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Financement du terrorisme: par la contrebande de marchandises

La contrebande de marchandises est connue pour être une activité criminelle très lucrative dans la sous-région et qui a défié les efforts et la vigilance des autorités de répression criminelle au cours des dernières décennies. Elle alimente les groupes terroristes. C’est ce qui ressort du Rapport 2020 du Groupe intergouvernemental d’action contre le blanchiment d’argent en Afrique de l’Ouest (GIABA) sur : « Le Blanchiment de capitaux/Financement du terrorisme (BC/FT) et la contrebande de marchandises en Afrique de l’Ouest ».
Le rapport aborde les interconnexions entre le phénomène conjugué de blanchiment de capitaux/financement du terrorisme et la contrebande de marchandises en Afrique de l’Ouest au moment où la sous-région est confrontée aux difficultés d’augmentation des recettes, à la faible application des règlements de lutte contre la contrebande, et à la prolifération des armes de destruction massive.
Selon GIABA, la contrebande désigne la fraude douanière consistant à passer clandestinement, par tout moyen, des marchandises à travers la frontière douanière. Elle est présentée comme étant une menace sérieuse pour la croissance et le développement économiques. Bien que le phénomène ne soit pas nouveau, il a atteint une proportion sans précédent en termes d’ampleur et d’intensité au cours des dernières décennies.
En novembre 2011, le ministre des Finances du Bénin a reconnu que plus des trois quarts du carburant consommé dans ce pays étaient importés illégalement du Nigeria. Au Togo, qui compte 6 millions d’habitants, la barrique de 250 litres se vend 150.000 FCFA, ce qui représente une petite fortune dans un pays où environ deux tiers de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. Certains contrebandiers et dignitaires locaux ont récolté de généreuses récompenses, et des «micro-pétro-États » ont vu le jour de part et d’autre de la frontière entre le Togo et le Bénin, où « les fonctionnaires locaux sont largement indépendants de la législation nationale et de son application ». Ce carburant qui est déversé au Burkina Faso a fait l’objet d’un procès entre octobre et décembre 2021. Au fur et à mesure que les méthodes et tendances de la contrebande ont évolué, les agents des Douanes et autres agents des services frontaliers ont conçu de nouveaux modes opératoires pour lutter contre ce fléau. Mais la lutte contre la contrebande est difficile pour les pays de l’hinterland qui n’ont pas de débouchés sur la mer que sont le Burkina Faso, le Mali et le Niger. Ces pays ont des étendues de frontières non surveillées.
L’impact de la contrebande ne se limite pas seulement aux coûts socioéconomiques encourus par la région, mais concerne aussi les pertes en vies humaines subies par les agents de l’État dans l’exercice de leurs fonctions.
Les agents des Douanes qui sont le plus susceptibles d’être attaqués et de mourir sont ceux du Burkina Faso, de la Côte d’Ivoire, du Ghana, de la Guinée, du Mali, du Niger et du Nigeria. Des agents des Douanes engagés dans la lutte contre la contrebande au niveau du Burkina Faso ont été tués par des milices armées qui auraient servi de couverture à des contrebandiers.
Les contrebandiers de ces pays ont recours aux services de petites cellules terroristes et de milices pour leur assurer un passage sûr et garantir leur sécurité, si nécessaire. Au Sahel, les groupes terroristes facilitent et protègent la contrebande des biens comme les cigarettes, les drogues dures, le tramadol, etc.
Les secteurs informels alimentés par les opérations en espèces, les liens ethniques, religieux et culturels, la porosité des frontières, l’absence de gouvernance sur la plus grande partie de la longue frontière connue sous le nom de zones de contrebande et la prolifération de petites organisations criminelles et de cellules terroristes prétendant assurer la sécurité dans ces zones abandonnées ont été présentés comme les facteurs qui favorisent l’essor de la contrebande.
Synthèse de Elie KABORE

 

Encadré

Les produits concernés : pétrole, cigarettes, médicaments, cacao, bois, ivoire, or, voitures volées, etc.

Plusieurs produits sont concernés par la contrebande, dont les plus habituelles sont le cacao, le bois, l’ivoire et les produits pétroliers, qui sont introduits en contrebande le long du corridor Côte d’Ivoire, Ghana, Togo, Bénin, Nigeria et Burkina Faso. Les contrebandiers sont habituellement de personnes ordinaires, les rebelles, les terroristes et autres bandes criminelles impliquées dans les conflits armés dans la sous-région.
Les itinéraires de contrebande au Sahel servent également de voies de passage pour certaines marchandises importées, comme les cigarettes vers l’Afrique de l’Ouest, bien que les itinéraires sahéliens aient été mis à mal par l’effondrement de l’État libyen et la probabilité accrue que les marchandises entrent directement par les ports nord-africains. Le rapport note que la contrebande de pétrole et de cigarettes finance des activités terroristes dans la région.
Parmi les autres marchandises introduites en contrebande dans la région figurent des biens volés (par exemple, des véhicules à moteur) et d’autres biens contrefaits ou de qualité inférieure, des articles ménagers, des appareils électriques et des articles de luxe. Les destinations les plus prisées pour les véhicules sont le Ghana, la Gambie et le Nigeria. En 2013, le Togo, la Côte d’Ivoire, le Bénin et le Nigeria représentaient plus de 56 millions d’articles contrefaits saisis en un an, se classant parmi les 15 premiers pays du monde en termes de contrefaçon de droits de propriété intellectuelle, selon Interpol.
Si des États côtiers comme la Gambie, le Bénin et le Togo facilitent la contrebande vers les pays enclavés, le Bénin et le Togo sont en concurrence pour introduire clandestinement des véhicules au Nigeria.

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