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Agriculture 2024: une année, des défis

• De nouvelles armes contre l’insécurité alimentaire

• La traque de plus de 11 milliards FCFA de tracteurs

• Jacob Sanou ou la preuve de la production du blé au Burkina

Avec 5. 246 405 tonnes de céréales, le Burkina Faso a augmenté de 4% sa production par rapport à l’année dernière, mais devrait encore combler un déficit de 600.000 tonnes. (Ph: YS)

600.000 tonnes. C’est le déficit céréalier que devrait connaitre le Burkina Faso cette année. Pourtant, la saison a été bonne. « Malgré les caprices pluviométriques qui ont jalonné la campagne agricole humide 2023-2024 et ce, en dépit de la situation sécuritaire difficile dans certaines localités, les efforts conjugués de tous permettent d’annoncer une production céréalière attendue de 5.246.405 tonnes », a indiqué le ministre en charge de l’agriculture, Ismaël Sombié, à l’ouverture du CASEM de son département, le 21 décembre 2023.  Ces chiffres révèlent une augmentation de 4 % par rapport à l’année 2022. En attendant que le bilan définitif et officiel de la saison agricole vienne confirmer ces résultats, on peut dire qu’ils sont le fruit d’une synergie de choix et de mesures stratégiques.

L’IPPA : la touche présidentielle

L’Initiative présidentielle pour la production agricole (IPPA) 2023-2024 a été adoptée en Conseil des ministres du 31 mai 2023. Cette initiative d’un coût de plus de 22 milliards FCFA comprend trois composantes. La première composante est l’Initiative d’urgence pour l’intensification de la riziculture, qui devait concerner 4.000 hectares. La deuxième composante est le Programme alimentaire militaire du Burkina, qui va mobiliser 3.500 hectares, et la composante 3, la Production de défense de la patrie contre l’insécurité alimentaire, qui va concerner aussi 3.500 hectares. Cette initiative présidentielle a mobilisé plus de 1.000 militaires, plus de 2.000 volontaires pour la défense de la patrie (VDP) et plus de 4.000 personnes déplacées internes (PDI).

Cette volonté du chef de l’Etat, portée par le Bureau national des grands projets, une structure rattachée à la Présidence du Faso, devait permettre une production d’environ 190.000 tonnes de céréales et de légumes sur plus de 11 000 hectares. « L’objectif principal de l’Initiative est de 190.000 tonnes pour la première année.  Pour l’hivernage, on s’attend au minimum à 60.000 tonnes pour les céréales, 5.000 tonnes pour les tubercules et 5.000 tonnes pour les proténo-oléagineux. La production va se poursuivre au cours de la contre-saison pour les légumes. L’objectif sera atteint, car les rendements au niveau de la culture maraîchère sont très élevés », précise Dr Abdourasmane Kadougoudio Konaté, Coordonnateur de l’IPPA 2023-2024. La principale caractéristique de l’Initiative présidentielle : elle s’occupe des parcelles abandonnées qu’elle sécurise et fait produire.  Il s’agit donc d’une production complémentaire qui a consisté à utiliser les terres qui ne sont pas utilisées présentement, produire sur ces terres dans le but de faire une production complémentaire à la production du ministère de l’Agriculture. Au départ, l’objectif était d’emblaver 11.000 hectares, mais avec l’engouement, la barre des 14.000 hectares a été franchie. Du coup, le budget prévu a été aussi largement dépassé.

Pour la deuxième année, il est prévu 10.000 hectares d’agriculture intelligente à Samandéni. Il s’agira de mettre en place une grande parcelle de production pour le compte de l’Etat et y diriger les jeunes diplômés, dans des espaces cloisonnés. Les machines passeront faire le travail qui leur est dévolu pour chaque jeune installé.  Au niveau des barrages, il y aura l’aménagement de périmètres complémentaires pour avoir plus de superficies et appuyer la production agricole, en utilisant des variétés améliorées de la recherche qui sont mieux adaptées à l’écosystème, avec des rendements intéressants. Des trieuses optiques seront également installées pour écarter tout ce qui est déchet dans le riz local, afin de le rendre compétitif sur le marché.

