comment doit-on procéder ? Faut-il tenir compte de la souche, du mode d’élevage, du mode de transport ou les trois à la fois ?

Le premier critère à prendre en compte pour en faire un symbole du Burkina est bien la souche.

Le deuxième est le mode d’élevage. Le moyen de transport viendra après.

La bicyclette lui confère son appellation, certes, mais le poulet local n’est pas défiguré quand il bénéficie de moyens modernes de transport.

Qu’on l’emmène à pied ou accroché à moto, aux camions, aux cars ou dans des caisses, il reste le poulet bicyclette, car cela ne change pas fondamentalement le caractère bicyclette, parce que pour arriver au marché primaire et même secondaire, on passe par la bicyclette.

Avez-vous été partie prenante du processus de labélisation du « poulet bicyclette » ?

Nous avons été associés à l’élaboration du cahier de charges. Sur le plan technique, la souche et les conditions d’élevage ont été prises en comptes ; le moyen de transport n’étant pas une fin en soi, nous n’avons pas insisté là-dessus.

Quelle est la plus-value de la labélisation ?

La labélisation, qui oblige à avoir un cahier de charges, un itinéraire clair et précis, devrait permettre à celui qui souhaite avoir du poulet bicyclette d’en avoir réellement et d’en payer le prix.  La labélisation donne des arguments à l’Etat de travailler à préserver ce poulet. Cela permettra également de lutter contre la concurrence déloyale, parce que sur le marché, on a des animaux qui sont présentés comme des poulets bicyclette, alors que ce n’est toujours pas le cas.

Propos recueillis par Martin SAMA

 

Encadré

Poulets de chair, pondeuses, bleu d’hollande, coquelets…le Burkina Faso connait l’importation de plusieurs races de poulets qui sèment le doute sur l’existence ou la survie de la race propre au pays appelé couramment poulet bicyclette. Malgré ces arrivées de poussins tous azimuts sur le territoire, Dr Seydou Ouattara, Directeur du Centre de promotion de l’aviculture villageoise (CPAVI) en passe de devenir la Direction de la promotion de l’aviculture (DPAvi), reste formel. Les chiffres à sa disposition lui permettent d’affirmer que la race locale domine les races importées de manière écrasante. Mais la tendance pourrait s’inverser rapidement s’il n’y a pas un travail pour maîtriser le phénomène des métissages et améliorer ses conditions de production, notamment, l’habitat, l’alimentation et la santé… afin de la rendre plus productive en l’état.

L’Economiste du Faso : Qu’est-ce que le « poulet bicyclette » ?

Dr Seydou Ouattara, Directeur du Centre de promotion de l’aviculture villageoise (CPAVI) : C’est le poulet de notre terroir, élevé dans des conditions traditionnelles, c’est-à-dire, avec une faible utilisation d’intrants et transporté essentiellement par la bicyclette du domicile au marché primaire, souvent du marché primaire au marché secondaire. On dit poulet bicyclette, certes, mais la pintade locale est aussi incluse dans ce vocable, parce qu’elle est transportée dans les mêmes conditions. 

Qu’est-ce que le « poulet du Faso » ?

Le « poulet du Faso » est un concept ressent apparu entre 2016 et 2017, avec un projet financé par la Fondation Bill et Melinda Gates et installé à Boussé, dans la province du Kourwéogo. C’est le produit d’un métissage entre le coq de race locale et une poule française appelée Sasso. Au départ, les initiateurs du projet ont collecté des spécimens de poulets locaux à travers les élevages traditionnels autour de Boussé, pour constituer une population de reproducteurs à partir desquels ils ont entrepris des opérations de sélection des coqs.  Ces coqs sont utilisés comme géniteurs, tandis que les femelles sont régulièrement importées de la France. Les coqs et les poules sont élevés ensemble à leur maturité sexuelle suivant un ratio 1 coq pour 10 poules dans des bâtiments d’élevage de type très modernes, dit en atmosphère contrôlée. En réalité, ces poules ne supportent pas les conditions de l’élevage des bâtiments de type ouverts, couramment rencontrés dans notre contexte et dans lesquels les températures sont extrêmement élevées à certaines périodes de l’année.

Les œufs issus de leur accouplement sont passés dans les couvoirs (incubateurs + éclosoirs) et ce sont les poussins qui en sortent qu’on a nommés « poussins du Faso », qui deviennent « poulet du Faso ». D’apparence, il est comme le poulet local ; le plumage ne donne aucune chance de penser autrement.

Des conditions avaient été posées, afin d’éviter que ce poulet ne se diffuse dans tous les élevages du pays : il ne devait pas être diffusé à plus de 100km de Ouagadougou et il ne devait pas servir de reproducteurs mais uniquement de chair. Malheureusement, aujourd’hui, il se rencontre dans certaines contrées lointaines.

