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Education financière: « Nous avons touché 140 000 personnes par les canaux digitaux », Kaongo Wilfried Séraphin Kientega, Coordonnateur du PAIF-PME

Le eTrésor, eDouane, l’OQSF, le SiG CNSS-CARFO, la digitalisation du paiement des pensions CNSS-CARFO et on en passe. Au cours de ces cinq dernières années, le Projet d’appui à l’inclusion financière et à l’accès au financement des petites et moyennes entreprises (PAIF-PME) aura été de toutes les batailles dans l’accompagnement de différents acteurs dans la dématérialisation des paiements divers et l’accompagnement des PME dans l’accès aux financements. Le Projet aura été surtout un acteur de premier plan de l’éducation financière par les canaux digitaux.  Si bien que pas moins de 140 000 personnes ont été touchées via ces canaux, comme se félicite le Coordonnateur, Kaongo Wilfried Séraphin Kientega, dans un entretien qu’il nous a accordé le 4 janvier 2024. Un entretien au cours duquel bien d’autres aspects du Projet ont été abordés, comme la suite de son exécution.

 

L’Economiste du Faso: On vous a vu sur beaucoup de fronts en 2023, dites-nous quelle a été votre plus grande satisfaction pour cette année ?

Kaongo Wilfried Séraphin Kientega, coordonnateur PAIF-PME:  Je pense qu’en termes de satisfaction, on peut noter au moins quatre éléments. Ce sont, par exemple, au titre de la première composante du projet concernant la digitalisation des paiements gouvernementaux, à travers notre appui, d’abord à la Direction générale du Trésor, à la Direction générale des Douanes, à la Direction générale de la CNSS et à la Direction générale de la CARFO.  Comme résultat tangible qui nous donne motif de satisfaction, il y a, au niveau de la  CNSS et au niveau de la  CARFO, des pensionnés dont la plupart ont aujourd’hui la possibilité de recevoir les pensions à travers les canaux digitaux. Ces canaux, comme vous le savez, permettent de bénéficier de beaucoup d’avantages, notamment, le gain de temps, la réduction des risques de perte d’argent que l’on pourrait avoir, des déplacements des pensionnés, etc. Tous ces éléments mis ensemble nous permettent de dire qu’on a un résultat tangible et important.

 

L’OQSF ; eDouane ; SiG CNSS ; Digitalisation CNSS-CARFO ; SiG FAARF : dites-nous quels sont les enjeux derrière ces réalisations ?

Pour parler d’abord de eDouane, il faut juste rappeler que c’est une étape d’un grand projet de la Direction générale des Douanes ; parce que l’institution avait, dans un premier temps, ouvert la possibilité aux déclarants de faire leurs déclarations douanières en ligne. Sauf qu’une fois la déclaration faite, les gens continuaient à se déplacer physiquement pour aller payer les dettes douanières au niveau des caisses. Donc le projet est intervenu pour les accompagner et pour leur permettre d’achever un peu le processus. C’est-à-dire donner la possibilité au déclarant en douane non seulement de faire sa déclaration en ligne, mais aussi d’avoir la possibilité de payer sa taxe en ligne. Donc un tout en un. Voilà l’enjeu autour du projet eDouane.

Maintenant, pour ce qui concerne SIG FAARF qui est le système d’information et de gestion que le Fonds utilise pour gérer sa clientèle, il faut surtout voir une grande amélioration et une modernisation de l’outil de travail par notre accompagnement avec des équipements informatiques adaptés. Cela, pour permettre aux entreprises d’aller de l’avant.  Avec ce nouvel outil, à partir de janvier 2024, le FAARF va migrer toute sa gestion sur ce nouveau système d’information et de gestion. Là aussi, notre part d’accompagnement est importante.

 Pour ce qui est de l’OQSF qui est par définition l’Observatoire pour la qualité des services financiers numériques, il faut entendre par là deux choses importantes : dans un premier temps, il faut regarder tout ce qui est comme service offert avec ces nouveaux canaux et instruments digitaux.  Il est vrai que ces outils facilitent un peu la tâche avec, notamment, la réduction des délais et l’accessibilité des services financiers, mais il arrive des moments où ça ne se passe pas bien. Il peut arriver des moments où les consommateurs rencontrent des difficultés dans cette consommation des différents services financiers. Il peut même arriver que les consommateurs aient besoin de quelqu’un pour poser le problème, pour voir comment cela peut se résoudre. L›Observatoire pour la qualité des services financiers va servir de structure pérenne apte à recevoir éventuellement les plaintes que les consommateurs de services financiers viendraient à formuler, que ce soient des services bancaires, des services d’assurance, les services de monnaie mobile, etc. Voilà un peu l’enjeu derrière l’OQSF. Pour me résumer, c’est un outil pour éventuellement servir d’interface entre les producteurs de services ou les fournisseurs de services financiers et les consommateurs.

