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Alida Bazié, promotrice de Arnell Fashion: la créatrice de 650 toges universitaires

Elle est véritablement une ambassadrice de la valorisation des pagnes Faso Danfani et du Koko Donda. Elle, c’est Alida Bazié, passionnée de la mode et de l’art vestimentaire. Une passion qui l’a conduite à mettre en place il y a une dizaine d’années, un atelier de styliste-modéliste dénommé Arnell Fashion. A son actif, la Burkinabè a habillé l’ancien président et ancienne gloire du football mondial, Georges Weah, le groupe Zouglou le plus titré en Côte d’Ivoire, Magic System, et de nombreux acteurs culturels burkinabè. Très connue en Afrique du Sud et en Afrique australe, son art a fini par être reconnu par l’Etat burkinabè, car elle est la créatrice des toges des enseignants-chercheurs burkinabè. Elle nous a accordé une interview, le lundi 4 mars 2024, au Journal. Lisez plutôt !

L’Economiste du Faso : Qui est Alida Bazié ?

Alida Bazié : Je suis la promotrice de la marque vestimentaire Arnell Fashion. Cela va faire plus d’une dizaine d’années que nous sommes dans le secteur de l’art vestimentaire au Burkina Faso. Arnell Fashion est spécialisée avec des matériaux locaux.

Arnell Fashion, dès sa mise en place, à commencer à utiliser les matériaux locaux et cela découle de mes formations dans le domaine et quelques voyages d’études dans le secteur en Afrique. Le constat que j’ai dégagé est que les couturiers burkinabè utilisaient plus d’autres pagnes tels que le bazin, et je trouvais que c’était un manque à gagner pour le secteur du textile pour mon pays. Et c’est à partir de ce constat que je me suis lancé dans l’utilisation des pagnes Faso Danfani et Koko Donda et les autres textiles africains provenant du continent africain. Une façon pour moi de valoriser les pagnes burkinabè et africains et permettre au secteur textile de créer des emplois, toute chose qui génère, à terme, des retombées économiques pour toute la chaîne textile.

Au fil du temps, aviez-vous remarqué que la qualité des pagnes Faso Danfani et Koko Donda a beaucoup changé ?

Il faut avouer qu’au début, les couleurs issues des pagnes Faso Danfani n’étaient pas à la hauteur et à l’attente des couturiers. Les couleurs n’étaient pas raffinées, encore moins jolies et les pagnes étaient très lourds à porter. Dans ces conditions, il était difficile de proposer des tenues de qualité à la clientèle. A part les modèles Dagara et les grands boubous qui étaient jolis avec le pagne Faso Danfani, le reste était de moindre qualité. Fort heureusement, de nos jours, la qualité est au rendez-vous, à tel point que si on ne vous dit pas que ce sont des pagnes Faso Danfani, le client ne peut pas savoir, preuve que des efforts ont été faits de part et d’autre. De nos jours, les pagnes Faso Danfani sont tissés avec des fils très fins, assortis de jolies couleurs. Cela facilite le travail des stylistes-couturiers que nous sommes, car nous pouvons faire toutes sortes de modèles. Le Koko Donda qui s’ajoute nous permet de faire plusieurs mixages en utilisant les deux matériaux pour proposer à la clientèle quelque chose de qualité et joli. Ce mixage Koko Donda et pagne Faso Danfani est utilisé dans la création vestimentaire, ainsi que dans la décoration intérieure de maison.

Vous êtes plus spécialisée dans le pagne Faso Danfani ou dans les deux ?

J’excelle dans le mixage du pagne Faso Danfani et celui de Koko Donda. Mais au Burkina Faso, les gens me connaissent plus dans le vestimentaire. A contrario, dans des pays de l’Afrique de l’Est tels que l’Ouganda, je suis plus reconnue dans la décoration d’intérieure où j’utilise les matériaux locaux. Toujours dans ce pays, j’ai eu un contrat avec un hôtel de la place où j’ai fait des couettes à base de Faso Danfani et Koko Donda.

Comment arrivez-vous à vous approvisionner en pagne Faso Danfani et Koko Donda ?