L’offensive agropastorale : l’opération commando ?

« Offensive agropastorale et halieutique 2023-2025 ». C’est le nouveau référentiel de l’agriculture Burkina Faso, adopté le 30 août 2023, en Conseil des ministres, pour parvenir à la souveraineté alimentaire et faire du secteur agricole un levier de développement et de créations d’emplois. « Ce plan opérationnel constitue un cadre de programmation d’actions prioritaires émanant de l’action des multiples acteurs et instruments de la Transition en matière d’agriculture et d’élevage, pour assurer la souveraineté alimentaire dans notre pays », indique le gouvernement.

Son coût est estimé à 592 milliards FCFA, et sera financé à hauteur de 46% par des ressources publiques et 54% par le secteur privé.

L’offensive se décline en ces initiatives : produire un million de tonnes de riz paddy, produire un million de tonnes de maïs annuellement, renouveler 15% des superficies de vergers de manguiers, créer deux zones pastorales de référence dans les régions du Centre-Sud et du Centre-Est, relancer la production de blé sur au moins 1500 hectares, relancer la filière avicole et la production de petits ruminants et faire passer la production de poisson à un million de tonnes d’ici 2025. Il est attendu la création d’au moins 100.000 emplois. Les activités et des initiatives majeures planifiées pour l’année 2024 devraient permettre d’atteindre 6.363.000 tonnes de production céréalière, à l’issue de la campagne agricole 2024-2025.o

  Moumouni SIMPORE

 

Encadré

Jacob Sanou ou la preuve de la production du blé au Burkina

Jacob Sanou aura consacré plus de 40 années de sa vie au blé. (Ph: Yvan SAMA)

«J’ai failli me faire lyncher en 1992, lorsque j’ai souligné que le Burkina n’allait pas échapper à la production de blé ». De 1992 à 2023, une trentaine d’années se sont écoulées, mais l’homme a tenu mordicus. Si la culture du blé devient une réalité au Burkina Faso, le pays doit une fière chandelle à Jacob Sanou. Ce Directeur de recherche en agronomie, génétique et amélioration des plantes a consacré toute sa vie à trouver des réponses pour faciliter la culture de la graminée dans son pays, convaincu que : « On ne peut pas être dans un pays agricole et importer ce que l’on mange ». Les premières tentatives de production intervenues entre 1975 et 1980 se sont soldées par un échec.

Une dizaine d’années plus tard, il s’est jeté à nouveau dans l’eau. «De 1986 à 1992, les efforts que nous avons faits n’ont pas porté, parce que produire du blé au Sahel, personne n’y croyait. Beaucoup se disaient que c’est une culture pour les pays riches et que nous n’avons pas les moyens », se souvient-il. Il n’en démord pas pour autant. Profitant d’un programme de recherche sur une céréale, il intègre le blé. Ce stratagème lui permet de poursuivre ses travaux, mais surtout d’aboutir à des résultats : les sols, la période et des variétés ont été identifiés. Les sols qui peuvent produire le maïs peuvent également produire le blé. La production doit se faire en saison sèche, car le blé a besoin d’une température comprise entre 22 et 27°. Le Kanz et l’Achtar sont les deux variétés qui sortent du lot, avec un cycle de 90 jours pour le premier et 80 jours pour le second, avec un rendement respectif de 07 et 04 tonnes à l’hectare.

Dr Jacob Sanou, aujourd’hui responsable de la section maïs-blé-plantes émergentes de l’INERA/Farako-Bâ, aura passé près de 40 ans à travailler sur la semence de blé, personne ne croyait à la réussite de la production de cette spéculation dans un pays sahélien comme le Burkina. Il voit aujourd’hui ses efforts couronnés non seulement avec la volonté du gouvernement de lancer la production à grande échelle du blé, mais également son association au projet.

Une convention a été signée en mars 2023, entre le ministère de l’Agriculture, des Ressources animales et halieutiques et l’Institut de l’environnement et de recherches agricoles (INERA), sur la production de semences de blé. Dans le cadre de ce nouveau partenariat, les chercheurs de l’INERA s’engagent à mettre, dans un premier temps, 10 tonnes de semences à la disposition du ministère de l’Agriculture, au profit des agriculteurs, car 1 500 hectares sont prévus pour la production du blé, dans le cadre de l’offensive agropastorale. Et qui pour conduire ce partenariat ?