 

Là, vous être en train de nous montrer une palette importante de réalisations.

Dans le même sens donc, qu’en est-il aussi de la digitalisation CNSS-CARFO ?

 La digitalisation ! Puisqu’on utilise beaucoup de papier dans les procédures, on essaie donc de digitaliser les processus pour pouvoir aller plus vite. J’évoquais tantôt le problème du paiement de la pension. Un exemple : si je suis aujourd’hui un retraité, je me retrouve dans mon village, à 150 km de Ouagadougou.  Et à toutes les périodes indiquées pour le paiement de la pension, je dois me déplacer pour venir récupérer ma pension en ville. Il y a deux choses : vous devez prendre la route ; il y a le transport que vous devez payer. En plus de cela, il y a le temps que vous alliez y mettre, sans oublier les risques, surtout d’accident, que vous pouvez encourir. Mais avec la possibilité offerte aux pensionnés de recevoir leur paiement à travers le digital, c’est-à-dire, sur leur téléphone, je peux rester dans mon coin, on me transfère par ce canal-là ma pension. C’est dire qu’il y a un certain nombre d’avantages liés à la digitalisation des paiements et l’utilisation des canaux digitaux….

 

…..au regard de ces réalisations, peut-on dire que vous avez une grande équipe dynamique ?

 Effectivement. Ce qui se fait dans le cadre du projet est le travail d’une équipe.  Il y a d’abord l’équipe du projet, mais comme nous travaillons avec des partenaires de mise en œuvre, il y a ces partenaires-là qui sont fortement impliqués, qui se donnent à fond pour que ce qu’on a comme résultat puisse être atteint. Au-delà même du projet, vous avez donc les acteurs de mise en œuvre constitués d’équipes au sein de la CNSS, de la CARFO, du Trésor, ainsi qu’au sein de la Douane, qui se donnent à fond pour que les différents projets que nous soutenons puissent aller jusqu’au bout. Ce n’est donc pas uniquement un travail de mon équipe, c’est-à-dire l’équipe du Projet, mais d’une grande équipe, c’est l’équipe dans son entièreté, y compris les partenaires de mise en œuvre.

 

Quelles ont été les difficultés dans l’aboutissement de toutes ces réalisations ?

 Il faut dire d’abord que tout ce qui concerne les plateformes de paiement nécessite plusieurs étapes. Il y a d’abord un certain nombre d’études qui sont faites, des cahiers de charges qui sont élaborés, avant d’aller à l’étape de passation des marchés.  Donc, vous passez les marchés, vous faites l’acquisition des équipements et puis vous les installez. Dans ce processus, plus souvent, on a quand même quelques petites difficultés liées, notamment, au délai de traitement des dossiers de passation de marchés. Mais ce n’est pas seulement lié à nous, ce sont les procédures qui l’exigent. On est obligé de respecter ces procédures, d’autant plus que nous ne pouvons pas nous lever pour aller acheter un produit comme ça parce qu’on le souhaite ; parce qu’ici, il s’agit de l’argent public dont l’utilisation obéit à des règles tout comme l’argent relevant du privé obéit aussi à des règles minimales.

 

Le PAIF-PME est sur les fronts de l’inclusion financière. Mais il y a un pan qui est l’éducation financière. Qu’en est-il ?

 Nous accompagnons particulièrement en éducation financière, en accompagnant notamment, le Secrétariat technique pour la promotion de l’inclusion financière (ST-PIF). Au sein de cette structure, je crois qu’il y avait l’habitude d’organiser la formation en présentiel. Mais avec l’appui du projet, nous sommes passés à une autre étape, c’est-à-dire, aller au-delà de l’aspect éducation financière en présentiel en utilisant les différents canaux pour aller beaucoup plus loin.  Sur ce registre-là, je pense qu’on est aujourd’hui pratiquement au-delà de 140 000 personnes qu’on a pu toucher par les canaux digitaux. Mais je rappelle que nous n’avons fait qu’accompagner cette activité dont le Secrétariat technique a la charge.

