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Aquaculture: les défis et les enjeux pour jouir durablement de la pêche

Bouda SANA

Comme nous l’avons montré précédemment, en pêche comme en aquaculture, les choses, tout au moins les ressources, sont effectivement « dans l’eau », donc plus ou moins invisibles (à l’œil nu). Les défis et les enjeux pour en jouir durablement (des points de vue économique, social et écologique, dans un contexte de changement climatique) vont donc au-delà de ceux concernant les ressources visibles, ne serait-ce que parce qu’il faut déjà réussir à comprendre et suive les quantités courantes et les évolutions de ces ressources-là.

Dans cet article, nous introduirons une analyse sous les angles des connaissances, des savoirs pour les exploiter, de la gouvernance et notamment, des économies.

Nous avions précédemment relevé les spécificités fondamentales des pêcheries burkinabè, spécificités qui sont suffisantes pour  sortir ces pêcheries du domaine d’application des sciences classiques d’évaluation et de gestion des stocks. Rappelons l’étroitesse, la courte durée de vie, la morphométrie dendritique/disséminée, des espaces aquatiques, ainsi que leur intense relation ombilicale avec leur bassin-versant. En vérité, pour ces pêcheries-ci, il est plus rationnel de considérer le concept anglo-saxon de «forestry». La «forestry» qui est proche des «eaux et forêts» des francophones, indique un espace physique terrestre et/ou aquatique délimité, qui porte des ressources végétales et animales, qui peuvent être d’un intérêt quelconque, pastoral, cynégétique, apicole, services divers… et halieutique, pour l’humain.  Autrement dit, à la différence des pêcheries maritimes ou des grandes-pêcheries (lac Malawi), une pêcherie du Burkina n’est qu’un « organe » de l’«appareil» Forestry. Ajoutons à ceci, le caractère socioéconomique, voire social, plutôt qu’économique des pêches burkinabè, qui découle essentiellement de leur caractère dendritique/disséminé.

Croquis d’une station d’étangs alimentés à partir d’un lac de barrage à l’aide de siphons (source FAO)

En termes de connaissance des ressources des pêches burkinabé et partant, le développement des savoirs et de l’organisation pour leurs utilisations durables, les efforts d’enseignements et de recherches pour le développement de la pêche au Burkina gagneraient plutôt à être orientés vers des thématiques comme la CES/DRS des berges, à défaut de celle des bassin-versants, l’anthropologie et la socio-économie des populations riveraines des espaces aquatiques. Ces aspects affectent, en effet, profondément, la durée de vie des espaces physiques aquatiques et davantage les dynamiques des ressources de pêche. J’ai à ce sujet observé que le cadre étatique des pêches qui a le plus réussi sa fonction de gestionnaire de la pêcherie de Kompienga est M. Yacouba Ouédraogo, un diplômé d’halieutique qui a eu l’inspiration de faire en sus, un Master en sociologie. Un cadre institutionnel plus efficace pour la gestion des ressources naturelles, en général, et celles de la pêche, en particulier, est nécessaire.

En termes d’aménagements des pêches, des investissements énormes sont orientés vers des empoissonnements systématiques des pêcheries et des mesures de fermeture temporaire des activités de pêche.  Déverser des quantités énormes de sujets juvéniles de poisson dans les eaux, dans l’espoir d’amplifier le disponible  pour les captures ultérieures par les pêcheurs, est la raison des opérations d’empoissonnement. Seulement, ceci n’est effectif que dans des conditions précises qui sont rares dans les pêcheries burkinabè. C’est le résultat des recherches menées dans le cadre des 2 plus gros projets de coopération technique en matière de pêche et d’aquaculture du Burkina Faso jusqu’en 2004. En effet, le « VPH », avec l’appui de l’Union européenne, puis le «GPSO», avec l’appui de l’Allemagne, avaient chaque fois dans leur planification initiale, retenu les empoissonnements systématiques des pêcheries comme activités-phares. Mais ces empoissonnements ont été chaque fois bannis par les revues à mi-parcours, car chaque fois avérés impertinents (les sujets déversés servent de « festin d’un jour » aux poissons, reptiles et batraciens résidents).  Ces expériences, capitalisées et partagées, servent au niveau international, mais manifestement pas au Burkina Faso même.  D’énormes fonds y ont été consacrés dans la période 2015-2020 et mieux, le Discours de politique générale du Premier ministre Zerbo avait annoncé un avenir plus radieux des « empoissonnements systématiques » pour la période 2021-2025.  La fermeture temporaire de la pêche consiste à interdire les activités de capture à une période définie, dans le but de donner des chances aux stocks de poissons d’échapper à l’extermination et/ou de se reconstituer. Seulement, il faut que la période soit celle la plus biologiquement cruciale pour donner les résultats les plus probants. Les périodes de fermeture souvent appliquées au Burkina n’en tiennent malheureusement pas toujours compte.

Ces insuffisances des techniques d’aménagements des pêches viendraient-elles d’une vision politique «floutée», les choses «étant dans l’eau» ou de lacunes de techniciens? Ceux-ci seraient alors moins futés que leurs devanciers, les conservateurs colons des Eaux et Forêts dont 2 bien nommés, respectivement Dubois et Deforêts. Ceux-là ont été en service dans le cantonnement des Eaux et Forêts de Diapaga dont relevait le Parc d’Arly, dans les années 1950. Eux, n’empoissonnaient que les mares isolées du réseau hydrographique qu’ils faisaient surcreuser, afin d’y visionner durant toute la saison sèche, les animaux sauvages venus s’abreuver et aussi y développer la pêche. L’empoissonnement (en fait transplantation) n’était guère répété, mais la mare restait poissonneuse tant qu’elle ne s’assèche pas. Par ailleurs, le précis d’halieutique qu’ils administraient aux soldats démobilisés et mis à leur disposition comme personnels d’exécution (gardforgo) était: «Pas de pêche durant les mois sans (la lettre) «R», celle-ci (R) est allée pour la Reproduction des poissons». Effectivement, sous réserves des effets des changements climatiques, la période la plus rationnelle d’une fermeture de 3 mois d’une pêcherie au Burkina est celle allant de mai à juillet inclus; septembre est techniquement impertinent.

En somme, il semble bien que par déficit de clairvoyance à plusieurs niveaux, la gouvernance de la pêche au Burkina à certains moments pourrait s’identifier à la 5e situation caricaturée plus haut.o

Bouda SANA

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