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Cigarettes électroniques: la jeunesse, public cible au Faso

• Interdites dans plusieurs pays à cause de la nicotine

• Un produit non pris en compte dans la loi antitabac

• 47 millions FCFA de produits importés au 3e trimestre 2023

Yam Vape, Faso Vape, Uvap Faso, le vapoteur, …. Des noms que peu de parents connaissent au Burkina Faso. Il s’agit pourtant du top 5 des recherches sur google pour « vente de cigarettes électroniques » au Burkina Faso. Entré au pays, à la faveur de la loi sur la taxation des cigarettes, ce produit de substitution a trouvé preneur au pays des Hommes intègres. Son public cible, la jeunesse. A travers des publicités accrues de cette forme de fumer le tabac et un message diffusé qui proposent la cigarette électronique comme une alternative au sevrage tabagique.  « Que ce soit la cigarette ordinaire ou celle électronique, le danger sur la santé est réel. Aux Etats-Unis, la cigarette électronique IQOS a été bien vendue et a fait des victimes, dont des décès chez les jeunes. C’est encore l’industrie du tabac qui est derrière ces cigarettes électroniques comme alternatives à la vente de leurs produits », déclarait Salif Nikiéma, coordonnateur de l’Association Afrique contre le tabac (ACONTA), à L’Economiste du Faso, déjà en 2021.

Le temps lui a donné raison. Ces cigarettes sont désormais bannies aussi au Royaume-Uni, parce que jugées addictives sur les enfants et les adolescents. Ce sont les mêmes types de cigarettes qui inondent malheureusement le marché burkinabè, actuellement. Dans plusieurs boutiques que L’Economiste du Faso a visitées, dans les quartiers Koulouba, Zaca, Gounghin et Pissy de la ville de Ouagadougou, elles sont placées au niveau de la caisse du marchant, bien en vue, avec des couleurs attrayantes.

Une lecture rapide au bas de la boîte nous renseigne sur son contenu. Des mots en anglais la plupart du temps : dispositifs jetables à air, huiles essentielles, Adalya, Relax liteza grand, etc. Selon les fabricants de ces produits, la cigarette électronique aiderait les fumeurs à arrêter de fumer, mais l’Organisation mondiale de la santé a déclaré, dans un courriel à elle adressé sur la question, que, bien que le vapotage soit promu comme moyen d’arrêter de fumer, «les e-cigarettes utilisées dans le monde réel ne se sont pas avérées efficaces pour arrêter de fumer.»

Le phénomène des e-cigarettes est assez nouveau au Burkina Faso et difficile de trouver des experts en santé sur la question. Et très peu de données existent sur les méfaits de ces produits sur le corps humain. L’Economiste du Faso, en collaboration avec  The Colonist Report UK et The Colonist Report Africa basée au Nigeria, a approché le Professeur Best Ordinoha du département de médecine communautaire de l’hôpital universitaire de l’Université de Port Harcourt (UPTH). Il traite des patients qui souffrent des effets de la e-cigarette, y compris des couples. Il a déclaré que la nicotine affectait le cerveau et le cœur et que, malgré ses effets addictifs sur les gens, « le vapotage est dangereux et peut causer des maladies à long et à court terme ».
Selon Ordinoha, les effets à court terme du vapotage sont légers et faciles à traiter, mais ils se manifestent généralement en quelques jours. Ils comprennent l’irritation de la gorge et de la bouche causée par le contact avec la vapeur, qui peut entraîner une toux et des infections respiratoires. « Mais l’effet à long terme peut causer le cancer de la bouche et de la gorge, qui ne peut être écarté », et il peut s’écouler près d’une décennie ou plus avant qu’il se manifeste complètement. »

Les jeunes et la vape

De nos jours, la cigarette électronique (NDLR : encore appelée vape) est rentrée dans les habitudes de plusieurs jeunes, en témoigne la multiplication des points de vente dans la ville de Ouagadougou. D’où vient-elle ? Selon l’Institut national de la statistique et de la démographie (INSD), ces cigarettes électroniques viennent pour la majeure partie de la France. Selon les statistiques de l’INSD, la valeur marchande des produits importés jusqu’au 3e trimestre 2023 s’élève à 47.250.000 FCFA. Sur le marché, il se vend en moyenne 10.000 FCFA dans la capitale Ouagadougou, et la recharge, parfumée, se vend entre 2.500 et 5.000 FCFA.

« J’ai trouvé un tube dans le sac de mon enfant, de retour de l’école. Je lui ai demandé ce que c’était et il m’a répondu que ce n’était qu’un jouet. J’avais des doutes, alors j’ai approché d’autres parents et l’un d’eux m’a confirmé qu’il s’agissait d’une cigarette électronique. C’est ainsi que j’ai su que mon enfant fumait ». Mme Ouédraogo A., maman de 3 enfants, ne s’en remet toujours pas. « Il ne sentait pas la cigarette, je ne l’ai jamais vu avec et ses lèvres ne sont pas devenues noires. C’est souvent les signes que nous maman surveillons, mais avec cette chose, je n’ai rien vu venir », ajoute-t-elle dépitée.

Des confidences de cette mère dont l’enfant unique fume déjà à 14 ans, c’est un effet de mode. Elle raconte que dans la classe de son fils (il fréquente un lycée privé dans la ville de Ouagadougou), les élèves ont créé un groupe WhatsApp dans lequel ils s’échangent des astuces et aussi des boutiques où les recharges de cigarettes sont en promotion. « Je croyais que j’étais seule dans ce cas et j’ai demandé conseil dans un groupe de femmes, les témoignages que ces dernières ont partagés avec moi me montrent que le phénomène prend de l’ampleur », se plaint la maman de 38 ans, employée d’une banque.