En 2018, j’étais en Guinée Conakry et j’ai vu qu’il y avait un Faso Danfani très fin et léger, mais la teinture n’était pas de qualité. J’ai envoyé quelques motifs au Burkina Faso et sollicité des femmes tisserands de me tisser de tels modèles. Aussi, il m’arrive de prendre des motifs burkinabè et demander aux femmes de reproduire le même modèle. Une fois, j’ai cousu une tenue pour un client et celui-ci, en retour, me demande si le pagne était tissé à la main, tellement la qualité y était. Dans la qualité des pagnes au modèle Faso Danfani, la Guinée-Bissau est en avance où les tisserands le font avec de jolis motifs. Je suis exigeante en matière de couleur et de teinture. De fois, je reçois des pagnes mais si cela ne répond pas aux normes voulues, je récupère pour empêcher que les tisseuses mettent ces pagnes sur le marché et je refuse de les utiliser pour la confection. Sur 10 pagnes, nous pouvons nous retrouver avec 3 qui ne sont pas de qualité. C’est une perte financière, mais c’est ce que je m’exige pour satisfaire le client.

Comment faire pour améliorer la qualité de la teinture ?

Il faut les encourager à utiliser la même quantité de teinture sur tous les pagnes. Elles veulent souvent économiser sur la teinture qu’elles trouvent chère. Je travaille plus avec les femmes qui sont dans le tissage et dans la teinture mais pas de structures spécifiques. Pour le projet des toges, il fallait limiter le nombre de tisserands pour éviter qu’on ne retrouve le pagne sur le marché local ou avec un autre client.

Comment aviez-vous été choisie pour confectionner les toges en Faso Danfani pour les enseignants-chercheurs et les chercheurs des institutions d’enseignement supérieur et de recherche ?

J’ai été sélectionnée sur la base d’un concours initié par le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique et de l’Innovation (MERSI). Mais avant ce concours, j’avais déjà fait des toges pour l’Académie nationale des Sciences, des Arts et des Lettres du Burkina Faso. Je ne communique pas beaucoup sur mes réalisations.

Une fois sélectionnée, quelles sont les dispositions intellectuelles qu’on prend pour proposer de telles toges ? 

Avec la passion, tout est possible en matière de création. C’est vrai, une fois que le produit est livré, après, on se demande intérieurement comment j’ai fait ? Beaucoup de nuits blanches sans sommeil, le stress, l’angoisse qu’on arrive à être à la hauteur des attentes du client. J’ai mis beaucoup de pression sur mon équipe mais aujourd’hui, ils sont tous fiers du travail que nous avons abattu ensemble. Une anecdote, c’est le jour de la cérémonie du port des toges à l’Université Joseph Ki- Zerbo que je me suis rendu compte de l’énormité du travail abattu.

La couleur des toges proposée a-t-elle été imposée ?

Non. Mais il y avait quelques caractéristiques pour confectionner la toge, à savoir faire une tenue avec des matériaux locaux, faire ressortir les grades. Une fois ces caractéristiques respectées, il faut maintenant ajouter l’inspiration du styliste. Avec la toge de l’Académie, elle avait son logo et sa couleur, cela m’a facilité la tâche. Lorsqu’une structure me propose la confection de ses tenues, je regarde les couleurs de l’entreprise, leur objectif : je crée d’abord les couleurs du pagne et j’évite de créer des couleurs qui existent déjà. Le pagne, la couleur et le modèle et j’apporte ma touche et ma sensibilité africaine pour la finition.

Vous avez pu habiller combien à ce jour ?

650 toges confectionnées en moins de 4 mois (tissage plus la confection).

Et qu’en est-il des retombées financières ?

(Rires !!!) Quelques millions FCFA en retour (rires !!!!)

Et le prix d’une seule toge confectionnée ?

C’étaient des commandes groupées. Beaucoup d’établissements privés m’ont sollicité pour avoir les mêmes toges, mais il faut signaler que la toge des enseignants-chercheurs est protégée par le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique et de l’Innovation. Le pagne et le modèle sont protégés. Je n’ai pas le droit de reproduire la même chose pour un autre client. Je peux juste proposer autre pagne et autre modèle.

Interview réalisée par la Rédaction et retranscrite par ACS

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