Société-Culture

La bibliothèque nomade «Akili mangui»

Face-o-scéno, ce n’est pas seulement une association ! C’est tout une aventure qui mérite d’être connue ! En effet, l’histoire commence en 1999 avec quatre jeunes qui avaient en partage une même passion : l’art de concevoir des décors scéniques. Malheureusement, à l’époque, le métier de la scénographie n’avait pas encore sa place au Burkina et il n’était exercé que par les réalisateurs qui portaient ainsi plusieurs casquettes. Que faire pour promouvoir cet art dans le pays et combler le vide qu’il y avait en la matière ? Pour les quatre amis, la question ne se posait pas vraiment. L’union faisant la force, ils décident de se constituer en association pour faire face à cette difficulté. D’où le nom Face-o-scéno. Tout de suite après, d’autres camarades se laissent emballer par cette idée et ils y adhèrent à leur tour. Le collectif compte alors des artistes professionnels et des techniciens du théâtre et de la scène. Il réunit toutes sortes de compétences, à savoir des peintres, des plasticiens, des menuisiers, des soudeurs, des comédiens et des conteurs qui, ensemble, font des scénographies scéniques (spectacles), des scénographies évènementielles (festivals), la location et l’installation de matériel de spectacle, etc. Ils ont participé à des activités comme Danfani Fashion Week, le festival Rendez-vous chez nous ou le FITMO (Festival international du théâtre et marionnette de Ouagadougou). C’est au cours d’une cérémonie dont ils se sont chargés du décor que nous avons fait connaissance avec l’un des membres de l’association, Toudeba Bobelle, qui présentait un de leurs projets : la bibliothèque nomade. L’idée c’est de construire sur un tricycle des meubles modulables sur lesquels seront classés les différents livres. «Comme tout le monde, nous avons constaté que de nos jours les gens n’aiment plus lire. C’est pourquoi nous avons eu cette initiative qui va nous permettre de faire le tour des écoles pour redonner le goût de la lecture aux élèves», nous avait alors expliqué le membre fondateur de l’association. Pour avoir plus d’informations sur une telle création, nous avons fait un tour dans leurs locaux sis à Gounghin, à Ouagadougou, dans la matinée du mercredi 18 juillet 2018.

«Akili mangui» ou partage de savoir en langues dioula et gourounsi
Des cubes décoratifs et autres maquettes par-ci, du matériel de spectacles et des esquisses par-là, il n’y avait pas de doute, nous étions bien dans un atelier de scénographie où nous avons été chaleureusement accueillis pour un échange à bâtons rompus avec les membres de la structure. «Nous aurions voulu que vous assistiez à une sortie dans un établissement pour constater de par vous-même l’accueil qui sera réservé à notre projet», a, d’entrée de jeu, indiqué Saïdou Ilboudo, actuel président de Face-o-scéno, qui estime que ce serait beaucoup plus crédible si c’est une tierce personne qui nous donne son sentiment sur la question. Néanmoins, il a accepté de parler du fruit de leur créativité qu’ils ont appelé «Akili mangui» qui signifie partage de savoir en langues dioula et gourounsi. Selon les explications de Toudeba Bobelle, «Akili mangui» est une initiative un peu spéciale, car elle est différente de leurs activités habituelles. «Qui parle de scénographie ; parle de livres. C’est ainsi que nous avons installé, à partir de 2010, une petite bibliothèque dans un coin de l’atelier. Les gens viennent consulter les différents ouvrages, mais on ne peut pas toujours les recevoir, puisque nous avons besoin de tranquillité pour travailler. C’est comme ça que l’idée nous est venue et on réfléchissait à sa faisabilité depuis trois ou quatre ans à peu près», a-t-il précisé.

Un projet toujours en chantier
Après avoir été sélectionné en 2017 pour le Fonds de développement culturel et touristique lancé par le ministère de la Culture, les membres de Face-o-scéno commencent la mise en œuvre du projet en janvier 2018. Il sera officiellement lancé deux mois plus tard à l’école Saint Pierre de Kouka, en présence d’autorités politiques et coutumières. «La bibliothèque n’est pas totalement prête. Nous ambitionnons d’y ajouter des enregistrements de contes. Nous devons également organiser des ateliers de formation», nous ont-ils annoncé, avant d’évoquer par la même occasion le problème de moyens. Fort heureusement, ils ont des partenaires qui reconnaissent la qualité de leur travail. C’est le cas de Samy Hadji, un belge qui a découvert l’association en 2006 lors de sa première visite au Burkina Faso dans le cadre du festival Les Récréatrâles. Impressionné par le travail de ces artistes qui essaient de ne jamais proposer deux fois la même idée, il s’est lié d’amitié avec ces jeunes. Depuis, il ne cesse de les appuyer dans la mesure de ses moyens. Actuellement au Burkina Faso, il a apporté quelques ouvrages pour le projet «Akili mangui». «J’aurais aimé en apporter plus, mais nous sommes confrontés au problème de poids des marchandises à prendre dans l’avion. Si l’association avait des soutiens politiques, nous pourrions envoyer des conteneurs de livres, parce qu’en Europe, les gens lisent, mais après ils doivent jeter les bouquins à la poubelle», a-t-il déclaré avec une pointe de regret. Dans l’histoire du théâtre, Face-o-scéno a été une initiative originale qui a inspiré des initiatives du même genre telles que Place-o-scéno au Bénin et Case-o-scéno au Togo. Comme l’a si bien dit Yssouf Yaguibou, président sortant de l’association, en 2008, l’association a été lauréate du Grand prix du théâtre francophone.

 


«Le manque de moyens limite la créativité»

Après 18 ans d’existence, le collectif n’arrive toujours pas à vivre correctement de son art. En effet, non seulement ses membres louent la maison qui abrite leur atelier, mais en plus ils arrivent difficilement à payer régulièrement le loyer. Tout ce qu’ils gagnent est injecté dans les charges quotidiennes. «Nous étions près de quarante, mais aujourd’hui, compte tenu de ces difficultés, beaucoup sont partis», ont-ils expliqué. Quand on considère le talent qu’ils ont, l’on ne peut que se poser des questions. Interrogé, le vice-président, Moumouni Ouédraogo, ne va pas tourner autour du pot: «Il y a des clients qui ne veulent pas payer». Selon ses dires, beaucoup de personnes leur doivent encore de l’argent, sans compter ceux qui demandent des partenariats, parce qu’ils ne veulent rien débourser. «Parfois, on nous demande de proposer des créations, et quand on le fait, ça reste sans suite jusqu’à ce qu’on retrouve nos idées réalisées par d’autres personnes», a indiqué le président sortant, Yssouf Yaguibou. Et d’ajouter: «Nous avons tenté de demander le soutien de certains riches de ce pays, mais c’était peine perdue. Si au moins on avait un appui en matériel de son et de lumière, ce serait un début. Hélas, nous sommes laissés à nous-mêmes et, dans ces conditions, la créativité devient difficile», a-t-il regretté.

Z.S

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