Dr Jacob Sanou naturellement. Ce brave chercheur qui peut donc s’exclamer, comme le journaliste français, Thierry Roland, alors au micro, le 12 juillet 1998, lorsque la France a remporté la Coupe du monde de football pour la première fois, ne s’est pas retenu : « C’est superbe ! Je crois qu’après avoir vu ça, on peut mourir tranquille ! Enfin, le plus tard possible quand même, mais on peut ! ».

Filet

Le recouvrement des créances de la SONATER

Le Conseil des ministres du 5 novembre 2023 a instruit les ministres chargés du dossier sur les créances de la Société nationale d’aménagement des terres et de l’équipement rural (SONATER) relatives à la vente d’équipements agricoles, de prendre des mesures vigoureuses en vue du recouvrement total dans les meilleurs délais des différentes créances. Dans le cadre de la promotion de la mécanisation au Burkina Faso, faut-il le rappeler, l’Etat a créé, en 2008, le Projet de développement de la mécanisation agricole et de soutien au secteur hydraulique (PDMA-SSH), mis en œuvre par la SONATER. La cession d’équipements agricoles à crédit aux structures publiques, aux organisations professionnelles et à des particuliers a engendré des créances pour la SONATER qui éprouve d’énormes difficultés pour leur recouvrement.

Les ventes à crédit enregistrées dans le cadre de la mise en œuvre du PDMA-SSH se chiffrent à 4.124.899.039 FCFA pour des créances d’un montant de 497.897.497 FCFA. Pour ce qui concerne le montant des créances liées à la vente des équipements agricoles par la SONATER, il s’élève à 3.563.484 600 FCFA. En plus des créances clients, il faut ajouter les créances Etat qui représentent le montant des subventions à la vente des équipements agricoles issus des opérations de 2019 et 2021. Ce montant cumulé s’élève à 7.536.988.665 FCFA. Les créances de la SONATER se chiffrent à 11.598.370.762 FCFA, dont 4.061.382.097 FCFA, au titre des créances clients, et 7.536.988.665 FCFA, au titre de la subvention de l’Etat.

La SONATER a entrepris des actions auprès des organisations professionnelles agricoles pour diligenter le paiement de leurs créances. Le ministère de l’Agriculture a prévu une retenue à la source sur les subventions annuelles allouées aux organisations professionnelles à concurrence du montant de leurs créances respectives au profit de la SONATER. La liste des particuliers débiteurs devrait être publiée à l’échéance du délai à eux fixé pour s’acquitter de leur dette, et en collaboration avec le ministère en charge de l’économie et des finances, des retenues à la solde pour les agents publics débiteurs seront opérées.  La SONATER va également réaliser les garanties fournies par les clients et au besoin, ouvrira des procédures judiciaires à l’encontre de ses débiteurs.

 

Encadré 2

Débiteurs et montants des créances de la SONATER

Débiteurs

Créances du Projet de développement de la mécanisation agricole et de soutien au secteur hydraulique (PDMA-SSH) entre 2008 et 2015.

Créances liées à la vente des équipements agricoles par la SONATER

Subventions à la vente des équipements agricoles issus des opérations de 2019 et 2021

Union nationale des producteurs de coton du Burkina (UNPCB),

126 475 583 FCFA

2 508 200 000 FCFA

Table filière banane (TFB),

30 461 266 FCFA

Particuliers

212 473 206 FCFA

Anciens députés et ministres

128 487 442 FCFA

Direction générale des aménagements agro-pastoraux et du développement de l’irrigation

104 752 600 FCFA

Union nationale des producteurs semenciers du Burkina (UNPSB),

485 391 250 FCFA

Chambre nationale d’agriculture

194 103 000 FCFA

Programme de renforcement de la mécanisation agricole.

259 585 750 FCFA

Etat

7 536 988 665 FCFA

Total

497 897 497 FCFA

3 563 484 600 FCFA

7 536 988 665 FCFA

           

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