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Transport aérien: Air Burkina a besoin d’argent frais

• Coincé entre frais de maintenance et de location

• La compagnie perd du terrain

• Quelle solution radicale ?

Air Burkina vient d’acquérir un Boeing 737-500, immatriculé TL-VIP, loué chez Via Air, une compagnie centrafricaine. L’arrivée de cet avion vient atténuer les spéculations sur l’avenir de la compagnie nationale. En effet, la location de l’ATR72-500, arrivé en février 2023, est arrivée à expiration. L’avion est donc reparti chez son propriétaire. Le Boeing 737, loué chez Via Air, va remplacer l’ATR. Selon nos informations, Via Air appartiendrait à David Lamoureux, Consul de Belgique en Centrafrique. C’est un avion d’une trentaine d’années qui a été pris par Via Air en septembre 2022, qui a volé précédemment pour Air Djibouti.

L’autre avion en service est l’Embraer 175 (XT-ABZ). Il était sur le point de repartir chez son propriétaire, Nordic Aviation Capital, à la fin du mois d’août. Il en est de même pour les 2 Embraer 195 dont un est au garage depuis quelques années et l’autre cloué au sol depuis l’incendie de son moteur sur le parking de l’aéroport de Ouaga, en 2022. Les Embraer 195 repartent chez Nordic Aviation Capital en fin 2023. « Âgés de 16 ans, ils avaient été introduits en 2018, dans un deal conclu avec le bailleur Nordic Aviation Capital (NAC) », selon le journal spécialisé Newsaero.

Avec le retour effectif de l’ART 72 et le retour annoncé des Embraer chez son propriétaire Nordic Aviation Capital, l’on se demandait que deviendrait la compagnie ? Air Burkina a cherché des options, mais c’est celle de ce Boeing 737 qui a été concrétisée. C’est une solution à très court terme et la situation de la compagnie reste inquiétante.

Les problèmes d’Air Burkina sont connus. La compagnie manque de cash. Elle a signé plusieurs contrats de sous-traitance et dispose d’un effectif pléthorique pour le nombre d’avions dont elle dispose. La compagnie ploie sous le coup des dettes.

Créée en 1967, sous la forme d’une Société d’Etat, Air Burkina a été privatisée en 2001, au profit du Groupe Agha Khan. En avril 2017, le Groupe Agha Khan cède la compagnie au gouvernement burkinabè contre un franc symbolique. Air Burkina devient une Société d’Etat mais les ressources vont manquer à la compagnie pour acquérir de nouveaux avions. Une situation que la Covid-19 est venue aggravée, puisque les avions sont restés au sol pendant 3 mois.

Air Burkina décide de se doter d’avions de marque Embraers. Cette option va se révéler décevante. Ces avions de fabrication brésilienne vont tomber en panne les uns après les autres jusqu’à la location de l’ATR 72, immatriculé LY-JUP, qui est arrivé à Ouagadougou le 4 février 2023, selon un communiqué de la compagnie. Cet ATR 72 en location est âgé de 15 ans et était anciennement exploité par Cabo Verde Airlines. Il est un actif du bailleur-loueur irlandais Abelo Capital. Air Burkina l’a pris en Damp-Lease (location) chez la compagnie Jump Air, une compagnie lithuanienne spécialisée dans l’affrètement des avions. Jump Air a été créé en 2021. L’ATR était le seul avion de cette compagnie qui l’avait aussi acquis en location courant 2022. La couleur d’origine de l’appareil étant le blanc, Air Burkina n’a posé qu’un sticker portant son logo sur le flanc. Le sticker Air Burkina a été posé dans un atelier de maintenance à Tanger, au Maroc, en début janvier 2023. Dans cette opération, Air Burkina paie une location mensuelle à Jump Air tout en assurant l’hébergement des pilotes. Seules les stewards et hôtesses de la compagnie nationale ont servi dans cet avion aux cotés des pilotes de Jump Air, laissant de côté les anciens pilotes d’Air Burkina au sol, car n’ayant pas été qualifiés pour un ATR et n’ayant qu’un seul Embraer en service. « C’est une réponse sur le court terme », avait indiqué un spécialiste du domaine.

Un autre détail très important, la maintenance de l’ATR a été effectuée par la compagnie italienne EU Wings, qui est en effet la compagnie mère de Jump Air. Il était donc difficile pour Air Burkina de couvrir les frais locatifs et de maintenance à travers cette opération.

En plus, « L’ATR72 réduit nettement les ambitions pour les opérations d’Air Burkina. C’est un turbopropulseur, un avion à hélice, il n’est pertinent que sur des distances de moins d’une heure. Au-delà, il n’est plus rentable en termes de coût opérationnel.

Ce sont les avions à réaction comme l’Embraer qui sont les mieux adaptés pour les vols régionaux au départ de Ouaga », avait confié notre spécialiste en aéronautique. Il estime que ce contrat locatif était très désavantageux, vu que Jump Air vient avec ses pilotes et ses mécaniciens. Aucun mécanicien burkinabè ne peut toucher cet appareil, car ils ne disposent pas de licence pour le faire. En effet, plusieurs intermédiaires dans une telle opération augmentent les charges d’Air Burkina.

Mais pour les passagers, l’arrivée de l’ATR a été un grand soulagement. Mais opérationnellement, ce fut juste une solution ponctuelle qui n’a pas résolu les vrais problèmes de la compagnie qui a besoin d’argent frais pour faire face à des charges et des dettes.

La situation d’Air Burkina a fait fuir de nombreux cadres vers d’autres compagnies rivales dans la sous-région, Air Côte d’Ivoire, Air Sénégal et Asky Airlines.

JB

Encadré

Quelle solution ?

Dans sa recherche de solution, Air Burkina a signé, le 20 octobre 2020, une convention avec la Société américaine African Global Development (AGD) dans laquelle AGD s’engage à fournir des avions Airbus et des avions hélices. Le coût total de l’investissement est d’environ 250 millions d’euros (environ 160 milliards FCFA). Du côté du ministère des Transports, on dénonce cette convention avec laquelle AGD a sollicité une lettre de crédit comme garantie financière pour aller vers les loueurs d’avions pour acquérir des appareils.

Une autre recherche de solution a été l’audience accordée, le 21 janvier 2021, par le ministre burkinabè des Transports de l’époque, Vincent Timbindi Dabilgou, à une délégation du constructeur Airbus pour discuter de l’acquisition d’avions Airbus A220.

Pendant ce temps, Air Burkina perd des passagers au profit de ses concurrents dans la sous-région.

Liz Transport, qui a débuté ses vols en 2022, dispose de 2 ATR 72 de 70 places chacun. Liz Transport, qui dessert Bobo-Dioulasso et Lomé, attend 2 autres avions neufs pour attaquer la sous-région. Air Côte d’Ivoire fait le plein de son plus gros avion sur sa ligne quotidienne Ouaga-Abidjan. Il en est de même que Asky, qui fait le plein sur la ligne Ouaga-Lomé, Ouaga-Niamey. La survie de la compagnie nationale est plus que jamais en jeu.

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