 Au-delà de l’éducation financière en présentiel, qui consiste à mobiliser un certain nombre de personnes dans des grandes salles, amphithéâtres, des étudiants et fonctionnaires pour former, en utilisant les canaux digitaux, on touche plus de personnes. Mais cela ne veut pas dire que l’éducation financière en présentiel n’est pas utile, il reste un complément au digital qui donne plus de moyens, plus de possibilités de toucher le maximum de gens en un temps record.

 

D’aucuns demandent l’insertion de l’éducation financière dans les curricula, qu’en pensez-vous en tant qu’acteur avisé ?

 C’est une question très importante qui peut aller au-delà de ma personne. C’est d’ailleurs un volet très important qui est porté par la BCEAO et je pense que tous les pays de l’UEMOA sont dans la dynamique de se préparer éventuellement à intégrer l’éducation financière à la base, à partir de l’école. Mais cela n’est pas encore effectif, mais je crois que c’est un processus qui va bientôt aboutir. Je pense qu’aujourd’hui, au lieu d’attendre que les gens soient adultes pour les former, c’est une très bonne initiative que cela commence dès l’école primaire.

 Cela permettrait que tout le monde soit averti des questions d’argent, savoir, notamment, comment on utilise l’argent, comment on épargne, comment on investit, etc. C’est important de le savoir.

S’il y a un sujet qui intéresse le grand public, c’est le financement des entreprises, surtout des jeunes. C’est un pan important du PAIF-PME, qu’en est-il actuellement ?

 Le projet accorde un grand intérêt au financement des PME/PMI portées par des femmes, des jeunes et tous ceux qui sont promoteurs des technologies financières. C’est un volet important que nous avons au niveau de la composante 3 du Projet. Il vous souviendra qu’entre 2021 et 2022, nous avons organisé une première compétition de plan d’affaires sur l’ensemble du territoire national où nous avons accompagné financièrement 12 promoteurs à travers la subvention à hauteur de 300 millions de francs CFA.  

Mais au-delà de la subvention à ces 12 personnes, nous avons accompagné techniquement et renforcé les capacités d’un certain nombre de PME pour leur permettre d’être beaucoup plus rentables et compétitives. 

Nous sommes aujourd’hui en 2024, ce n’est donc plus une question de perspective, nous allons organiser très rapidement la seconde édition, d’autant plus que le Projet avait pour objectif, sur ce volet financement des PME, de financer au total 150.  Nous n’avons eu à accompagner financièrement que 12, mais nous allons, au cours de la seconde édition, atteindre l’objectif. Nous sommes donc dans cette dynamique et très bientôt, dans les jours à venir, nous procéderons au lancement de la seconde édition pour éventuellement accompagner encore les PME, les meilleures que nous aurons sélectionnées.  

12 projets financés, vous dites. Est-ce parce qu’il n’y a pas eu assez d’adhésions qu’on n’entendait plus trop parler de cette compétition, après cette première édition ?

 Il faut dire que le financement est octroyé en fonction de la qualité des dossiers. Ce n’est pas parce que vous aurez soumis un dossier que nous allons le retenir.  Pour vous dire comment ça fonctionne, un cabinet est recruté non seulement pour la campagne de la compétition, les candidats soumettent leurs candidatures, qui sont centralisés ici au projet, mais il y a un comité qui est mis en place. A l’intérieur de ce comité, vous retrouvez pratiquement toutes les parties. Le Projet est là juste, représenté par une personne, sinon le reste, ce sont des acteurs du secteur et des représentants d’autres structures pour que le résultat soit le plus transparent possible. Et c’est à la suite de leurs analyses que les résultats sont soumis aux partenaires pour observation. Si ces résultats sont jugés bons, nous organisons la cérémonie officielle de remise des prix aux lauréats. C’est vraiment un processus transparent. La campagne elle-même dure un mois, pour donner la chance aux uns et aux autres de pouvoir préparer leurs dossiers et les soumettre.

Quels sont les domaines d’activités auxquels appartiennent ces projets qui ont reçu le financement ?

 Pratiquement, tous les domaines d’activités sont financés, sauf les activités interdites par la banque.  Il y a un certain nombre d’activités, par exemple, qui ne sont pas prises en compte. C’est le cas des débits de boisson, du tabac, et d’autres.  

Les jeunes lauréats donnent-ils satisfaction ?

