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Les espaces physiques aquatiques et l’art de les exploiter

Bassins-versants et réseau hydrographique, bases des ressources de pêche du Burkina

La formation/constitution des ressources de pêche se déroule dans les milieux aquatiques selon des processus naturels (flux/inondation essentiellement) tant que l’humain ne les a pas empêchées d’une manière ou d’une autre. Dans les milieux marins ou continentaux plus ou moins fermés, la dynamique de ces ressources sont déterminées essentiellement par des mécanismes qui les augmentent (reproduction, croissance) et ceux qui les diminuent (les morts naturelles incluant celles découlant de phénomènes non ordinaires tels que la pollution, la pêche qui est le mode de leur utilisation par l’humain). Dans les milieux aquatiques inclus dans un bassin-versant, comme c’est le cas des pêcheries au Burkina Faso, en plus des facteurs relatés précédemment, la dynamique des ressources de pêche est essentiellement tributaire des qualités du Bassin-versant d’où viennent eaux, nutriments et poissons. C’est pourquoi, les sciences conventionnelles de gestion des ressources de pêche, qui ignorent cette spécificité, y sont souvent inapplicables.

La pêche (chasse-capture) se déroule dans les mers/océans et dans toutes eaux continentales (lagunes, fleuves, lacs, mares, etc.). On distingue généralement les grandes pêcheries continentales en référence à celles qui se passent dans les grandes eaux comme les grands lacs et fleuves africains, des autres dites « petites ». Il conviendrait de considérer que les pêcheries du Burkina se classent essentiellement dans ce groupe des petites. Il est le seul des pays de l’hinterland ouest-africain à ne disposer que de petites pêcheries ; le Mali, en plus le Niger et le lac Tchad. Les espaces de pêches continentales sont relativement de forme très dendritique, et sont relativement évolutifs, étroits, peu profonds ; les petites (comme sont les pêcheries burkinabè) pouvant même disparaître à l’échelle de vie humaine. En effet, les « petites » pêcheries sont davantage caractérisées par leur caractère éphémère que par leur abondance. Les pêcheries de Mogtédo et de Nagbangré qui, dans la décennie 60, étaient tellement importantes qu’elles font partie des rares à fournir des spécimens de poisson au célèbre Museum des poissons continentaux africains de Tervuren en Belgique n’existent, significativement plus, 40 années après.

En termes de modes d’exploitation, on peut relever, entre autres, que les sciences et les techniques (océanographie, détection, navigation, etc.), développées aux cours des successifs épisodes de guerre, ont contribué à l’industrialisation et aux rendements des pêches maritimes. Des hautes technologies et éventuellement l’intelligence artificielle y sont mobilisées. L’existence de grands espaces aquatiques naturels a généré des traditions de pêche professionnelles chez les populations riveraines (Niger, Mali, Tchad, etc.)  Les sociétés anciennes du Burkina avaient adapté les modes de gestion des ressources de pêche aux réalités écologiques, socioculturelles, et économiques de leur temps. Ainsi, les activités de chasse/capture pouvaient être saisonnières, culturelles, voire cultuelles mais toujours responsables. L’exploitation contemporaine des petites pêcheries continentales reste très humaine mais la gouvernance au Burkina sera discutée au prochain article. Des textes législatifs et règlementaires sont pris pour contrôler l’exploitation des stocks de poisson. Des empoissonnements « artificiels » sont réalisés dans l’objectif d’ensemencer et/ ou amplifier les productivités piscicoles des pêcheries.

Quid de l’aquaculture

Dans l’un de ses derniers ouvrages intitulé «Managing in the next society» publié en 2002, Peter Drucker, le gourou de la GAR, qui a successivement conseillé plusieurs présidents américains, prévenait que l’aquaculture sera avec la biotechnologie les 2 prochains défis, après les TIC, pour nourrir l’humanité. En fait, alors que les autres systèmes alimentaires ont presque atteint leur limite d’exploitation et qu’il faille la biotechnologie pour repousser ces limites, l’aquaculture y est encore très loin. Les productions aquacoles peuvent encore être multipliées par un énorme nombre de fois sans atteindre ses limites.

