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Zakat house: une solution endogène pour le développement du pays, selon le président du CERFI

• Hamidou Yaméogo explique

• 1 lycée secondaire bientôt à Orodara

• Il invite au vivre ensemble religieux

Le Cercle d’études, de recherches et de formation islamiques (CERFI) est, certes, connu pour sa dimension confessionnelle, mais pas que ça seulement. Le CERFI participe au développement du pays, à travers la construction d’établissements secondaires, des dispensaires, des forages, des écoles maternelles et primaires, etc. Mieux, il s’illustre aussi dans la formation de la foi musulmane, avec l’organisation des conférences-débats régionales. Le vivre ensemble religieux est un des combats que mène le nouveau Bureau national du CERFI, avec à sa tête, Hamidou Yaméogo. Celui-ci a expliqué tous ses projets, lors d’une visite de courtoisie à la Rédaction de L’Economiste du Faso, le mardi 14 novembre 2023. Lisez plutôt !

Moment d’échanges cordiaux avec le DP de L’Economiste du Faso. (Ph: Yvan SAMA)

L’Economiste du Faso : Comment se porte le Cercle d’études, de recherches et de formation islamiques (CERFI) dans ce contexte où le Burkina Faso fait face à de nombreuses difficultés, notamment, l’insécurité ?

Hamidou Yaméogo : Le CERFI se porte à l’image du pays, c’est-à-dire, qu’il est résilient, dans la mesure où le centre arrive à mener tant bien que mal son programme d’activités dans les régions où c’est encore possible. Nous arrivons aussi à tenir nos instances statutaires, les Conseils d’administration, les réunions du Bureau national, et nous vous annoncons la tenue de notre assemblée générale en fin d’année 2023. Nous avons pu mener ces jours-ci, une rencontre des cadres musulmans, des conférences régionales. Toutefois, nous ne pouvons pas nier que l’insécurité affecte nos activités provinciales, certaines sections du CERFI dans les provinces peinent à dérouler des activités. A titre d’exemple, à part Dori, Fada et Dédougou, il est difficile pour les autres sections de mener des activités dans les régions du Séno, du Gourma et de la Boucle du Mouhoun. Nonobstant le volet sécuritaire dont nous prions Allah pour que ça prenne fin et que la paix revienne sitôt, le CERFI continue de mener ses activités.

Justement, dans cette lutte contre l’insécurité, quel peut être le rôle du musulman pour un retour à la paix au Burkina Faso, et aussi quelle peut être sa contribution à une cohésion sociale entre les communautés ?

A ce niveau, le CERFI joue sur deux tableaux : à l’échelle du CERFI et à l’échelle de la Fédération des associations islamiques du Burkina Faso (FAIB). A l’échelle de la FAIB, le CERFI participe au même titre que les autres associations à la collecte des dons en nature (vivres, vêtements…) et en espèces qu’elle a initiée. En 2023, la FAIB a mobilisé la somme de plus de 600 millions FCFA, remise aux autorités compétentes, où le CERFI a joué sa partition, à travers ses militants et sympathisants. Le CERFI a apporté des biens en nature et des dons en espèces à cette œuvre de la FAIB. Toujours au niveau de la FAIB, il y a souvent des mots d’ordre de prière avec l’accompagnement de toutes les mosquées sous sa juridiction. Chez nous les musulmans, nous disons que l’invocation est l’âme du croyant. Je pense que dans les autres confessions religieuses, c’est la même chose. Je pense qu’en tant que croyant, c’est prier Allah pour qu’il mette sa main pour un retour à la paix. Les intelligences humaines seules ne peuvent pas venir à bout de cette crise complexe. A l’échelle du CERFI, notre cœur de métier, c’est la réflexion et la proposition d’idées qui peuvent aider le pays à sortir de l’impasse. Il est vrai que nous faisons face à l’insécurité, mais les solutions ne doivent pas être forcément militaires. Les balles peuvent atteindre les terroristes, mais le terrorisme en tant qu’idéologie, il faut d’autres approches pour déconstruire les préjugés, sensibiliser les mentalités, c’est là que le CERFI  est intervenu, à travers des conférences régionales dans tout le pays, sauf  le Sahel pour des raisons sécuritaires, sur le thème : « La gestion de la crise politique à la lumière des références islamiques ».

Quelle appréciation le CERFI fait  de la polémique sur les signes religieux dans les établissements chrétiens? Et quel message donner aux musulmans dont les enfants sont dans d’autres écoles où cette règle sera appliquée ?

Au niveau du CERFI, nous trouvons cette actualité comme un recul en matière de vivre ensemble. Depuis l’Association des élèves et étudiants musulmans du Burkina Faso (AEEMB), cela fait 30 ans que nous étions dans le dialogue inter-religieux avec la Jeunesse étudiante catholique (JEC) et le groupe biblique universitaire pour éviter les doutes et les préjugés religieux. 30 ans après, que dans une école catholique ou protestante, on dise à une fille musulmane de ne pas porter le voile est vraiment un recul et cela nous étonne. Moi, mon cousin direct est prêtre à Koudougou, l’Abbé Jéovite Yaméogo. Dans ma famille, j’ai des amis et des parents plus chrétiens que musulmans. C’est dommage qu’aujourd’hui, des questions de foulard, de morceau de tissu nous opposent en tant que Burkinabè. Je ne cherche pas à savoir qui a tort qui a raison. Il faut qu’on se parle pour ne pas donner de la place à l’ennemi qui nous attaque. Ce n’est pas le moment de faire des débats futiles sur le foulard islamique.  Je pense que c’est un débat importé de l’extérieur, le vivre ensemble, c’est un acquis depuis des générations, si on le perd, ça sera vraiment un recul, j’interpelle les musulmans, mes frères et sœurs protestants et catholiques pour régler cette question. Vous voyez dans les grandes prières, Ramadan et Tabaski, la présence des autorités religieuses catholiques et les visites de salutations pendant ces moments sans différence de religion et après, dans les écoles, on se rejette, c’est curieux comme comportement. J’invite les leaders religieux et les responsables des faîtières à se parler, car s’ils donnent l’exemple, les fidèles vont suivre.

