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Reconquête du territoire national : près de 30% du Budget à la Défense-Sécurité

• Soit environ 960 milliards FCFA

• Pour recruter plus et équiper mieux les FDS

• Une hausse due au terrorisme

Dans un rapport intitulé « Analyse des causes des conflits et de leurs impacts sur la mise en œuvre du PNDES », publié en mars 2021, le Plan national de développement économique et social (PNDES) a mentionné que le terrorisme avait contraint le gouvernement à réaménager successivement le budget de l’Etat pour accorder une priorité au secteur défense-sécurité. En effet, de 2016 à 2020, environ 25% du Budget de l’Etat a été accordé à la Sécurité et à la Défense. Entre 2015 et 2019, le budget du ministère de la Défense nationale et des Anciens combattants a augmenté, soit +140%.

Cette hausse de dépenses à la Défense-Sécurité n’a pas changé, pire, elle a été renforcée depuis l’arrivée du président de la Transition, le Capitaine Ibrahim Traoré, le 30 septembre 2022, qui a décidé de faire la guerre totale aux terroristes qui sèment la désolation au sein des populations jusqu’à ce qu’ils abdiquent. Pour rendre sa volonté concrète, le gouvernement de transition s’est doté d’« un budget de guerre », en 2023, de 600 milliards FCFA. Ce montant est une première dans la guerre que mène l’Etat burkinabè contre les terroristes, car, en 2022, le budget alloué à la sécurité-défense était de 416 milliards FCFA. La barre de 500 milliards FCFA venait d’être franchie dans l’histoire de l’adoption des budgets de l’Etat au Burkina Faso. Les 600 milliards FCFA ont servi, entre autres, à réorganiser l’armée, à l’équiper de moyens de défense modernes (drones), à recruter massivement de forces de défense et de sécurité (FDS) et des volontaires pour la défense de la patrie (VDP), pour bouter hors du territoire ces hors-la-loi.

Après l’adoption de ce budget de guerre, qu’en est-il de celui de 2024 ?

Depuis l’adoption du Budget de l’Etat exercice 2024, le 15 décembre 2023, par les députés de l’Assemblée législative de transition (ALT), l’opinion publique est informée que le Budget 2024 se chiffre à 3.019 milliards FCFA de recettes et à 3.694 milliards FCFA de dépenses.

Pour le ministre de l’Economie, des Finances et de la Prospective, Dr Aboubakar Nacanabo, le Budget 2024 va permettre au gouvernement de transition de restaurer l’intégrité du territoire et gérer la crise humanitaire. Pour montrer toute sa détermination à rendre ces objectifs réalistes, le gouvernement a sollicité, auprès des députés, une hausse conséquente du budget alloué aux secteurs de la défense et de la sécurité. Les députés ont accédé à cette requête gouvernementale en faisant passer le taux du budget défense-sécurité de 12,49% en 2016 à 20,27% en 2022, puis à 28,42% en 2023, pour se situer à 29,49% en 2024, soit environ un montant de 960 milliards FCFA en 2024. « L’insécurité que vit le Burkina Faso affecte toute l’activité économique du pays, et l’objectif du budget-sécurité est de sortir rapidement de cette situation », a martelé le ministre, sur les antennes de la Télévision nationale. Les 960 milliards FCFA devront permettre de prendre en compte certaines urgences telles que la prise en charge des VDP qui va passer de 60.000 FCFA, en 2023, à 80.000 FCFA en janvier 2024. Ce budget permettra également de se doter d’armes sophistiquées et de construire de nouvelles casernes pour les 25 Bataillons d’intervention rapide (BIR) et les 12 Groupements d’unités mobiles d’intervention (GUMI) de la Police nationale, déployés sur l’ensemble du territoire national. Sans oublier la formation des gendarmes auxiliaires, etc. o

Ambéternifa Crépin SOMDA

Encadré 1

Budget défense-sécurité de 2020 à 2024

Budget défense-sécurité

Taux

Montant (en milliards FCFA)

2020

18,19%

344,203

2021

20,22

426,83

2022

20,27%

416

2023

28,42%

600

2024

29,49%

960

Encadré 2

Le gouvernement ne doit pas trop tirer sur la corde…

Avec le président de la Transition, le Capitaine Ibrahim Traoré, la souveraineté nationale est non négociable ; d’où le tout militaire. Une stratégie qui enregistre des résultats tangibles, en témoignent ces attaques terroristes que l’armée burkinabè est arrivée à repousser, grâce aux drones qui sont rentrés dans leur phase décisive sous son magistère. Ces drones ont mis en déroute plus de 3.000 terroristes, selon le gouvernement, qui ont tenté de prendre le détachement militaire de Djibo, ville située à 240 km de la capitale, le 26 novembre 2023. Ces drones nous évitent aujourd’hui les scénarios de Nassoumbou et de Tanwalbougou, où des camps militaires sont tombés, avec des drames. Toutefois, il faudra, à un moment donné, revoir cette stratégie de tout militaire, car elle engendre d’énormes sacrifices financiers de la part des Burkinabè. La crise sécuritaire, la Covid-19, la crise ukrainienne, l’inflation des prix des produits de première nécessité pèsent énormément sur le quotidien des Burkinabè. Les entreprises ploient sous le coup des taxes et impôts et les contribuables burkinabè ne sont pas en reste. Le panier de la ménagère se rétrécit chaque jour sans lueur d’espoir. A travers l’effort de guerre, les Burkinabè prouvent qu’ils veulent la fin de cette guerre, mais jusqu’à quand ? Le gouvernement de  transition ne doit pas trop tirer sur la confiance, que dise-je, sur la corde déjà fragile.

 

Encadré 3

Allocation budgétaire des secteurs sociaux en 2024

Secteur

Taux

Montant (en milliards FCFA)

Santé

11,90%

330,6

Education

26,26%

700

Monde rural

5,0%

137,7

Humanitaire

1,8%

49,9

Source : Budget exercice 2024

Encadré 4

La nomenclature budgétaire a changé ?

Depuis la première attaque terroriste, le 9 octobre 2015, à Samorogouan (région des Hauts-Bassins), les allocations budgétaires ont connu une profonde mutation. Et pour cause, les secteurs sociaux ont été relégués au second plan, au profit de la sécurité et de la défense. Les gouvernements successifs ont changé la nomenclature budgétaire pour donner plus de moyens financiers à la Sécurité et la Défense. o

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