 Ici, je ne souhaiterais pas parler de jeunes lauréats.  Je préfère parler de lauréats, parce que la notion de jeune est un concept qui suppose qu’à partir de 35 ans, vous n’êtes plus jeune et que vous êtes supposé appartenir à une autre catégorie de personnes. Je crois que nous avons deux ou trois lauréats qui sont au-delà de 35 ans, ce qui fait que je reste un peu réservé pour ne pas dire exclusivement le financement des jeunes. D’ailleurs, parmi les lauréats, il y a aussi des femmes. Sinon, les projets de ceux-là que nous avons sélectionnés et qui sont actuellement sur le terrain nous donnent satisfaction.

  A part les financements, qu’apportez-vous aux PME ?

 Aujourd’hui, nous apportons beaucoup en termes de renforcement des capacités. A l’heure où je vous parle, avec le FAARF, par exemple, on ne compte pas le nombre de formations que nous avons administrées en régions. C’est énorme.  Nous le faisons de concert avec le ministère de l’Agriculture, pour pouvoir toucher le maximum de gens concernés, nous renforçons les capacités des différents acteurs dans différentes thématiques concernant les activités majeures du pays.  Ces formations portent, notamment, sur la gestion des relations bancaires avec les clients, des formations sur l’embouche bovine, l’agroalimentaire et la transformation, sur la gestion d’entreprise et les nouvelles techniques culturales, etc.  

 Comment travaillez-vous avec vos partenaires de mise en œuvre ? On sait qu’ils sont nombreux !

 A la date d’aujourd’hui, nous avons trois principaux groupes de partenaires : il y a les partenaires étatiques, je veux dire les structures étatiques qui bénéficient de l’appui du Projet telles que le Trésor, la CARFO, la CNSS, le FAARF ; le ST-PIF, la SOFIGIB, la DSC-SFD. Il y a l’Unité de gestion du projet UGP).  Nous avons de très bons rapports avec ces structures qui ont en leur sein, des points focaux, c’est-à-dire, des gens qui servent de relais pour assurer la planification, le suivi et l’exécution des activités appuyées par le Projet à l’intérieur.  Il y a également le partenaire technique et financier qui est la Banque mondiale. C’est un partenaire central avec lequel nous avons également une équipe de travail. Là aussi, tout se passe bien et on continue de travailler en toute symbiose pour l’atteinte des résultats du Projet.  Le troisième groupe de partenaires est composé d’autres intervenants que sont les consultants, les formateurs et tous ceux qui nous appuient.  On continue de travailler dans l’ambiance générale du pays ; parce qu’il y a des moments où on n’arrive pas à couvrir une zone dans laquelle on doit intervenir pour des raisons évidentes. Mais cela n’est pas uniquement lié à nous, ça touche tous ceux qui sont concernés. Par exemple, si vous avez une activité à dérouler dans telle zone X et on vous dit que vous ne pouvez pas y aller. Ce sont des réalités objectives auxquelles nous faisons face.

Quelles sont vos attentes pour 2024 ?

 Dans le cadre du Projet, nous avons tenu notre deuxième comité de pilotage, le 29 décembre 2023, où nous avons adopté le plan de travail du budget de 2024. C’est un programme de travail qui est collégial, qui engage toutes les parties. Ce que j›ai donc comme souhait concernant le Projet, c’est que de concert avec les différents partenaires de mise en œuvre, nous conjuguions nos efforts pour une très bonne exécution du programme d’activités qui a été établi. Nous sommes à notre 5e année d’exécution et ça veut dire qu’il faut qu’on pousse au maximum nos dernières énergies pour capter pratiquement tous les résultats qu’il faut et rentrer dans les objectifs qui étaient fixés au Projet dès le début. C’est mon souhait le plus cher.

 Vos vœux pour les Burkinabè et vos collaborateurs ?

 Le premier vœu auquel je pense, c’est la santé. Que ce soit pour mes collaborateurs ou leurs familles à qui je pense, je prie Dieu que l’année 2024 puisse être une année de santé, dans un premier temps, pour eux, parce que tout ce qu’on veut entreprendre, tant qu’on n’a pas la santé, cela devient un peu difficile.  Dans notre cas, il s’agit d’une activité à la fois économique et physique et peu importe d’ailleurs l’activité dans laquelle on veut se lancer, il faut impérativement qu’on soit en bonne santé. En dehors de nos collaborateurs, je souhaite également une bonne santé à tous les Burkinabè.  Et au-delà de la santé, je souhaite que nous puissions retrouver la paix et la sécurité d’ensemble, la sécurité totale pour le pays.o

Propos recueillis par Béranger KABRE (Collaborateur)

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