Un mot sur le port du voile qui est désormais autorisé, lors de l’établissement des Cartes nationales d’identité burkinabè (CNIB)…

Ce n’est que justice rendue à la femme musulmane. Pour moi, dire qu’elles sont désormais autorisées, je ne pense pas qu’il y avait un texte qui interdisait la pratique. Je n’ai pas encore vu un texte formel qui interdisait cela. Une disposition constitutionnelle ou législative ou règlementaire qui l’interdisait, non. Maintenant, on vient dire que c’est autorisé, c’est comme s’il y avait un interdit formel avant. La laïcité burkinabè a hérité de celle française, construite contre l’église en France (loi 1905). A regarder de près, on duplique contre les religions. De notre compréhension de la laïcité, l’Etat doit rester à équidistance de toutes les religions pour permettre à chacun de vivre sa foi de manière pleine et entière. La laïcité, ce n’est pas de l’athéisme, elle ne doit pas être contre la foi, elle doit agréger toutes les fois.  Que les gens puissent prendre les CNIB avec des foulards, cela aide au vivre ensemble. Maintenant, il peut y avoir des limites pour des raisons de sécurité publique. Sinon, a priori, c’est une avancée.

Où êtes-vous avec le projet Zakat house ?

Avant-hier, nous avons fait une remise de don de bourse dans le cadre du projet Zakat house, soit une vingtaine de bourse à des élèves du primaire et du secondaire et des étudiants. Des bourses allant de 75 000 à 500 000 FCFA. L’islam est une religion complète avec des prescriptions pour gouverner le rapport de l’homme à Dieu, c’est la dimension verticale de l’islam. Des prescriptions qui gouvernent le croyant musulman avec son prochain, c’est la dimension horizontale de l’islam. La zakat aide à réguler cette question horizontale, parce qu’une religion, ce n’est pas seulement un rapport de l’homme à Dieu, c’est le rapport avec ses semblables, avec son voisin, avec ceux qui ne sont pas de la même religion. La zakat aide à récolter des ressources financières et à les redistribuer. La zakat aide à résoudre des problèmes sanitaires, éducatifs, d’eau potable. La zakat mise en place en fin 2022, a permis de réaliser des forages, de donner des bourses d’études, construire des centres de santé et de promotion sociale sans chercher à savoir qui viendra se soigner, c’est cela le rôle de la zakat. Maintenant, pour donner au prochain, il faut que des personnes acceptent de donner leur fruit de labeur. Que les musulmans qui ont un niveau de revenu acceptable puissent contribuer pour qu’on arrive à redistribuer aux autres. La religion ne doit pas être uniquement une histoire d’aller prier à la mosquée mais permet d’aider les cas sociaux. En deux ans d’activités, le niveau atteint est déjà acceptable, il reste à faire beaucoup de communication là-dessus. Au Burkina Faso, il y a des hommes d’affaires, s’ils font leur bilan en fin d’année, s’ils enlèvent la zakat, ça peut atteindre des milliards FCFA. Ce sont ces derniers qui peuvent nous aider à atteindre nos objectifs.

Les pays arabes qui nous donnent l’argent pour réaliser des mosquées ou des forages, cela provient de la zakat. Nous au Burkina Faso, nous devons aussi trouver des financements endogènes pour faire face au défi du développement et la zakat doit faire partie. Les musulmans doivent travailler à sa promotion pour que les gens voient un autre visage de l’islam. L’islam, ce n’est pas seulement les interdits ou le haram, quelle est la contribution du musulman pour faire face aux problèmes sociaux, éducatifs…sur lesquels, nos frères chrétiens sont en avance sur nous les musulmans en matière d’offres sanitaires, éducatives…?

Nous avons beau dire que les musulmans sont majoritaires, l’église catholique ou l’église protestante aide l’Etat dans les domaines suscités plus que nous.  La zakat plus d’autres fonds doivent nous permettre d’aider l’Etat dans le combat du développement.

La Rédaction

 

Encadré

Avec la zakat house, quels sont les résultats obtenus dans le domaine de l’offre éducative ?

Le CERFI est aussi présent, en dehors de sa dimension confessionnelle, sur celle du défi du développement du pays, à travers la construction d’établissements secondaires régionaux. A ce titre, nous avons le projet de construction du lycée de Orodara, avec extension vers un lycée technique. Les travaux, lancés la semaine dernière, vont coûter la somme de 243 millions FCFA. Sous notre mandat, nous visons à achever le rez-de-chaussée qui sera réalisé à hauteur de 75 millions FCFA. Ledit établissement des élèves burkinabè, sans distinction de religion. Nous avons en projet la construction du lycée d’enseignement qui sera construit juste derrière le siège national du CERFI, à Ouagadougou. Ce lycée d’excellence de R+3, qui  sera lancé dans les prochains mois, va servir de centre de formation islamique les weekends. Il va coûter la somme de 546 millions FCFA, l’objectif sous notre mandat est la construction du rez-de-chaussée qui va coûter 197 millions FCFA. Le CERFI a aussi d’autres projets dans la construction des maternelles et de primaires à l’échelle des sections et des régions. A cela s’ajoutent des projets dans le domaine sanitaire et de centres culturels à réaliser. 

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