L’Economiste du Faso a pu consulter les témoignages de ces mamans sur leurs enfants qui fument. Nous avons décidé de ne pas publier leurs témoignages et de garder leurs noms en anonyme. On retiendra d’elles un cri du cœur poussé vers d’autres mères dont les enfants sont aussi dans la « vape », afin de « gérer la situation » et aussi un appel vers des centres ou des médecins pour une prise en charge des enfants. L’âge de ces jeunes fumeurs dont les mamans appellent au secours va de 10 à 14 ans pour la plupart.

Vide juridique sur la question au Burkina

Pour le moment, aucune donnée n’est disponible sur les cigarettes électroniques au Burkina Faso. Les quantités réelles consommées au Burkina Faso, ainsi que le mode de recyclage de ces produits restent inconnus. Pire, dans la loi antitabac au Burkina Faso, la cigarette électronique n’y figure pas. Comment mesurer l’impact sur la santé et l’environnement d’un produit, si la règlementation du pays ne reconnait pas son existence ?

En début d’année 2024, la principale organisation de la société civile de lutte contre le tabagisme au Burkina, Afrique contre le tabac (ACONTA), a été reçue en audience par le ministère de la Santé et de l’Hygiène publique.

Sur ce dernier point, des recommandations ont été faites au ministère, afin de renforcer la loi antitabac. « Pour être en phase avec les enjeux de la lutte et contrer les actions de l’industrie du tabac, l’association a recommandé la prise en compte des produits nouveaux et émergents dans la loi. Il s’agit, entre autres, de la Chicha, de la cigarette électronique, des tabacs chauffés avec ou sans nicotine », explique le coordonnateur par intérim. Ces produits, qui ne figurent pas dans la loi antitabac actuelle du pays, sont de plus en plus usités par les populations. o

ESS ET Elfredah Kevin-ALERECHI (The Colonist Report Africa)

 

Encadré

Des dommages supplémentaires pour l’environnement

L’organisation mondiale de la Santé (OMS) a produit un document en 2022 sur le lien entre Tabac et environnement. Déjà à l’époque l’OMS alertait sur les dommages supplémentaires causés à l’environnement par l’élimination inadéquate des déchets électroniques (e-dechets) provenant des systèmes électroniques d’administration de nicotine tels que les e-cigarettes, les cigarettes électroniques à usage unique et les produits du tabac chauffés, qui génèrent des émissions toxiques et des déchets.

Peu de données et d’informations sont disponibles sur les effets néfastes de la production de ces dispositifs sur l’environnement, mais « l’élimination des cartouches et des piles des e-cigarettes constitue un problème environnemental car la majorité des cartouches d’e-cigarette (en plastique) ne sont ni réutilisables ni recyclables et finissent dans les rues, les caniveaux pour terminer dans les cours d’eau », peut-on lire dans le document de l’OMS.

A noter que les cigarettes électroniques contiennent des plastiques, des bobines métalliques, des atomiseurs, des batteries, des puces de microcontrôleur et des chargeurs. Par exemple, la lame d’un produit du tabac chauffé de la marque iQOS est faite de platine et d’or, recouverts de céramique. Un grand nombre de ces produits sont des produits jetables à usage unique fabriqués avec des matériaux non biodégradables et non recyclables qui peuvent nuire à l’environnement.

Source : (file:///C:/Users/sandr/Downloads/Tobacco%20and%20environment-eng%20(2).pdf)

 

This investigation was produced with funding from JournalismFund Europe.

Filet

Les failles juridiques au Nigeria

Depuis 2015, lorsque l’ancien président du Nigeria, Goodluck Ebele Jonathan, a signé la loi nationale sur la lutte antitabac, la loi n’a pas été mise en œuvre efficacement. Le paragraphe 15 (1) de la National Tobacco Control Act, 2015 (NTCA) du Nigeria interdit la vente de tabac et de produits du tabac à et par un mineur (moins de 18 ans), cependant, les résultats des chercheurs et de The Colonist Report Africa montrent que les moins de 18 ans vendent du tabac, en particulier, dans les zones locales comme Port Harcourt, Lagos, y compris les communautés du nord confrontées à des problèmes d’insécurité.
Akinbode Oluwafemi, Directeur exécutif de Corporate Accountability and Public Partnership Africa (CAPPA), une organisation gouvernementale qui exerce des pressions sur le gouvernement pour qu’il mette en œuvre la loi antitabac, a déclaré qu’il était nécessaire que le gouvernement nigérian protège les personnes et les enfants des dangers de la cigarette électronique.
Oluwafemi a déclaré à The Colonist Report Africa que l’industrie du tabac affirmait que les vapes sont des « produits de réduction des méfaits », mais « le Nigeria n’a pas besoin de produits de réduction des méfaits; nous avons besoin de lois très strictes sur le tabac ». Les ventes de vape au Nigeria augmentent et les publicités deviennent de plus en plus importantes. Burna Boy, un artiste nigérian, lauréat d’un Grammy Award, a signé un accord de cinq ans avec les sociétés de vapotage BrkFst et Aspire North America, LLC, une filiale d’Inspire Technology Inc., pour fabriquer et distribuer des produits des e-cigarettes au Nigeria, au Ghana, en Afrique du Sud et en Europe, en décembre 2023.

The Colonist Report Africa

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