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Engrais subventionné pour des producteurs agricoles de la région de l’Est: ses agents publics poursuivis pour des faits de détournements

• Le Directeur régional de l’Agriculture entendu

• Vente au-dessus du prix conventionnel

• Et spéculation comme mode opératoire

Tout est parti d’une dénonciation anonyme en date du 12 février 2024. Le citoyen dont le comportement doit inspirer ses compatriotes portait à la connaissance du Service régional de la police judiciaire de l’Est de ce que l’engrais subventionné, destiné aux producteurs, était détourné à d’autres fins. Sous la houlette du Parquet près le Tribunal de Grande instance de Fada N’Gourma, les enquêteurs ont mené des investigations et interpellé plusieurs personnes. Celles à l’encontre desquelles il existe un faisceau d’indices concordants, graves, rendant vraisemblable leur participation à la commission d’une infraction ont été déférées devant le Procureur du Faso, qui a engagé un réquisitoire introductif contre 21 personnes. Le juge d’instruction ainsi saisi travaille à élucider l’affaire.

Les faits

De l’engrais subventionné par les pouvoirs publics a été acheminé à la région de l’Est pour y être vendu à un prix fixé à 12.000 FCFA le sac. Ça, c’est la norme établie. Des acteurs n’en ont cure, ils veulent faire des affaires lucratives. Donc, ils mettent en place des pratiques illicites. La première consiste à revendre l’engrais aux producteurs à un prix autre que celui subventionné. Naturellement, au-dessus du prix plancher, l’objectif  étant de faire des plus-values. Inutile de préciser que le surplus ne va pas au Trésor public mais plutôt dans le patrimoine de ces entrepreneurs.  Par ailleurs, l’engrais subventionné est volontairement stocké, pour qu’une fois la période de subvention écoulée, il puisse être revendu, cette fois-ci à des commerçants. Les dividendes issus de ce commerce illicite sont aussi distribués.  Une ONG de renommée mondiale, souhaitant appuyer les producteurs agricoles, est passée par une association locale qui devrait acquérir de l’engrais. C’est l’engrais stocké qui leur aurait été vendu. Le montant de cette transaction s’élevait à plus de 30.000.000 FCFA. Ni l’ONG, ni l’association n’ont commis d’infractions.

Personnes soupçonnées et infractions retenues par le Procureur du Faso

Tous sont présumés innocents jusqu’à ce que leur culpabilité soit établie. 10 agents du ministère de l’Agriculture et huit commerçants ont été interrogés par l’Unité de police judiciaire. Le Directeur de l’Agriculture de la région de l’Est et le Directeur provincial de l’Agriculture du Komandjari ont été entendus dans la procédure. Le Parquet entend les poursuivre, car estimant qu’il existe des charges à leur encontre. Le ministère public les poursuit, entre autres, pour des faits de détournements de biens publics, complicité de biens publics, blanchiment de capitaux, complicité de blanchiment de capitaux, faux et usage de faux, enrichissement illicite, spéculation illicite, conflit d’intérêt et recel.

Les investigations ont permis la saisie de près de 37 tonnes d’engrais (36 tonnes + 15 sacs) emballés dans des sacs d’une valeur de 22.050.000 FCFA selon le prix actuel du marché, et une somme de 18.440.000 FCFA, saisie entre les mains des agents, ce, d’après les informations fournies par la police.

Martin SAMA

Encadré

Besoins en engrais: près d’un million de tonnes, selon la CAIMA

La disponibilité de l’engrais a rarement suscité des frayeurs à l’orée d’une campagne agricole, comme ce fut le cas pour la saison 2022-2023. Si la crise de Covid-19 avait déjà fait grimper les prix en 2021, la guerre Russie-Ukraine a fait disparaitre l’engrais de la circulation. Malgré tout, la Centrale d’approvisionnement d’intrants et de matériel agricole (CAIMA) n’a eu de cesse d’engager des démarches pour mettre l’engrais à la disposition des producteurs. Selon son Directeur général, Passam Manégré Zida, annuellement, les besoins réels du Burkina Faso tournent autour d’un million de tonnes d’engrais, mais les producteurs utilisent, en réalité, 300.000 tonnes d’engrais par an. De ces 300.000 tonnes, la CAIMA a un plan d’approvisionnement de 168 000 tonnes.

La crise liée à la Covid-19 a presque fait doubler le prix des engrais. La tonne qui était de 300.000 à 350.000 FCFA est passée à 700.000 FCFA.

La vente à prix subventionné permet aux paysans de mieux préparer leurs saisons et de garantir de bons rendements agricoles.

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