Qu’est-ce qui distingue le « poulet bicyclette » du « poulet du Faso » ?

La distinction est difficile entre les deux à vue d’œil. La seule certitude, c’est que le « poulet bicyclette » authentique a un bec noir, des pattes noires et un plumage de type africain qui peut être blanc, gris, rouge, multicolore.…

Existe-t-il une souche pure actuellement au Burkina Faso qu’on peut qualifier de « poulet bicyclette » ?

Oui. Mais la réalité est qu’aujourd’hui, il est de plus en plus difficile d’en trouver, parce que les croisements incontrôlés promus par certains projets et ONG ont atteint une bonne partie du territoire national. Même si nous avons réussi à réguler cette situation depuis quelques années, les premiers métissages datent quand même de 1973. Néanmoins, dans les élevages traditionnels de certaines contrées lointaines, évidemment, on trouve toujours du poulet d’apparence locale. Je pense aux régions du Sud-Ouest et de l’Est surtout. La chance que nous avons avec le poulet local, c’est que dans certains cas, les souches exotiques avec lesquelles il est croisé sont récessives sur le plan génétique. Autrement, si à un moment donné, on arrête les croisements ou on laisse les poulets locaux se reproduire entre eux, on finira par retrouver la race locale.   

Entre le « poulet bicyclette » et le « poulet du Faso », lequel peut être un symbole représentatif du Burkina Faso ? 

Sans aucun risque de se tromper, c’est bien le poulet bicyclette qui symbolise mieux le Burkina Faso. Le « poulet du Faso » est un métis qui, de surcroît, nous crée une sorte de dépendance éternelle.

Quel est l’effectif estimé de poulets bicyclette ?

C’est vrai que la grippe aviaire a fait chuter les chiffres de cette année, mais la volaille est estimée à un peu plus de 50 millions de têtes en 2021, et les races locales représentant plus de 90%.

Malgré les importations de poussins tous azimuts, la race locale domine et ce, de manière écrasante. Nous produisons annuellement les statistiques de tout ce qui est races exotiques, importées ou produites localement, et c’est la race locale qui domine. Et la tendance n’est pas près de s’inverser, peut-être dans quelques décennies.

Pour améliorer la race locale, notre travail doit consister à améliorer ses conditions de production, notamment, l’habitat, l’alimentation et le suivi sanitaire…afin de la rendre plus productive, d’une part, et d’autre part, maîtriser le phénomène des métissages.

Au regard des caractéristiques du poulet bicyclette, peut-on le produire à grande échelle ?

Le poulet bicyclette peut être produit à grande échelle. Il faut lui assurer un bon habitat, une alimentation rationnelle et des soins sanitaires adaptés.

Si on veut comparer sa productibilité avec celle du poulet importé, ce ne serait pas équitable. Il est demandé au poulet local de produire de la chair et des œufs à la fois, alors qu’avec les souches importées, il y a une souche spécifique pour chaque besoin.  Si on veut comparer les deux, on peut penser que le poulet local a une faible productibilité, ce qui n’est pas réel. Nous devons plutôt travailler à valoriser les potentialités du poulet local, notamment, ses caractéristiques organoleptiques très spécifiques.

Si on décide aujourd’hui de faire du « poulet bicyclette » une marque déposée, comment doit-on procéder ? Faut-il tenir compte de la souche, du mode d’élevage, du mode de transport ou les trois à la fois ?

Le premier critère à prendre en compte pour en faire un symbole du Burkina est bien la souche.

Le deuxième est le mode d’élevage. Le moyen de transport viendra après.

La bicyclette lui confère son appellation, certes, mais le poulet local n’est pas défiguré quand il bénéficie de moyens modernes de transport.

Qu’on l’emmène à pied ou accroché à moto, aux camions, aux cars ou dans des caisses, il reste le poulet bicyclette, car cela ne change pas fondamentalement le caractère bicyclette, parce que pour arriver au marché primaire et même secondaire, on passe par la bicyclette.

Avez-vous été partie prenante du processus de labélisation du « poulet bicyclette » ?

Nous avons été associés à l’élaboration du cahier de charges. Sur le plan technique, la souche et les conditions d’élevage ont été prises en comptes ; le moyen de transport n’étant pas une fin en soi, nous n’avons pas insisté là-dessus.

Quelle est la plus-value de la labélisation ?

La labélisation, qui oblige à avoir un cahier de charges, un itinéraire clair et précis, devrait permettre à celui qui souhaite avoir du poulet bicyclette d’en avoir réellement et d’en payer le prix.  La labélisation donne des arguments à l’Etat de travailler à préserver ce poulet. Cela permettra également de lutter contre la concurrence déloyale, parce que sur le marché, on a des animaux qui sont présentés comme des poulets bicyclette, alors que ce n’est toujours pas le cas.

Propos recueillis par Martin SAMA

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