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Guide touristique: un métier à la peine

• Confronté à l’insécurité au Sahel

• Hauts-Bassins et Cascades, les destinations privilégiées

• Nécessité d’entretenir les sites

L’insécurité fait des victimes parmi les populations civiles, les Forces de défense et de sécurité (FDS) et les volontaires pour la défense de la patrie (VDP). En plus de ces victimes humaines, le terrorisme met également en danger certaines professions qui nourrissaient pourtant très bien leurs hommes.

Rodrigue Nonguierma alias Didi. (DR)

Le métier de guide touristique fait actuellement les frais de l’insécurité dans laquelle le Burkina Faso est plongé près d’une décennie maintenant. A Dori, chef-lieu de la région du Sahel, ils sont nombreux à ne plus exercer de métier. Hamadou Diallo, plus connu sous le nom de Papa Diallo, est de ceux-là. Après avoir servi comme guide à des touristes étrangers qui accourraient de plusieurs localités pour contempler les merveilles de la nature au Burkina Faso, il est aujourd’hui sans emploi. « J’ai fait mon premier voyage en tant que guide touristique en 1995. Mais depuis dix ans, je suis là à ne rien faire », explique-t-il.

L’insécurité a provoqué le déplacement des populations de plusieurs villages qui abritaient pourtant des sites touristiques prisés par les occidentaux. Au Sahel, il a éteint l’activité touristique, pourtant, c’est l’une des régions qui regorgeait des sites les plus appréciés des Occidentaux. Les sept mosquées de Bani, construites par El Hadj Mohamed, le marché de Gorom-Gorom (dans l’Oudalan) qui a lieu tous les jeudis, la Rose du désert située à 12 km de la ville de Markoye, le campement de chasse de Tin-Akoff, traversé par le Béli, un affluent occidental du fleuve Niger, le marché de Déou, la mare d’Oursi étaient, entre autres, attractions touristiques du Sahel. Les spécialistes racontent que les mosquées de Bani, vues du ciel, représentent une personne en prière. « Pour aller voir le lever du Soleil à Oursi, on quittait Dori à 3h et on y arrivait peu avant 5h », se remémore encore Papa Diallo.

Depuis le début des attaques terroristes dans la région du Sahel, les sites touristiques sont inaccessibles. Les 1.082 sites touristiques que compte le pays des Hommes intègres peinent à avoir des visiteurs. Les touristes étrangers qui alimentaient principalement le secteur se font rares et le métier de guide touristique est à la peine. Selon l’Annuaire statistique national (2013-2022) du l’Institut national de la statistique et de la démographie (INSD), le Burkina a enregistré, en 2013, avant le début des attaques terroristes, 4.672 touristes venus pour le Safari. Leur nombre a drastiquement baissé en dix ans pour atteindre 775, en 2022.

La baisse de la fréquentation de ces sites entraine l’oisiveté chez les guides. « Ça fait 10 ans pratiquement qu’il n’y a plus de tourisme au Sahel. Le métier est totalement mort. On ne peut plus l’exercer. Les touristes ne viennent plus. Fini les tournées à Oursi, Tin-Akoff et Markoye », regrette Papa Diallo.

L’activité nourrissait pourtant très bien son homme. A la belle époque du tourisme, les guides se frottaient les mains. « On pouvait être rémunéré jusqu’à 50.000 FCFA par jour, lorsqu’on guidait les touristes sur les sites. Et les touristes pouvaient faire plus de dix jours au Burkina Faso », ajoute Papa Diallo. Tout cela relève désormais du passé.

Pour trouver une solution à cette baisse du tourisme récepteur, l’ONTB a décidé de promouvoir désormais le tourisme interne en incitant les Burkinabè à faire du tourisme à l’intérieur du pays. Même si cela permet de compenser le déficit des visiteurs en termes de nombre, ce n’est pas encore suffisant pour relancer le tourisme dans la région du Sahel. La région a besoin de véritables actions de sécurité pour rendre encore les sites accessibles et rassurer ceux qui voudront s’y rendre.

Autre lieu, autre réalité

Si tout semble s’arrêter au Sahel, le tourisme tourne encore un peu au Centre et dans d’autres régions du Burkina Faso. Rodrigues Nonguierma dit Didi est un guide touristique à Ouagadougou. A la belle époque du tourisme, les randonnées se faisaient de jour comme de nuit. « Lorsqu’on partait à Oursi, on pouvait faire des bivouacs dans certains villages. On y passait la nuit avec les populations avant de continuer le chemin le lendemain », témoigne-t-il. Ses activités ont presque connu un coup d’arrêt mais il ne désespère pas. Pour lui, la solution réside aussi dans la promotion du tourisme, même en cette période d’insécurité.   

« Il est vrai que le tourisme et notre métier sont en difficultés actuellement à cause de l’insécurité, mais nous devons toujours bien vendre notre pays », soutient M. Nonguierma. Le Sahel n’étant plus une destination accessible, les touristes optent désormais pour les régions des Hauts-Bassins (Bobo-Dioulasso) et des Cascades (Banfora). Ils y visitent la mare des silures sacrés de Dioulassoba, les Dômes de Fabédougou, situés à quelques kilomètres de Banfora, les Cascades de Karfiguéla, le Pic de Sindou, etc.  « Je ne gagne plus comme avant mais je remercie Dieu, parce que j’arrive encore à exercer le métier », se réjouit-il.

Ses « clients » sont des Américains, Saoudiens, Hollandais et bien d’autres nationalités. Il conçoit les circuits touristiques et les soumet à l’appréciation des touristes. « Je viens de rentrer de Banfora avec des touristes. Ils ne durent plus au Burkina comme avant, mais certains continuent quand même de venir », nous confie Rodrigue Nonguierma. Ses « derniers clients » ont séjourné pendant une semaine à Bobo-Dioulasso et à Banfora où ils ont visité les Cascades de Karfiguéla et le Pic de Sindou.

Issa SAWADOGO (Collaborateur)

 

Encadré

Nécessité d’entretenir les sites

L’insécurité n’est pas la seule difficulté du tourisme burkinabè. Le manque d’entretien des sites a toujours été soulevé depuis des années. Malgré les efforts déployés par les responsables du tourisme national, le problème reste presqu’entier. « Lors de notre récent voyage au Pic de Sindou, la voie d’accès n’était pas bien. Les touristes avaient du mal à y accéder et c’était vilain. Il est difficile pour moi de vendre dans ces conditions la destination Burkina », s’offusque Rodrigue Nonguierma.

En plus des voies d’accès, il manque des lieux de restauration pour les visiteurs. Ce qui ne permet pas de rester encore longtemps sur les lieux. « Figurez-vous que les touristes sont souvent obligés d’y aller avec leur repas. S’ils ne le font pas, ils sont obligés d’écourter la visite pour aller se restaurer », a ajouté le guide touristique national déclaré. Dans ce contexte d’insécurité, il est nécessaire, pour mieux vendre la destination Burkina, d’améliorer l’offre de services en matière de tourisme.

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