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Culture du blé au Burkina: le pari est de nouveau lancé

• 2000 tonnes obtenues sur 500 hectares en 2006, et plus…rien

• Une volonté politique clairement affichée pour la relance de la production

• La recherche et les chercheurs fortement sollicités

Pour le ministre en charge de l’agriculture, Commandant Ismaël Sombié, le pari sera relevé. (Photo: Yvan Sama)

Du blé produit au Burkina Faso, en 2023.  C’est une réalité. Mais ce n’est pas la première fois que la graminée connait une récolte dans le pays. Depuis une trentaine d’années au moins, les chercheurs travaillent sur la spéculation. « Ça ne date pas d’aujourd’hui. C’était resté en veilleuse, mais à l’INERA, on n’a jamais cessé de produire le blé pour maintenir les variétés sélectionnées et qui sont rentables au Burkina », confie l’un deux. La dernière expérimentation grandeur nature remonte à la saison 2005/2006 durant laquelle le pays a officiellement produit 2 000 tonnes de la céréale dans le cadre d’un projet pilote mis en œuvre sur une superficie de 500 hectares dans la vallée du Sourou. Le 20 mars 2006, par exemple, c’est le Premier ministre de l’époque, Paramanga Ernest Yonli, qui avait procédé, à Niassan, dans le département de Di, au lancement de la récolte de blé dans la vallée du Sourou. Après cette expérimentation, les lignes ne vont plus tellement bouger.  Selon Dr Jacob Sanou, personne ne croyait à la réussite de la production de cette spéculation dans un pays sahélien comme le Burkina. L’homme, responsable de la section maïs-blé-plantes émergentes de l’INERA/Farako-Bâ, a passé près de 40 ans à travailler sur la semence de blé et a maintenu le flambeau. Avec ses collègues, les travaux ont permis d’identifier les sols sur lesquels on peut cultiver le blé et surtout les variétés. Les sols qui peuvent produire le maïs peuvent également produire le blé. La seule différence est qu’il faut le produire en saison sèche, car le blé a besoin d’une température entre 22 et 27°. Parmi les variétés, deux sortent du lot : le Kanz et l’Achtar. Elles ont un cycle de 90 jours pour le premier et 80 pour le second, avec un rendement respectif de 07 et 04 tonnes à l’hectare.

Selon Dr Jacob Sanou, personne ne croyait à la réussite de la production de cette spéculation dans un pays sahélien comme le Burkina. (Photo: Yvan Sama)

Dans le nouveau référentiel agricole, l’« offensive agropastorale et halieutique 2023-2025 », adoptée en Conseil des ministres du 05 septembre 2023, 1 500 ha sont consacrés à la production du blé. Mais la volonté politique s’est affichée bien avant, avec la signature d’une convention, le 17 mars, entre le ministère de l’Agriculture, des Ressources animales et halieutiques et l’Institut de l’environnement et de recherches agricoles (INERA) portant sur la production de semences de blé. Dans le cadre de ce nouveau partenariat, les chercheurs de l’INERA s’engagent à mettre, dans un premier temps, 10 tonnes de semences à la disposition du ministère de l’Agriculture au profit des agriculteurs. Pour le chef du département d’ailleurs, Commandant Ismaël Sombié, le pari sera relevé. « La culture du blé est une mission que le président de la Transition, Son Excellence le Capitaine Ibrahim Traoré, veut voir se concrétiser. Pour cela, nous avons mis quinze tonnes de semences de blé à la disposition des producteurs. Donc nous allons le faire coûte que coûte », affirme-t-il. Pour la nouvelle dynamique de production du blé, il était prévu l’emblavement de 100 hectares de blé dans le pôle de croissance de Bagré. Mais la disponibilité de la semence, les contraintes de calendrier, ainsi que quelques difficultés techniques ont limité l’emblavement à environ 80 hectares répartis comme suit : 62 hectares dont l’irrigation est en cours, 5 hectares à l’Institut de formation en développement rural (IFODER), pour permettre aux pensionnaires d’allier théorie et pratique, et 7 hectares de l’ONG SAPHE sur son propre site. 15 hectares  ont été réservés pour produire de la semence.

La relance de la production de la céréale a pour objectif de réduire les importations qui couvrent la quasi-totalité des besoins de consommation du pays. Pour l’heure, le pays qui consomme environ 315 000 tonnes de blé par an est principalement approvisionné par la France et la Russie, qui comptent tous deux pour près de 95 % des expéditions.  La guerre entre la Russie et l’Ukraine (les deux pays concentrent à eux seuls 30 % de la production mondiale) a fait flamber les prix du blé. En plus du spectre de la rupture de la fourniture, la flambée des prix était déjà une réalité. Dans un communiqué en date du 24 mai 2022, la Coordination des faîtières de boulangeries avait noté que « le prix de la farine du blé est passé de 350 000 FCFA à plus de 525 000 FCFA, soit une hausse de 175 000 FCFA la tonne (50% de hausse) ». o

Moumouni SIMPORE

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