A la UneRégions

AIJC 2023 EN AFRIQUE: les tendances du journalisme d’investigation

• Le data journalisme a le vent en poupe

• Avantages et inconvénients de l’intelligence artificielle

• Rendez-vous en 2024, pour la 20e édition

Les rideaux se sont baissés sur la 19e édition de la Conférence africaine sur le journalisme d’investigation. C’était à Johannesbourg, du 21 au 23 novembre 2023. 350 délégués venant de 41 pays se sont enregistrés, lors de la rencontre, dont 45% de femmes.

Que retenir de ces 3 jours d’échanges avec les hommes et femmes du journalisme d’investigation africain. Une enquête a été diligentée par les organisateurs de la conférence et il s’avère que les journalistes d’investigation demeurent pour plus de la moitié, affiliés à des médias. 34% d’entre eux sont en freelance et seulement 8% sont employés à temps partiel. Les organisateurs ont posé la question sur les besoins des journalistes. Quelles sont les formations dont vous avez le plus besoin ? En premier lieu, celle sur le data journalisme et l’utilisation de l’intelligence artificielle.

Le journalisme de données et l’intelligence artificielle au menu

La pratique a émergé depuis les années 2000, dans les Rédactions de plusieurs médias, surtout sur le web. Le journalisme de données va au-delà de la théorie. Et l’un des logiciels les plus utilisés dans cette nouvelle forme d’écriture est l’utilisation d’un tableur, Excel (ou tout autre type de tableur). Le data journalisme, comme nouvelle forme de journalisme d’investigation, se développe au niveau international dans une période de profonde inquiétude à l’égard des informations circulant sur Internet, dont la véracité est souvent mise en cause. Confronté aux fausses nouvelles, les journalistes s’appuient sur les données pour réduire leur dépendance aux sources, limiter leur subjectivité et garantir la précision de leurs travaux.  Le développement du data journalisme est une pratique globale qui permet aux journalistes de diverses nationalités de se réunir autour de grandes enquêtes, assuré par des collectifs d’acteurs comme le Global Investigative Journalism Network basé au Maryland, l’International Consortium of Investigative Journalists (ICIJ).

L’intelligence artificielle (IA) est un sujet brûlant dans le domaine du journalisme. Lors des panels sur la question, il est ressorti que l’IA a des avantages, mais aussi des inconvénients pour ses utilisateurs. Ainsi, d’une part, elle a le potentiel d’aider les journalistes d’investigation en effectuant rapidement des recherches dans d’énormes quantités de données pour identifier des informations clés pour leurs histoires. Elle peut également générer des histoires simples basées sur des données telles que les résultats des compétitions sportives ou les rapports de bénéfices des entreprises qui pourraient autrement ne pas être rapportés. Cependant, des préoccupations subsistent quant à l’utilisation malveillante de l’IA, en particulier, dans la création de « deep fakes » – des vidéos conçues pour manipuler ou tromper les spectateurs en faisant dire à quelqu’un quelque chose qu’il n’a jamais dit.

Ces 3 jours de rencontre ont aussi permis de noter les défis du moment pour les journalistes d’investigation. Ainsi, on retient en premier que ceux-ci sont confrontés au manque de ressources et de soutien financier dans le cadre de leurs productions. Deuxième point à noter, la difficulté d’accéder à l’information. Les panelistes de 40 pays africains affirment aussi recevoir des menaces et craignent pour leur sécurité. Sur les 583 journalistes d’investigation à avoir renseigné l’enquête, 60% affirment avoir déjà reçu des menaces pour leur sécurité personnelle, en 2022, et 24% des journalistes sont toujours inquiets pour leur sécurité.

ESS

Encadré

Les propos d’Anton Harber, président sortant de l’AIJC

«Il existe un certain nombre de mesures que nous pouvons utiliser pour montrer le succès de la 19e AIJC de cette année et son statut de rassemblement annuel de premier plan des journalistes actifs du continent.

Nous pourrions souligner la participation à la réunion de trois jours de cette année à l’Université Wits, de plus de 400 délégués d’au moins 35 pays africains et de 20 autres pays.

Nous pourrions citer la liste des meilleurs orateurs : plus de 150 en 80 sessions, y compris de nombreux journalistes les plus connus d’Afrique, tels que Anas Amarayaw Anas, John Allan Namu, Hamadou Tidiane Sy et Peter Murimi.
Nous pourrions souligner que la conférence de cette année a eu plus de participation africaine francophone que jamais auparavant, et une représentation plus forte de genre, avec 46% des intervenants s’identifiant comme des femmes.
Il y a eu le grand journalisme qui a été présenté et l’intensité des questions discutées, traitant de tous les grands triomphes et défis du journalisme africain. Les thèmes abordés comprenaient l’intelligence artificielle, la sécurité des journalistes, les reportages sur la santé, les enquêtes financières et la criminalité environnementale.

Nous pourrions citer plus de 30 séances de formation allant de la baladodiffusion à l’utilisation de l’intelligence artificielle. Et puis, il y a eu la Master class médico-légale numérique, dirigée par Bellingcat, leader mondial de ces nouveaux outils d’enquête, et sponsorisée par l’organisation norvégienne SKUP.

Il y a eu le premier prix du journaliste d’investigation africain WCJ/AIJC/Absa de l’année, remporté par Tom Odula du Kenya.

Mais peut-être que la meilleure mesure de tous était que 83% des participants ont dit après avoir quitté le rassemblement avec beaucoup de nouvelles idées d’histoire, et 15% ont dit qu’ils avaient au moins une nouvelle idée d’histoire. Les délégués ont souligné les opportunités de réseautage, la possibilité d’entendre de nombreux journalistes parmi les meilleurs du continent et les nouveaux outils et techniques qui ont été présentés.

L’importance de la collaboration pour le travail d’enquête contemporain, en particulier, au-delà des frontières, a été soulignée dans un discours de Brant Houston du Réseau mondial des journalistes d’investigation. L’impact de l’intelligence artificielle sur le journalisme a suscité beaucoup d’intérêt, y compris un discours de Vukosi Marivati et Anthandiwe Saba et d’autres, comme Ron Nixon d’Associated Press, parlant de la façon dont ils utilisent déjà cette nouvelle technologie.

Nous remercions les participants, les intervenants et les organisateurs d’avoir fait de la 19e Conférence africaine sur le journalisme d’investigation le succès qu’elle a été, et nous attendons avec impatience l’évènement de l’année prochaine ».

Commentaires
RAF
RAF

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Bouton retour en haut de la page