L’aquaculture est effectuée avec des niveaux d’intensification divers, dans une (infra) structure qui peut être placée dans de l’eau ou sur terre ferme. L’eau pour l’aquaculture peut être des eaux de surface, des eaux souterraines (aquifères), des pluies, des robinets, des eaux usées municipales ou industrielles, etc. Voici ceux implémentés au Burkina. Les enclos. Il s’agit de haies-passoires retenant le poisson. La haie clôture totalement l’espace d’élevage ou en partie s’il est limité par la terre ferme. Au Burkina, l’aquaculture dans des enclos a été formellement pratiquée dans le lac de barrage de Nagbangré en 1985 et a été relancée à des innovations technologiques adaptatives de l’Ingénieur halieute Idrissa Zampaligré à partir de 2002.

Les cages. Il s’agit de cadre de toute forme, enveloppé sur toutes les faces par des nappes de filets en matières diverses. Les animaux y contenus n’ont pas accès au fond de l’eau comme dans les enclos. Des flotteurs maintiennent la structure et partant, les animaux entre 2 lames d’eau. Noter que l’ensemble d’une cage peut être quasiment sous eau (cage immergée). Les cages ont été installées formellement pour la première fois au Burkina dans le lac de barrage de la Lobi, en 1981. Elles ont été, par moments, installées dans plusieurs autres eaux de surface du pays. Elles sont d’actualité dans l’Offensive agropastorale et halieutique de la Transition politique courante. 

Les étangs. Il s’agit, au départ, de petits plans d’eau plus ou moins maîtrisés dans lesquels on élève le poisson. Ensuite, ils étaient construits soit par barrage de ruisseau ou d’eau colinéaire, soit par construction de tous les côtés dans un espace quelconque. Là, l’étang est généralement à la fois excavé et endigué mais peut être totalement excavé ou totalement endigué (étang hors sol). La technique d’aquaculture en étang a été et est encore la plus développée dans le monde, mais les silos, les raceways (installés à Bodjadougou en 1981), et les « tanks» ont progressivement été des alternatives à travers le monde. Les étangs ont été formellement installés au Burkina dans les années 50, dans la province de la Comoé. Des investissements aquacoles étatiques ont été jusqu’à une période récente, abondamment orientés vers les étangs.

Les «tanks». Ce terme des anglophones regroupe tous les récipients utilisés comme aquarium que les francophones désignent par bassins ou bacs. Ils peuvent être confectionnés avec diverses matières tels le ciment, FRP, le bois, le plastique, l’argile, la bâche, etc., avec ou sans cadre. Depuis moins d’une vingtaine d’années, certains francophones leur collent systématiquement le qualificatif « hors-sol » quoiqu’il n’y ait aucun intérêt à les enterrer. La «tank culture» a le vent en poupe depuis 2010 au Burkina Faso, avec l’avènement de l’utilisation aquacole des eaux souterraines.

Les systèmes intégrés agriculture-aquaculture.  Il s’agit des cas où l’aquaculture est associée de manière plus ou moins directe ou fusionnelle à d’autres activités, qu’elles soient agricoles, pastorales, sylvicoles. Ils auraient débuté il y a plus de 4000 ans avec les asiatiques qui introduisaient des poissons dans leur parcelles de riz. La plus sophistiquée sans être la plus récente est l’aquaponie. Au Burkina, des canards ont été élevés sur des hangars montés au-dessus des étangs, en 1990. Depuis lors, plusieurs autres expériences avec des poules, des porcs, de légumes sont entreprises.

Bouda SANA

Encadré

La gamme des systèmes de production aquacole présente une variété considérable et un nombre très élevé de degrés de liberté pour leur mise en œuvre. Tout l’art de l’aquaculture consiste à mettre en œuvre le « bon » système dans le « bon » environnement pour assurer la durabilité (économique, sociale, écologique) de l’activité.

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